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Tribune

Sécurité alimentaire
Comment transformer les défis en opportunités
Par José Graziano da Silva

Par L'Economiste | Edition N°:4221 Le 26/02/2014 | Partager

José Graziano da Silva est le directeur général de la FAO depuis janvier 2012. Oeuvrant depuis plus de 35 ans dans les domaines de la sécurité alimentaire, du développement rural et de l’agriculture, il a été l’architecte du programme brésilien «Faim Zéro». En 2003, il a été nommé ministre extraordinaire de la Sécurité alimentaire et de la Lutte contre la faim par le président Luiz Inácio Lula da Silva, qui l’a chargé de la mise en œuvre du programme. Dès sa prise de fonction, Graziano da Silva a recentré l’action de l’Organisation et travaille à renforcer sa présence sur le terrain. Il y développe une culture d’optimisation des ressources. Au niveau international, il s’emploie à obtenir un consensus sur les questions liées à la sécurité alimentaire

C’est cette semaine que les ministres de l’Agriculture des pays du Proche-Orient et d’Afrique du Nord se réunissent à Rome pour la trente-deuxième session de la Conférence régionale de la FAO. Un rendez-vous d’importance capitale  pour faire avancer le dialogue régional et l’action sur des questions urgentes: la sécurité alimentaire et développement de l’agriculture.
La Conférence se tient à l’heure où la région est confrontée à des difficultés sans précédent. Ces dernières années, des facteurs complexes ont incité les populations à réclamer des changements socioéconomiques, alors que la stagnation des économies de l’OCDE, les récentes flambées des prix des produits alimentaires et des conflits prolongés ont fait clairement apparaître la vulnérabilité de la région en matière d’insécurité alimentaire. 
La région importe plus de 50% de ses besoins en céréales et se trouve être, avec la péninsule coréenne, la seule région qui ne peut pas se nourrir elle-même. La facture alimentaire déjà élevée va probablement augmenter, accentuant davantage la vulnérabilité des pays de la région à la hausse et à la volatilité des prix des produits alimentaires. A la suite des restrictions à l’exportation introduites lors de la flambée des prix des produits alimentaires de 2008, certains pays de la région ont perdu confiance dans le bon fonctionnement des marchés internationaux.
Si l’ensemble des indicateurs de la sécurité alimentaire ne sont pas catastrophiques, la région souffre, cependant, du double fardeau de la malnutrition et de l’obésité. Un quart des enfants ont des retards de croissance dus à la sous-alimentation chronique et autant d’adultes souffrent   de l’obésité.
La résilience dont la région a fait preuve face à la crise a été remarquable. Les pays ont investi dans la constitution de réserves alimentaires, la mise en place des dispositifs de protection sociale, l’introduction de nouvelles technologies agricoles, l’amélioration de la productivité de l’eau et l’accroissement de la valeur ajoutée dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage, des pêches et de l’aquaculture. La réduction de l’insécurité alimentaire a été reconnue non seulement comme une nécessité humanitaire, mais aussi comme un impératif pour la stabilité et le développement à long terme de la région. Plusieurs pays sont parvenus à réduire l’insécurité alimentaire et d’autres ont même réussi à diminuer de moitié la proportion de personnes sous-alimentées avant l’échéance fixée par la Conférence sur les Objectifs du Millénaire pour le développement et le Sommet mondial de l’alimentation.
Les gouvernements réalisent de plus en plus que les efforts visant à promouvoir un développement inclusif sont voués à l’échec si l’insécurité alimentaire et la malnutrition ne sont pas éradiquées.
Eliminer toutes les formes de malnutrition et assurer un développement agricole durable dans la région ne sera pas tâche aisée. Les pays du Proche-Orient et d’Afrique du Nord pourraient, en effet, être confrontés à une aggravation sans précédent de la pénurie d’eau dans les décennies à venir. Les disponibilités d’eau par habitant pourraient diminuer de 50% d’ici  2050 sous l’effet de la croissance démographique, de l’urbanisation rapide et du changement climatique. Près de 90% des terres se dégradent et de grandes étendues sont désormais inutilisables pour l’agriculture, en raison de l’expansion urbaine, des pratiques de gestion inappropriée des terres et de la désertification.
Les défis que doit relever la région sont immenses, mais les opportunités qui se présentent le sont également.
A travers la région, des exemples nombreux de réussite illustrent bien le rôle du secteur agricole comme moteur de la croissance économique et de l’emploi. En effet l’agriculture contribue  encore, en moyenne, à hauteur de 13% du PIB régional et assure des emplois et des revenus à 38% de la population active. Mentionnons juste quelques exemples importants de réussite: l’Égypte exporte chaque année des produits horticoles pour une valeur de 2 milliards de dollars, assez pour couvrir le coût de ses importations massives de blé; la Tunisie est le leader mondial pour les exportations d’huile d’olive, le Maroc est un champion à l’export d’agrumes et de primeurs, la Jordanie, un des pays les plus arides au monde, a pourtant un secteur agro-industriel dynamique. 
Nous pouvons bâtir sur les réalisations construites par les pays de la région au cours des décennies récentes mais il nous faut aussi aller plus loin. 
La région doit adhérer plus largement au paradigme de la production agricole durable et promouvoir une approche éco-systémique du développement agricole pour économiser l’eau et utiliser ses ressources naturelles de façon optimale. Elle doit miser davantage sur la productivité de la petite agriculture, sur le soutien aux moyens d’existence et à la création d’emplois pour les femmes et les jeunes et mettre en œuvre des mesures de protection sociale viables pour garantir aux populations les plus pauvres un accès à une nourriture suffisante.
A l’heure de «l’Année internationale de l’agriculture familiale», les décideurs des différents pays de la région devraient s’intéresser davantage aux petits exploitants agricoles, aux petits éleveurs et aux artisans pêcheurs qui assurent l’essentiel de la production de la région. L’agriculture familiale est essentielle pour le développement du secteur et elle peut aider à mettre en place des systèmes alimentaires plus durables, ayant une empreinte écologique plus faible.

Mettre fin au gaspillage

Changer d’habitudes alimentaires relève aussi du développement durable. Des mesures devront être prises pour inciter les populations à consommer des produits plus nutritifs et moins calorifiques. La réduction des gaspillages alimentaires qui se produisent tout au long de la chaîne de valeur peut aussi contribuer grandement à combler le déficit de la production alimentaire par rapport à la consommation.  Au cours de l’année écoulée, nous avons tiré des enseignements précieux de divers dialogues régionaux avec des gouvernements, des acteurs de la société civile et des partenaires sur la sécurité alimentaire et la nutrition, la gestion des ressources en terres et en eau, l’agriculture familiale, le genre et les directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux Terres, aux Pêches et aux Forêts. C’est souvent dans les moments d’adversité que des idées novatrices et des réformes durables voient le jour. Le moment est venu de nous mobiliser pour renforcer la résilience et la sécurité alimentaire de la Région du Proche-Orient et Afrique du Nord.

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