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Analyse

Médicaments: Dans l’empire des laboratoires pharmaceutiques

Par L'Economiste | Edition N°:4218 Le 21/02/2014 | Partager
Les non-dits d’une industrie face à la concurrence
Baisse des prix: «Le décret n’est pas le Coran»

Une mécanique rutilante et aseptisée tourne à «plein régime»: 307,4 millions d’unités médicamenteuses produites en

Un membre du gouvernement chez les fabricants de médicaments. Le ministre de la Santé, El Houssaine Louardi, en immersion dans les laboratoires pharmaceutiques

2013 contre 100 millions en 1965.
C’est dans ce monde là que le ministre de la Santé, El Houssaine Louardi, a plongé le temps d’une journée. Nous sommes le 14 février dans la  zone industrielle de Bouskoura à Casablanca. Y siègent Pharma 5, Sothema et Galenica. Après un tour chez un autre fabricant à Tit Mellil, Cooper Pharma, ces opérateurs accueillent les représentants du département de tutelle.
C’est «sur sa demande» que le ministre de la Santé «a été convié  par  les membres de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP)», nous déclare Omar Tazi, PDG de Sothema. Manière d’écarter astucieusement toute velléité lobbyiste. 
Cette visite aux laboratoires pharmaceutiques intervient au moment où 7 laboratoires, dont Polymédic et Synthémédic, ont claqué la porte de l’Amip avant même l’élection du nouveau président, Ali Sedrati, qui a succédé à Abdelghani El Guermaï (cf. L’Economiste du 12 février 2014). Le nombre des partants est jugé «minime par rapport à celui des adhérents de notre association», temporise un des fabricants. N’empêche que cela représente un peu plus du tiers des 18 membres de l’Amip qui «rejette le scénario d’une guerre».
Les laboratoires mécontents critiquent cette même association qui «a mal négocié le décret sur la baisse des prix, particulièrement celui des génériques». Entré en vigueur le 19 décembre 2013, le décret et ses enjeux n’ont pas laissé de marbre la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens qui dénonce «le jeu malsain et machiavélique de la part de certains industriels» et s’insurge contre «l’acharnement dont les officinaux sont victimes». Les 11.000 pharmacies ont lâché du lest sur leurs marges dans les médicaments anticancéreux. En contrepartie, ils ont eu droit à une augmentation de 3,9% sur une seule catégorie de médicaments dont le prix fabricant hors taxe est inférieur à 166,54 DH. Le décret a plus ou moins  bousculé les rapports de force au sein du marché. La partie n’est pas pour autant terminée. La liste fixant les médicaments touchés par la baisse est attendue pour mars et son entrée en vigueur pour le 19 avril 2014.
D’où les enjeux de la visite ministérielle. A l’instar des cosmonautes, le Pr Louardi, des membres de son cabinet, des

Source : Imshealth
Avec un volume de près de 100 millions de boîtes et d’un chiffre d’affaires de 3 milliards de DH, les génériques s’adjugent le tiers du marché pharmaceutique privé et près de 90% des achats publics hospitaliers

journalistes et des représentants de l’association enfilent combinaisons, bonnets blancs et chaussons bleus avant de s’engouffrer dans les ateliers de production.
Le ministre de la Santé, médecin de profession, n’a pas caché son enthousiasme face à ce que peuvent produire des usines marocaines. «En 2013, près de 65% des besoins nationaux en médicaments ont été couverts par les opérateurs locaux contre 15% il y a près d’un demi siècle», selon l’Amip, créée en 1985.
De Pharma 5, spécialisé en production de génériques, à Sothema qui s’active dans la biotechnologie, en passant par Galenica ou Cooper Pharma… le Maroc compte 32 laboratoires appartenant à des groupes internationaux ou des joint-ventures avec des partenaires locaux ou des opérateurs 100% marocains. Le paysage des producteurs est donc assez diversifié et les intérêts pas forcément convergents. D’où la multiplicité des associations professionnelles: Maroc innovation santé qui regroupe les multinationales (Sanofi-Aventis, GSK…), l’Association marocaine des médicaments génériques… Certains opérateurs ont parfois la double casquette en étant aussi membre de l’Amip.
L’essentiel est que tout le monde a son mot à dire y compris pour contester les résultats d’une étude faite par une commission parlementaire sur les prix des médicaments. «Très cher…» titrait L’Economiste dans sa Une du 5 novembre 2009: «Prix d’une même molécule et marque qui varie du simple au triple, des marges de distribution élevées, des génériques qui manquent de compétitivité…».
Viendra juste après une étude du Boston Consulting Group commanditée par l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique. Le débat contradictoire est de bonne guerre.
Sauf que le rapport 2011 du Conseil de la concurrence va enfoncer le clou: «Le marché pharmaceutique est relativement concentré et présente certains indices de non concurrentiabilité au niveau des génériques et des pathologies lourdes». Il fait état aussi de présumés «indices d’abus de position dominante, de dumping, d’évasion fiscale ou de violation du secret médical via la divulgation de renseignements identifiant clairement les patients…». Ce dernier point pourrait bel et bien réveiller dans un futur proche les associations de consommateurs et la jeune Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP).

Une filière «pénalisée»!

Est-ce là le prix que le consommateur a dû payer au nom de la souveraineté médicale?
Le Maroc est classé 2e, après l’Afrique du Sud, en termes de production.
Elles sont loin les années 1960 où à peine 8 lignes de production s’activaient dans un secteur où le nombre des distributeurs grossistes a été multiplié par 4 depuis 1979 pour atteindre 40 actuellement. C’est ce palmarès industriel que les fabricants ont voulu mettre en avant: près de 9 milliards de chiffre d’affaires (hors marché public).
En ouvrant leurs portes, le but des producteurs est de permettre à un membre de l’exécutif, professeur de médecine de surcroît, de se «familiariser» avec le médicament made in Morocco. Le savoir n’exclut pas le plaisir puisqu’un buffet gargantuesque a été organisé en son honneur (voir p. 3). Le Pr Louardi est un ministre qui se montre au Club de L’Economiste du 23 décembre 2013 fortement déterminé à bouleverser l’ordre établi: fluidifier le contrôle des cliniques, ouvrir surtout le capital des cliniques aux investisseurs n’exerçant pas la médecine. Vive la libéralisation! Quitte à ce que des médecins crient au loup.
L’histoire des prix des médicaments n’est pas en reste: «Depuis 20 ans, les prix n’ont jamais baissé. C’est un simple retour à la normale et, encore, le décret n’est pas rétroactif», déclare le ministre sur nos colonnes. Rétroactivité qui aurait pu être jugée inconstitutionnelle, et dont l’effet financier aurait poussé le monde médical à passer à la caisse en remboursant la différence! Le ministère de tutelle a brandi l’article 7 de l’arrêté du 1er décembre 1993.
Son principe étant qu’à chaque fois qu’un médicament voit son prix baisser dans le pays d’origine, son prix doit automatiquement baisser au Maroc. 
Or, si la baisse est trop importante, «les génériqueurs feront faillite». C’est donc en ces termes que le ministre de la Santé aurait dit que «le décret ce n’est pas le Coran et peut être modifié», confit le PDG de Sothema qui se veut rassurant vis-à-vis d’une actualité agitée.
L’Amip reconnaît faire face «à une difficulté de développement à l’export».
Doit-on faire porter le chapeau à l’Etat? Un autre handicap est lié à «un manque de compétitivité économique». Un effort sur les prix et l’innovation couplé à une offensive commerciale surtout dans les pays africains présente une voie d’issue, selon une étude gouvernementale qui a accompagnée la signature du contrat-programme en février 2013. Un dossier antidumping en cours révèle un autre indice sur les clashs entre opérateurs locaux et internationaux. Ouverte le 25 décembre 2012 par le ministère délégué au Commerce extérieur, l’enquête vise«l’insuline humaine rapide, lente et mixte importée du Danemark et conditionnée en flacon de 10 ml». Sothema, unique producteur national d’insuline générique, s’oppose ainsi au danois Novo Nordisk, fabricant d’insuline princeps (cf. L’Economiste du 26 décembre 2012). Tous ces enjeux font vaciller un monde médical qui a fort intérêt à cesser de jouer la victime.


Sarrae BOUAYAD & Faiçal FAQUIHI  

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