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Chronique

Benmokhtar et «Massar»: Le risque d’Intifada lycéen
Par le Pr. Mustapha SEHIMI

Par L'Economiste | Edition N°:4210 Le 11/02/2014 | Partager

Mustapha Sehimi est professeur de droit, politologue et avocat au barreau de Casablanca

Voilà que sur le front social –déjà passablement agité du côté des grandes centrales syndicales UMT – CDT – FDT et l’UGTM – un autre acteur se manifeste: celui des élèves et des lycéens. Depuis plusieurs jours en effet, ils multiplient les manifestations à travers le Royaume. Pour quoi faire? Protester contre le programme d’application de la gestion informatique des notes de contrôle continu. N’ayant pas communiqué au départ, le ministère de l’Education nationale a multiplié les explications depuis une semaine sans que celles-ci soient audibles par les intéressés. Un dossier qui traduit les insuffisances d’un certain mode de gouvernance dans le système éducatif sans doute mais aussi dans plusieurs secteurs qui attendent une concertation. Que dit, pour commencer, le nouveau ministre de l’Education nationale, Rachid Benmokhtar? Que la mise en place du système informatique qualifié désormais de “Massar” – en lieu et place du SIE (Système d’information de l’éducation) – est un projet national.
Avec deux objectifs: l’intégration des technologies de la communication dans le système éducatif et le renforcement de la gouvernance dans la gestion du système scolaire.
Dans cette perspective, il s’agit d’activer l’ouverture de son département sur le monde de la technologie et de la connaissance numérique; plus encore: de contribuer à l’amélioration du rendement de l’élève et de son apprentissage. Il a également souligné que ce système avait été institué dans plusieurs pays sans donner lieu à des contestations ni à des protestations. S’il a bien concédé que des lacunes subsistaient encore, il a réaffirmé que le gouvernement était déterminé à appliquer cette réforme – une position confirmée d’ailleurs, jeudi dernier, par le ministre de la Communication, Mustapha Khalfi.

Multiples facettes de cette affaire

Un retour en arrière est nécessaire pour mieux appréhender les multiples aspects de cette affaire.
Il faut ainsi rappeler qu’au départ, en mai 2010, il était question du lancement du Système d’information de l’éducation inscrit dans le programme d’urgence 2009-2012. Il devait être expérimenté dans cinq académies régionales de l’éducation et de la formation (Chaouia-Ouardigha, Laâyoune-Boujdour-Sakia-El Hamra, Marrakech-Tensift-Haouz, Meknès-Tafilalet et l’Oriental), et ce avant sa généralisation à toutes les autres Académies.
Il participait dans le cadre de l’information de la gestion des établissements scolaires d’une triple préoccupation: assurer un suivi individualisé des élèves, gérer avec efficacité et efficience les ressources humaines, impliquer enfin tous les décideurs aux niveaux central, régional et provincial ainsi que les acteurs éducatifs.
Lors de la première phase du système «Massar», à compter de juin 2013, de nombreuses opérations ont pu ainsi être entreprises: rentrée scolaire, conservation des données relatives aux élèves, gestion des opérations d’inscription, de réinscription, de mobilité individuelle et collective des élèves, orientation. Il a également permis, au cours de la deuxième phase, la gestion du corps pédagogique et la formation des classes ainsi que la gestion de toutes les données liées à l’évaluation des élèves depuis novembre 2013.
En réplique, le ministre de l’Education nationale s’est inscrit en faux contre l’argumentaire des manifestants. «Le système Massar, a-t-il déclaré, n’aura aucune incidence sur les résultats des élèves, contrairement aux rumeurs propagées récemment dans les rangs des élèves dans le but de perturber les examens qui se sont déroulés dernièrement dans des conditions normales». Il estmême allé plus loin en dénonçant des règlements de comptes personnels et des surenchères politiciennes mettant en jeu l’avenir des élèves».

Formés au mode papier

Nous en sommes là aujourd’hui! Une réforme portant sur la mise en place d’un système informatique dans le secteur éducatif fait l’objet d’un soulèvement des élèves et des lycéens lequel est – ou serait – instrumentalisé, en dehors du champ scolaire, par des acteurs syndicaux, associatifs et/ou partisans. Lesquels? L’on peut penser que la «chauffe» vient des quatre grandes centrales syndicales que sont l’UMT, l’ODT, la FDT et l’UGTM.  Celles-ci disposent, de manière inégale d’ailleurs, d’une forte implantation dans le corps des enseignants du secondaire qui est le plus interpellé par cette réforme. L’UGTM de Hamid Chabat, bien passive en 2012 et même en 2013 – alors que l’istiqlalien Mohamed Louafa dirigeait le département de l’Education – voudra désormais se repositionner de manière plus «activiste».
Les parents d’élèves, de leur côté, y sont hostiles alors que «Massar» leur permet pourtant de mieux suivre les études de leurs enfants par simple clic informatique.
Quant aux enseignants, formés au mode du papier, ils devront se hisser au niveau des exigences de l’informatisation – un surcroît de travail. Les notes et le système de notation dans son ensemble vont sortir pratiquement  de l’opacité, voire du huis clos – avec son lot d’«arrangements» si peu pédagogiques et éthiques...– pour être confrontés au grand air de la transparence et de la traçabilité jusqu’à l’administration centrale. L’absentéisme, les “vrais-faux” certificats de maladie, le marché informel des heures supplémentaires pesant tellement sur la notation: autant d’intérêts et de résistances à surmonter.
La contestation lycéenne est confuse, sans revendications conséquentes. «L’élève veut faire tomber Massar» en dit long sur cet état d’esprit. Mais c’est le contexte social qui peut conduire à une cristallisation et à des menées s’apparentant à une forme d’Intifada des jeunes et des lycéens. Comme incubateurs, les réseaux sociaux et le troisième anniversaire du Mouvement du 20 février peuvent en effet se conjuguer pour activer et nourrir une dynamique contestataire ni prévisible, ni maîtrisable ni même réprimable.

Du SIE à Massar: Un marché résilié

Le programme SIE a été voulu et conçu pour aller au-devant des exigences d’une gestion et d’une administration performantes, des établissements scolaires, des structures régionales (académies et délégations) et de l’administration centrale. Il devait permettre aussi une meilleure communication et une collaboration entre les différents acteurs du système, une gestion pédagogique de l’enseignement et de l’apprentissage, sans oublier l’évaluation et la gestion du contenu éducatif.
Deux sociétés spécialisées – Involys (Maroc) et  Siveco Romania (Roumanie) se sont constituées en consortium pour décrocher le marché N°38/2009 de 120 MDH relatif au  programme SIE. Une solution informatique spécifique a été mise au point. Elle a été soumise à des tests. Une formation particulière a été aussi dispensée à quelque 700 directeurs d’établissements scolaires.
Mais voilà que dès les premières semaines qui ont suivi sa nomination, en janvier 2012, le nouveau ministre, Mohamed Louafa, décide unilatéralement de résilier ce contrat. Ce qui renvoie au passage au discours royal du 20 août 2013 sur la nécessité pour le gouvernement de capitaliser les acquis des réformes lancées par les cabinets qui l’ont précédé... 

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