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    ADSL: Inwi dénonce une situation de blocage

    Par L'Economiste | Edition N°:4175 Le 19/12/2013 | Partager

    «Est-ce qu’un pays comme le Maroc peut encore se permettre de dupliquer des infrastructures déjà existantes?   Est-il normal de continuer à avoir trois antennes,  trois fibres optiques?», s’interroge Rachid Sefrioui, directeur Réglementation d’Inwi

    Inwi a dû reporter le lancement de son offre ADSL. Rachid Sefrioui, directeur Réglementation et Relations opérateurs, explique les circonstances de ce report et les contraintes techniques et règlementaires liées aux blocages sur le levier de dégroupage. 

    - L’Economiste: Qu’est-ce qui justifie aujourd’hui la décision d’Inwi de reporter le lancement de l’offre ADSL?
    - Rachid Sefrioui: D’abord, je tiens à préciser que nous ne renonçons pas à l’ADSL, contrairement à ce qui a été relayé par quelques médias. Il s’agit d’un report forcé.  Cela fait 2 ans que nous nous préparons à lancer un service alternatif à l’opérateur historique sur l’ADSL, moyennant un levier qu’est le dégroupage. Je rappelle que le dégroupage est un levier réglementaire accordé aux opérateurs alternatifs pour pouvoir «louer» l’infrastructure (la paire de cuivre) installée entre le client et le dernier répartiteur de l’opérateur historique. Il s’agit  de permettre aux nouveaux opérateurs de bénéficier des infrastructures déployées par l’opérateur historique pendant des années et financées par des fonds publics -du fait du statut de cet opérateur- et d’accélérer ainsi la concurrence grâce à leur location. Aujourd’hui, partout dans le monde, le dégroupage a été instauré pour créer de  la concurrence, particulièrement sur le marché de l’internet très haut débit. Cela fait donc plus de 2 ans que nous avons entamé des démarches vis-à-vis de  l’opérateur historique. Nous avons réalisé des investissements en équipements réseau, en système d’information et procédé à des recrutements adaptés qui permettent la mise en place d’une organisation à même de lancer ces services. Au cours de cette période, nous avons déjà dû reporter notre lancement à plusieurs reprises.
    - Mais pourquoi tant de reports?
    - Parce que notamment les modalités de mise en œuvre  ont été contraignantes. Il y a aussi certaines  décisions du régulateur qui n’ont pas été respectées.  S’agissant de ce dernier report, au moment de la phase de  finalisation, l’opérateur historique a déployé de nouveaux répartiteurs plus proches des clients sans en avoir informé les opérateurs alternatifs dans les délais prévus. Cela change complètement la donne.
    - Concrètement, qu’est-ce qu’il y a d’anormal dans cette situation?
    - L’évolution de l’architecture du réseau ADSL d’un opérateur historique n’est pas quelque chose d’anormal. Cela se fait partout dans le monde. A un moment donné, l’opérateur historique peut opérer cette évolution, notamment par la création de répartiteurs plus proches des clients pour améliorer les débits. Parce que plus vos équipements sont proches du client, plus le débit augmente.  Mais le problème c’est que nous sommes réduits à dégrouper au niveau des anciens  répartiteurs et donc à offrir à nos futurs clients un débit moindre. Et c’est en pleins travaux de branchement aux anciens  répartiteurs que nous avons appris cette évolution de l’architecture du réseau. Il nous faut donc redéployer désormais notre réseau vers les nouveaux répartiteurs de l’opérateur historique. A ce jour, les modalités techniques, économiques et réglementaires pour se raccorder ne sont pas connues. D’ailleurs, il faut noter que l’opérateur historique a continué avec nous les échanges relatifs au raccordement à son ancien réseau. Il ne nous a informés de ces transformations que deux mois avant la date planifiée pour le lancement de notre service. On nous a donc laissé poursuivre nos investissements sur la base d’un schéma dépassé. Aujourd’hui, nous n’avons aucune visibilité sur le parc clients qui a migré des anciens répartiteurs. Nous n’avons aucune information non plus sur l’évolution du parc à court et moyen termes.
    - Mais comment cela se passe dans d’autres pays plus avancés?
    - Les pouvoirs publics, confrontés à ce problème, ont toujours veillé, quelles que soient les évolutions des réseaux des opérateurs historiques, à assurer la viabilité et la pérennité des investissements de dégroupage.

    - A combien estimez-vous les pertes subies à cause de ces différents reports de l’ADSL?
    - Le problème se pose en termes de revenus qui ne seront pas au rendez-vous, au moins pour 2013, alors que des investissements importants ont déjà été consentis. Valeur aujourd’hui, nous avons réalisé près de 70 millions de DH d’investissements et nous n’avons toujours pas une idée précise sur l’équation économique qui permettrait à ce projet alternatif d’être viable. A terme, nous comptons investir entre 400 et 500 millions de DH. Je vous signale que nous avons lancé un grand projet de câble sous-marin. Cet investissement va permettre, entre autres, d’anticiper  la montée en charge des débits qui doivent résulter   des besoins du parc clients ADSL...
    - Aujourd’hui, il y a plutôt de fortes attentes sur la 4G. Alors pourquoi vous pariez encore sur l’ADSL?
    - Une chose est sûre, le modèle des télécoms est en train de changer. Pendant de longues années, ce modèle s’est principalement articulé autour de la voix et des services associés. Ce modèle-là est en train d’évoluer vers la Data et principalement le très haut débit. Or, dans une stratégie de très haut débit, le dégroupage de l’ADSL et la 4G sont des piliers fondamentaux. Je dirais plus, ce sont des services complémentaires.  Le cadre réglementaire doit veiller  à assurer  les conditions  d’une concurrence saine, viable et pérenne à travers  les opérateurs alternatifs. Sinon, on risque d’aller vers des situations de monopole de fait sur le très haut débit. Je vous rappelle que la concurrence stimule l’innovation, permet de baisser les tarifs, d’augmenter les usages, d’améliorer l’expérience client. C’est dire que la question de l’infrastructure est très sensible. D’où l’intérêt de favoriser les conditions réglementaires pour déployer ces infrastructures et les mutualiser. Les enjeux des télécoms dans le monde entier résident dans la capacité de mutualisation des infrastructures. Ce qui nous ramène à la question suivante: Est-ce qu’un pays comme le Maroc peut encore se permettre de dupliquer des infrastructures déjà existantes?   Est-il normal de continuer à avoir trois antennes à chaque coin de rue,  des fibres optiques des trois opérateurs dans les mêmes quartiers? La mutualisation des infrastructures n’est pas un luxe mais bien une nécessité pour accélérer l’entrée du Maroc dans l’ère numérique avec toutes les retombées économiques que cela implique.  C’est en tout cas ce que les bonnes pratiques démontrent un peu partout dans le monde!
    Propos recueillis par
    Amin RBOUB

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