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    Transport/formation
    «Nous nous sommes trompés d’échéance»

    Par L'Economiste | Edition N°:4173 Le 17/12/2013 | Partager
    Moins du tiers des conducteurs exerçant avant 2010 disposent de la carte professionnelle
    La commission d’enquête administrative tarde à voir le jour
    Un contrat formation dans la logistique bientôt signé

    Abdelilah Hifdi, président de la Fédération nationale du transport routier: «Nous aurions dû bénéficier d’une période transitoire plus longue. Cela nous aurait permis de mettre en place les infrastructures nécessaires»

    - L’Economiste: Etait-ce finalement une erreur d’adopter un code qui ne colle pas aux réalités du terrain?
    - Abdelilah Hifdi: Je pense que le code de la route, tel qu’il a été conçu par le législateur, a été très ambitieux, mais il a au moins le mérite d’exister. Personnellement, en tant que président de la Fédération nationale du transport routier, j’en ai fait part au ministre de l’époque, j’aurais préféré que nous bénéficions d’une période transitoire plus longue. Cela nous aurait permis de mettre en place les infrastructures nécessaires. Aujourd’hui, même les décrets d’application et les arrêtés ne sont pas tous publiés. L’un des décrets majeurs, et qui consacre la transparence dans le secteur, concerne la mise en place d’une commission d’enquête administrative. Cette commission, formée des représentants de la profession, des consommateurs, de la justice, du ministère de l’Intérieur, celui de l’Equipement,… est censée dresser un rapport d’enquête suite aux accidents de la circulation, que le parquet prend en considération. Or, depuis 2010, il n’y a pas eu de texte permettant de l’instituer. 

    - Comment accélérer le chantier de la formation?
    - Sur ce dossier, nous sommes plus ou moins satisfaits, car nous disposons d’une certaine visibilité grâce à la stratégie logistique présentée devant Sa Majesté le Roi en avril 2010 et qui comporte un volet RH. Pour tout ce qui concerne la logistique, nous préparons un contrat formation. J’espère qu’il sera signé rapidement avec les efforts fournis par la CGEM et l’Agence marocaine de développement de la logistique (AMDL). Je peux dire que nous avons quand même une trame sur laquelle nous avons travaillé depuis 2010, celle de McKinsey. Nous connaissons les filières qui enregistrent des déficits, les besoins en termes quantitatifs et selon les formats (résidentiel, à distance),... Néanmoins, nous avons aussi besoin d’un cadre réglementaire qui n’est pas encore là. Il s’agit du registre national des certifications professionnelles. A travers ce dispositif, l’entreprise est reconnue en tant qu’espace de formation par le biais de la validation des acquis professionnels. Le ministère de l’Emploi et celui de l’Education nationale et de la Formation professionnelle y travaillent en collaboration avec la CGEM.
    - Qu’en est-il des cartes professionnelles prévues en 2010?
    - Les conducteurs qui exerçaient avant la mise en application du code en 2010 devaient recevoir automatiquement leur carte professionnelle. Malheureusement, il y a eu quelques écueils, notamment la question de l’adresse du domicile du conducteur qui devait être prise en compte. Aujourd’hui, le conducteur peut être attributaire de cette carte n’importe où au Maroc et dans n’importe quelle délégation. C’est une avancée. Cela dit, il faudrait plus de mobilisation des entreprises, et là je fais une autocritique, car les choses n’ont pas été menées correctement. Plus d’actions de sensibilisation des conducteurs sont nécessaires. C’est d’abord une question de moyens dont disposent les entreprises. Vous savez, celles qui n’en ont pas sont toujours les parents pauvres de toutes les stratégies. Nous avons effectivement travaillé sur la sensibilisation mais nous avons eu des difficultés à encadrer les TPE, qui sont légion dans le secteur, à cause de leur caractère artisanal. Pratiquement 90% des opérateurs sont des entreprises personne physique. Sur les 300.000 cartes prévues, seules moins de 100.000 ont été distribuées, soit le tiers. La gendarmerie royale et la police nationale nous aident aussi sur ce chantier en sensibilisant les conducteurs.

    - Les conducteurs ayant intégré le secteur après l’entrée en vigueur du code, ont-ils pu l’obtenir?
    - Là malheureusement, je ne peux que constater un fait: il n’existe pas encore d’organisme capable d’implémenter la formation initiale, qui conditionne l’obtention de la carte professionnelle. C’est un vrai problème. Je ne dirai pas qu’il faudrait amender la loi, mais au moins donner le temps au temps et opter pour plus de souplesse. Nous avons justement commencé par la formation continue, car elle est moins coûteuse. Il n’y a donc pas encore d’avancées pour la formation initiale. Mais à terme nous y arriverons. Ce fut le cas en France où la réforme a nécessité une période transitoire d’une dizaine d’années. Le gouvernement de l’époque n’a pas tenu compte de nos observations. C’est finalement un problème de gouvernance. Nous nous sommes trompés d’échéance. 

    - Le secteur recrute-t-il en ce moment?
    - Nous avons été touchés de plein fouet par la crise de 2008, puis il y a eu une petite reprise en 2010.  En 2011, c’était au tour de la crise des dettes souveraines en Europe, qui a été encore plus rude et plus dévastatrice que la précédente. Au niveau de l’embauche, cela a malheureusement coïncidé avec la fin des grands chantiers structurants, dont le ministère de l’Equipement était le maître d’œuvre. De grands projets tels que TangerMed 1 et 2 ou encore les réseaux autoroutiers.  Le rythme s’est ensuite essoufflé en raison de la situation des finances de l’Etat. Même au niveau des investissements, les opérateurs sont plus prudents. Ils ont besoin de visibilité avant de s’engager dans des dépenses. Nous sommes au milieu de la crise de la production, via le transport en amont, et de celle de la distribution, occasionnée par la baisse de consommation. Toutefois, nous tablons sur une reprise de l’activité en 2014. 

    - Cette situation a-t-elle tiré les salaires vers le bas?
    - Curieusement non. Les salaires ont au contraire été tirés vers le haut. Le code est venu avec une réglementation concernant le temps de repos et de conduite, qui d’ailleurs n’est pas encore totalement implémentée, et qui a mené à une raréfaction des conducteurs. Nous avons été contraints de doubler les équipages pour les itinéraires dépassant les 400 km. Par ailleurs, les conducteurs sont obligés de passer d’abord par le permis B (voiture légère), puis au permis C (poids lourd léger) après deux ans, et ensuite au D (40 tonnes) après deux années supplémentaires. Pour enfin accéder au permis E après deux autres années. Au final, six années sont nécessaires. Cela contribue aussi à la raréfaction des ressources humaines. J’ai déposé une requête auprès du ministre du Transport, Abdelaziz Rabbah, qui a promis d’amender le texte. Les conducteurs pourraient passer directement aux autres types de permis après le B, ce qui ne prendrait que deux ans. Cela mènera certainement au rétablissement de la courbe des rémunérations. 

    Inflation de salaires

    Depuis l’entrée en vigueur du code et la «raréfaction» des profils qui s’en est suivie, les rémunérations des conducteurs ont sensiblement grimpé. Le salaire moyen est passé de 4.000 DH à 7.000 DH aujourd’hui, selon la Fédération nationale du transport routier. Soit une hausse de 75%. Les conducteurs opérant à l’international, eux, perçoivent des salaires variant entre 15.000 et 20.000 DH par mois.

    Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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