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Evénement

Le CESE sort le Sahara des tabous

Par L'Economiste | Edition N°:4148 Le 11/11/2013 | Partager
Un nouveau modèle de développement intégré
Il faudra mobiliser 140 milliards de DH sur 10 ans

Le nouveau modèle de développement des provinces du sud nécessite la mobilisation de 140 milliards de DH d’investissements sur une dizaine d’années. Nizar Baraka, président du CESE, place les politiques devant leurs responsabilités

LE secteur privé invité à s’engager dans la bataille du développement. Nizar Baraka a d’emblée clarifié la position du Conseil économique, social et environnemental (CESE): le Maroc ne peut plus se permettre que des citoyens restent otages du processus onusien bloqué. Il s’agit donc de dissocier le développement de ces régions de la résolution de la question à l’ONU.
C’est pour répondre à cette équation qu’une commission ad hoc du CESE a élaboré un nouveau modèle de développement intégré dont le président en a présenté les grandes lignes vendredi dernier. Le rapport a été élaboré par les deux présidents du CESE. Mis sur les rails par Chakib Benmoussa, selon une approche participative des acteurs des provinces du sud, le document a été finalisé par Nizar Baraka. C’est la troisième fois que ce travail est présenté à l’opinion publique, ce qui en fait une politique d’Etat. Derrière cette insistance, un message: il faut traduire rapidement ces prescriptions sur le terrain qui véhicule une transformation du «logiciel» utilisé pendant des décennies au Sahara.
Le modèle, multidimensionnel, vise à faire des provinces du sud un «hub africain». Cette vision a été tracée par le Souverain lors de son discours du 6 novembre 2012. Il l’a réitéré mercredi dernier, en affirmant sa volonté de «conforter la portée géostratégique de ces provinces en tant que pôle régional de liaison et d’échanges entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne».
Selon Nizar Baraka, ce modèle de développement nécessite la mobilisation de 140 milliards de DH d’investissements  sur une dizaine d’années. La moitié de ces ressources sera supportée par l’Etat qui transfère vers ces régions 10 milliards de DH, en moyenne par an. A cela s’ajoutent les investissements des collectivités locales de l’ordre de 5 milliards de DH. La mise en œuvre de ce modèle de développement permettra de doubler le PIB en l’espace de 10 ans et créer 120.000 postes d’emploi.
Pour le président, le pari de ce modèle est de passer à une autre étape qui consiste à capitaliser tous les investissements publics consentis. Il existe de multiples infrastructures de base qui restent inexploitées. Pour Fouad Benseddik, expert et membre du CESE qui a beaucoup travaillé sur ce dossier, «dans ces régions, l’Etat reste le 1er investisseur, le 1er employeur et le principal fournisseur d’aides. Aujourd’hui, l’absence du secteur privé empêche le développement d’une économie réellement créatrice de richesses et d’un vrai marché». Nizar Baraka mise également sur le secteur privé qu’il faudra attirer dans ces régions pour créer une dynamique qui sera renforcée par le partenariat public-privé. Des projets sont déjà sur la table dans les régions de Laâyoune, Dakhla,... Le modèle soumis au Souverain propose de rompre avec «l’économie de rente, axée sur les activités du secteur primaire, à un cadre qui favorise l’investissement privé producteur de richesses et d’emplois et qui garantit la transparence et le respect des règles de saine concurrence», lit-on dans le rapport du CESE.
L’objectif est de faire émerger trois grands pôles de compétitivité régionaux. Il s’agit de Laâyoune-Boujdour, Oued Eddahab-Lagouira et Guelmim-Es Smara. Chaque région sera perçue comme un pôle économique qui développera ses spécificités (pêche, industrie, logistique, tourisme,…). D’autant que les provinces du sud peuvent se positionner en pôle majeur de production d’énergies renouvelables, indique le document. Aujourd’hui, l’accès aux ressources naturelles, le système d’aides reposent sur une logique de privilèges, de clientélisme et de rentes. «Pour sortir de cette perception, il est nécessaire de renforcer la transparence et le contrôle démocratique sur les mécanismes d’allocation des licences de pêche, de transport,… », rappelle Fouad Benseddik.

Renforcer les compétences des élus

LE constat de sécurité dans les provinces du sud est une réalité. «Un acquis précieux non seulement pour le Maroc mais aussi pour toute la région du nord-ouest africain. On circule librement sans courir de risque sur l’ensemble du territoire. Il doit être consolidé, non pas au péril des libertés, mais au service de la démocratie», souligne l’expert Fouad Benseddik. Cependant, pour sortir du primat du sécuritaire, il faudra renforcer les compétences des élus et améliorer leurs liens et leur coopération avec les walis pour que le développement marche sur ses deux jambes, celle de l’administration et celle des élus, ajoute-t-il.

Mohamed CHAOUI

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