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    Analyse

    Politique culturelle: 25 ans de galère

    Par L'Economiste | Edition N°:4134 Le 15/10/2013 | Partager
    Rétrospective sur un quart de siècle de gestion maladroite
    Quatre mandats décortiqués
    Le département le moins loti en termes de moyens

    «Au Maroc, le secteur culturel reste encore le parent pauvre des stratégies de développement social et économique», analyse Ahmed Massaia dans son dernier essai sur l’action culturelle, intitulé «Un désir de culture», et publié il y a moins d’un mois par La Croisée des chemins. L’universitaire et critique de théâtre, ancien directeur de l’Institut supérieur des arts dramatiques et de l’animation culturelle (ISADAC), revient dans son étude sur la gestion et la politique culturelle à travers les différents gouvernements qui se sont succédé depuis  l’Indépendance. Le constat est on ne peut plus clair. La motivation, les bonnes idées, l’envie d’insuffler un «désir de culture»… ne font pas défaut. Le véritable frein au développement de ce secteur reste le budget quasi négligeable qui y a été alloué tout au long des années. De tous les gouvernements, le portefeuille dédié à la Culture a toujours été le plus pauvre. Pour preuve, il ne dépasse guère 1% du Budget global.
    Autre épine dans le pied de chaque ministre de tutelle: l’énorme déficit en infrastructures de base. «Notre pays manque affreusement de lieux de production et de diffusion des expressions culturelles: théâtres, galeries de peinture, maisons de culture, musées, bibliothèques… L’artiste marocain souffre encore d’être un sans-abri qui traîne sa création sur son dos comme un bagage indésirable», précise un extrait du dernier ouvrage de Massaia. Aujourd’hui, le Maroc ne compte pas plus de 686 établissements culturels, dont 357 bibliothèques (essentiellement de petits points de lecture). L’on compte à peine 32 salles de théâtre et 51 instituts de musique dont 18 conservatoires. Généralement, ces établissements sont, dans leur grande majorité, sous équipés et «pauvres».

    Le nombre de livres ne dépasse

    guère les 3.000 titres par an au

    Maroc contre près de 70.000 en France

    Les musées, véritables lieux de mémoire et patrimoine immatériel de l’humanité, ne sont pour l’instant que des projets. Pareil pour les galeries d’art, qui  font défaut, hormis dans les grandes villes, où elles sont souvent des initiatives du privé qui profite d’un marché émergent juteux. Le manque d’infrastructures et de moyens a aussi des conséquences sur les habitudes de lecture et du marché du livre. «C’est inadmissible que des étudiants arrivent jusqu’en licence sans jamais avoir lu le moindre livre», dénonce un éditeur à Casablanca. Ce manque d’engouement pour la lecture, qui ne date pas d’aujourd’hui, s’explique par le système éducatif qui n’incite pas à la lecture, mais aussi par le faible pouvoir d’achat des Marocains et le coût du livre qui est jugé excessif. Selon les dernières statistiques du ministère de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies, le chiffre d’affaires du secteur de l’édition et de l’imprimerie s’élevait à  3,52 milliards de DH en 2011, soit moins de 2% du chiffre d’affaires de l’ensemble du secteur industriel. Autre indicateur du mal-être du livre: le nombre de publications qui ne dépasse pas les 3.000 titres par an contre près de 68.000 en France! De plus, la valeur des exportations de livres est 19 fois moins importante que celle enregistrée au niveau des importations en 2011.
    Toutefois, plusieurs actions ont été menées avec les moyens du bord. Et de grands chantiers sont en projet. Retour sur plus de 25 ans de gouvernance de la Culture.

    Mohamed Benaïssa (1985-1992)
    Les 8 ans de mandat de celui qui prônait une culture «avec le peuple plutôt que pour le peuple» sont une première tentative de gestion moderne du ministère des Affaires culturelles de l’époque. Mohamed Benaïssa a beaucoup apporté à la petite ville d’Asilah dont il était le maire. Aux côtés du peintre Melihi, cet artiste photographe, cinéaste et journaliste a créé le Festival culturel international d’Asilah qui en est, cette année, à sa 35e édition. Ce festival a vu défiler de grands noms du monde des arts, tels que Keith Jarett, Myriam Makeba, Léo Ferré… Son principal mérite est d’avoir rompu dans sa politique avec la vision idéologique de ses prédécesseurs. Benaïssa a réuni autour de lui le maximum d’artistes et d’intellectuels autour d’un slogan fort: «La culture pour le développement». Il a d’ailleurs donné une réelle impulsion aux arts plastiques.

    Les points forts

    Son mandat a favorisé la décentralisation de la culture avec la création de plusieurs centres dans les plus petites villes (Centre d’études et de recherches alaouites à Rissani, Centre de recherche et d’études andalouses à Chefchaouen…). Benaïssa a également donné une forte impulsion aux métiers du livre. Pas moins de 13 maisons d’édition ouvrent dans les années 80. Deux associations voient le jour: l’Association marocaine des éditeurs et l’Association marocaine des professionnels du livre.
    En 1986, 25 délégations provinciales sont créées pour encourager la lecture publique et l’animation culturelle. Benaïssa crée aussi le SIEL en 1987.

    Les points faibles

    La culture est tout de même toujours autant assujettie au ministère de l’Intérieur de l’époque, qui était chapeauté par Driss Basri (pour la liberté de création et d’expression, ce n’est pas gagné!).

    Allal Sinaceur (1992-1995)
    Pendant longtemps haut fonctionnaire de l’Unesco et enseignant de philosophie en France, Sinaceur continue sur la lancée de Benaïssa pour la régionalisation de la culture. Avec la collaboration des services culturels de l’ambassade de France, il crée les directions régionales de l’action culturelle (DRAC). L’ancien président de la fondation Moulay Slimane (pour la valorisation du patrimoine culturel de la ville de Oujda et de l’Oriental) apporte une réflexion théorique de haut niveau sur l’action culturelle. Ce qui change des mandats précédents, les affaires culturelles étant jusque-là soumises à une organisation aléatoire.

    Les points forts

    Le mandat de Sinaceur à la tête de la Culture a été  marqué par la création de nombreux services et directions au ministère. Il est par ailleurs le 1er à avoir prôné une approche transversale de l’action culturelle en appelant à la collaboration d’autres ministères (Education nationale et Tourisme).

    Les points faibles

    Cet habitué aux moyens importants  de l’Unesco n’arrive pas au bout de ses projets, faute de financement. Le budget du ministère étant d’environ 220 millions de DH à la fin des années 90.  Ses collaborations avec les autres ministères n’ont abouti qu’à des actions mineures. Son action s’est limitée concrètement à la réforme administrative du ministère tout en ouvrant le champ à d’autres projets.

    Mohammed Achaari  (1998-2007)
    Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir (Gouvernement d’alternance), le ministère des Affaires culturelles devient le ministère de la Culture et de la Communication. Plusieurs fois président de l’Union des écrivains marocains, Mohammed Achaari apporte une relative démocratisation culturelle. Selon l’universitaire Ahmed Massaia, il a impulsé une «dynamique et une volonté sans précédent à l’action culturelle». Il s’est d’abord fait le fervent défenseur des sites et monuments historiques (particulièrement aux anciens cinémas, théâtres, hôtels… qu’il a fait inscrire au patrimoine national et qu’il a sauvés d’une destruction certaine). En revanche, plusieurs chantiers sur le patrimoine immatériel ont jusque-là été délaissés.

    Les points forts

    C’est sous le mandat Achaari que les fouilles archéologiques et la restauration de sites et monuments avaient repris. Il a également contribué à la création du musée des Arts du Moyen-Atlas à Azrou et du musée du Rif à Al Houceima. Parmi les  actions d’envergure à son actif: son action pour le théâtre. Il s’attelle au chantier du statut de l’artiste (déjà préparé par Azmani), à la couverture sociale des artistes, carte professionnelle, création du Fonds d’aide à la production  et à la diffusion théâtrales au profit d’un théâtre longtemps laissé à l’abandon par ses prédécesseurs. Même si le budget alloué à la création et à la promotion ne dépassait pas les 4 millions de DH.

    Les points faibles

    Durant le mandat Achaari, aucun soutien n’a été apporté aux instituts de formation.Les festivals coûtent énormément d’argent et vident les caisses.

    Mohamed Amine Sbihi
    Premier mathématicien à la tête de ce ministère, Mohamed Amine Sbihi est au gouvernement depuis presque 2 ans. Il insiste sur le grand rôle de la culture dans le développement économique du pays. C’est ainsi qu’il lance un plan sectoriel en 5 points qu’il nomme «Stratégie du Maroc culturel». Ses chevaux de bataille sont la politique de proximité, le soutien à la création, la valorisation du patrimoine, la diplomatie culturelle et la bonne gouvernance. A travers sa politique culturelle de proximité, le ministère de tutelle a injecté 200 millions de DH. Ainsi, deux conservatoires de musique devraient également voir le jour en plus d’un théâtre. La création ou la mise à niveau des centres culturels nécessitera une enveloppe de 74 millions de DH.
    D’ici 2014, les villes de Bouarfa dans l’Oriental, Taourirt ou Ouarzazate devraient accueillir leurs nouveaux centres culturels. De plus, près de 15 millions de DH ont été attribués pour la création et la mise à niveau des bibliothèques et des points de lecture existants. Ce ministère est également à l’origine de deux grands projets: le Musée national d’art moderne (190 millions de DH) et l’Institut national de musique et de chorégraphie (200 millions de DH). Le cinquième axe de travail du ministère porte sur l’amélioration de la gouvernance. Conscient de la difficulté de mener à terme tous ses travaux, Sbihi entend ramener son budget à 1% du budget général de l’Etat à l’horizon 2016.

    Sanaa EDDAÏF

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