Culture

Don Bigg: «C’est la musique qui me dicte le texte»

Par L'Economiste | Edition N°:4099 Le 27/08/2013 | Partager

Don Bigg s’est produit sur la scène de Ben M’sick vendredi 23 août dans le cadre du Festival de Casablanca. Ses fans étaient venus nombreux, la scène ayant rassemblé 100.000 spectateurs ce soir-là

De son vrai nom Taoufik Hazeb, Don Bigg est considéré aujourd’hui comme le pionnier du rap marocain. Avec son style franc, contestataire et subversif, il a su séduire la jeunesse et se faire une place dans le paysage artistique. Mercredi 21 août, à l’occasion de la fête de la Jeunesse, il est de ceux qui reçoivent un wissam royal. Ce qui a continué de nourrir une polémique naissante sur son anti-conformisme et ses rapports au pouvoir. A l’occasion du Festival de Casablanca, dans le cadre duquel il a donné un concert vendredi 23 août, L’Economiste s’est intéressé au parcours de cet artiste atypique, controversant et controversé. 

- L’Economiste : Où en est la scène rap aujourd’hui ?
- Don Bigg : Il y a une nette amélioration dans sa perception. Dans les années 90, on était un peu perçus comme des aliens. Tandis qu’aujourd’hui, on nous considère comme des artistes, ce qui change tout.
Mais, ce qui n’a pas encore changé, c’est le statut de l’artiste au Maroc qui ne vaut rien quand on le compare à d’autres pays comme l’Egypte. Nous sommes très loin du compte. Les artistes en sont responsables en premier lieu (puisque c’est d’eux qu’il s’agit!), mais les institutions étatiques ont également leur part de responsabilité puisqu’elles ne reconnaissent pas l’artiste en tant que tel.

- Qu’est-ce qui vous inspire musicalement?
- Je n’écoute pas de rap en ce moment. Je cherche plutôt à dénicher de nouveaux talents. Je viens d’ailleurs de découvrir un artiste qui a beaucoup de talent : Ayoubi. Il est orienté afro-pop-rock en darija.
J’ai beaucoup aimé sa musique et je trouve que c’est malheureux qu’il n’y ait pas plus de buzz autour de lui. En ce moment, on est justement en train d’enregistrer une chanson dans les studios. C’est ce genre de musique qui me donne la volonté d’écrire…

- Comment se passe votre processus de création?
- Le rap nécessite surtout de la technique dans l’écriture (sur le flow, la rime…). En général, c’est la musique qui m’inspire le thème à part quand c’est une thématique qui me touche et que je choisis de travailler… C’est dans le subconscient que tout se joue : quand j’écoute une musique, c’est elle qui me dicte le texte.
- Maintenant que vous avez vos propres studios, qu’est-ce qui va changer?
- L’idée première était de créer un studio aux standards internationaux et qu’il soit à deux pas de chez moi. Ce qui m’évite de prendre l’avion pendant trois heures, de stresser, sortir de mon milieu pour créer quelque chose qui va de toute façon revenir à ce milieu… Ce n’est vraiment pas évident!

-Vous venez d’être décoré d’un wissam royal, qu’est-ce que cela représente?
- Cette décoration a beaucoup de poids. Elle représente la reconnaissance de tout le rap marocain, pas seulement le mien. Je n’ai pas été le seul rappeur à avoir été décoré. Recevoir cette décoration, c’est quelque chose de très symbolique.
La plus haute autorité du Maroc prend le temps de voir et d’écouter ce qui se passe au pays et de donner une certaine crédibilité aux artistes. C’est en même temps un honneur et une responsabilité.

- Certains voient en cette décoration la fin de votre anti-conformisme. Que leur répondez-vous?
- Je leur réponds que mon dernier album est sorti il y a 4 ans, donc soit ils n’écoutent pas ma musique, soit ils disent n’importe quoi. J’opte pour la seconde hypothèse… et la première aussi ! Attendons le prochain album pour juger de mon anti-conformisme. Est-ce que j’ai été décoré parce-que j’ai été dans le soft ? Non ! Du coup, il faut que je continue dans cette voie-là si je veux une autre décoration (rires).

- Il arrive que certaines de vos chansons soient censurées lors de représentations?
- Ce n’est jamais arrivé. Personne ne m’impose ce genre de choses parce que sinon, je ne monte tout simplement pas sur scène et je quitte l’événement. On ne m’a jamais mis cette pression-là, c’est inconcevable. Les gens m’appellent justement pour mes chansons contestataires.
- Que pensez-vous du retour du Festival de Casablanca?
- C’est une bonne chose ! Il y avait un manque de repères artistiques à Casa. La suspension du festival pendant deux ans a été très remarquée. Si je peux proposer des idées sans vouloir donner de conseils et passer pour un prétentieux (comme c’est toujours le cas !), je pense que le Festival de Casablanca devrait se focaliser sur l’interactivité entre artistes. Il faudrait créer des ateliers et inviter de nouveaux artistes qui ont besoin d’expérience, pour créer un panel de choix. Il est vrai qu’il s’agit plutôt là du rôle du ministère de la Culture de créer ces ateliers mais pourquoi ne pas le faire ? C’est la ville qui s’occupe du festival, elle a un certain poids ainsi que des obligations vis-à-vis des jeunes Casablancais.


Propos recueillis par Sanaa EDDAÏF

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