×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Justice

Procès de la casse
Le Parquet sort enfin sa version

Par L'Economiste | Edition N°:4082 Le 25/07/2013 | Partager
Une terrible lecture des incidents du 11 avril à Casablanca
Comment un rendez-vous sportif a tourné au pillage, à la casse, à la chasse aux femmes
Le ministère public réclame une peine dissuasive

Le ministère public n’y est pas allé de main morte. Mardi 23 juillet, à la Cour d’appel de Casablanca, le procès de la casse s’est poursuivi comme à l’accoutumée dans une salle archicomble et inhabituellement silencieuse. Le public était suspendu aux lèvres du procureur.  Celui-ci entama en fin de matinée son réquisitoire dans une affaire déclenchée suite aux graves incidents du 11 avril 2013. Date à laquelle des boulevards, tels que Mohamed V, ont été envahis par une horde de jeunes supporters. C’était, comme l’ont qualifié beaucoup de nos confrères, un «jeudi noir». Jour où deux grandes équipes du championnat national de football, le Raja casablancais et le FAR r’bati, allait s’affronter au complexe Mohamed V.   
En fait, l’ambiance a chauffé sur les réseaux sociaux d’abord. Ce qui avait mis «en alerte» les services de sécurité. «Malgré les mesures prises», l’irréparable fut commis: vols, agressions, pillage, destruction de biens d’intérêt public…
C’est en rappelant d’ailleurs ces faits que le représentant du ministère public, Abdelilah Mostakim, a engagé son réquisitoire. «Des groupes composés de 8.000, 1.200 et 800 personnes ont cassé les vitres des voitures, des magasins… tout en jetant des pierres. Dire que les accusés sont des boucs émissaires. Non, monsieur le président. Les directives du parquet ont été données pour n’arrêter que les personnes ayant commis des délits…», déclare la magistrature debout. Puis le parquet sort son code pénal et cite notamment l’article 594 dédié «aux auteurs de pillage (…), de marchandises ou autres biens mobiliers, commis en réunion ou bande…». Les peines prévues sont de 10 à 20 ans. Une sourde panique submerge alors les rangs des 135 accusés. Implacable, le ministère public enchaîne en distinguant entre les meneurs et ceux ayant été entraînés «à prendre part aux désordres». L’article 594 toujours réserve à ces derniers une peine plus clémente: de 5 à 10 ans de prison. Et à condition qu’un accusé prouve avoir «été entraîné par des provocations ou des sollicitations».
Il va sans dire que les messages postés sur facebook et a priori pistés par les enquêteurs seront déterminants pour faire le tri entre meneurs et menés. Avis aux internautes: pianoter sur son clavier peut déboucher sur des poursuites judiciaires.
Toujours est-il que le jour du match, «la police a constaté et comptabilisé le pillage de magasins, de 45 victimes de plus de 365 personnes blessées…». L’accusation cite alors le cas d’un vendeur ambulant de fruit, Aziz Anbar, pillé et tabassé. Revient sur les dégâts subis par deux agences bancaires de la Banque populaire et Arab Bank, plus de 40.000 DH. S’indigne du sort réservé «à une fillette de 2 ans que les pillards ont ballottée». Et des femmes «qu’on a déshabillé en plein public». Les faits interpellent autant que les saisies: armes blanches, bâtons, acide (esprit de sel), feux d’artifice… Avec aussi des «habits avec leurs étiquettes» ou encore «une paire de chaussures neuves». L’un des présumés pillards, Youssef Hasnaoui, «détenait une paire de souliers dont la taille est plus grande que celle qui chausse».
Pour démontrer qu’il y a eu «une concertation préalable» pour passer à l’acte, le ministère public fait valoir «les slogans haineux» postés sur Youtube et facebook. Blak Army et Ultra Askar (militaire) auraient «donné rendez-vous» à leurs sympathisants à la gare ferroviaire de Rabat ville «pour recevoir les instructions devant assurer le succès au cortège». Casablanca est qualifiée dans ces messages diffusés via le Net comme «une ville de dépravés». Le réquisitoire s’appuie ensuite sur des preuves: aveux, saisis, constats, témoignages, flagrants délits… Le tout pour couper court à une défense qui n’a cessé de «prétendre que les procès-verbaux sont viciés et signés sous contrainte par les accusés». Sur un ton ironique, l’accusation revient sur «les déclarations stupides» de quelques accusés. Certains ont affirmé «aller à Casablanca pour acheter des godasses ou des médicaments, voire rendre visite à des proches». «Est-ce concevable alors que beaucoup d’accusés n’avaient pas le sous? Or assister à un match de ce type suppose un budget de 300 DH au minimum…». Le ministère public pointe ensuite du doigt «l’incivisme de ces supporters», leur «manque de patriotisme» et où l’esprit sportif «a cédé la place à une atteinte à la dignité de leurs concitoyens». «Que vient faire l’acide et les feux d’artifice s’il n’y avait pas une intention avérée de nuire?» déclare le procureur face à des accusés médusés. Pour lui, «la pauvreté et la précarité sociale n’ont jamais été un motif pour le crime». Le magistrat y voit surtout «une déliquescence morale» et met en cause la responsabilité des parents. Ils étaient là justement. Se muant, symboliquement, en vrais accusés. «Nous avons cru que cette affaire allait servir d’exemple, mais Chaghab (hooliganisme) a encore frappé samedi 20 juillet à Casablanca. Un mort à l’occasion du match opposant le Raja à l’OGC Nice». Le jugement risque fort probablement d’être prononcé ce jeudi 25 juillet.

Partie civile

Casa Transport, l’ONCF et Casa Tram se sont portés partie civile au procès de la casse. Me Omar El Khder, représentant l’Office des chemins de fer, fait valoir devant le tribunal des pertes dépassant les 1,6 million de DH. L’avocat du barreau de Rabat remet une facture à la Cour tout en soulignant qu’elle a été «dressée par l’ordonnateur d’un établissement public». Celui de l’ONCF en l’occurrence. «Nous avons réclamé des dédommagements équivalents au montant des pertes», nous déclare-t-il. Tout en confirmant que «le flagrant délit a été constaté dans certains actes de vandalisme».


Faiçal FAQUIHI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc