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    Chronique Militaire

    Le Hamas entre isolement et compromis
    Par le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:4081 Le 24/07/2013 | Partager

    Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009)

    Parmi ceux qui regrettent la destitution de Mohammed Morsi figure le Hamas. Sa situation paraît précaire. Ces derniers temps, le Mouvement de la Résistance islamique avait voulu s’éloigner de l’Iran au profit des Frères musulmans égyptiens. Aujourd’hui, la chute de Morsi, les opérations égyptiennes contre les islamistes au Sinaï, la fermeture des tunnels entre Gaza et l’Egypte, semblent condamner le Hamas à l’impuissance.
    Celui-ci a peu d’options pour réagir et aucune n’est attractive: forcer le passage dans les tunnels, ces artères indispensables à la survie de la bande de Gaza; relancer ses combattants dans des actions contre Israël ou l’Egypte de manière à leur rappeler les risques inhérents à l’isolement de l’enclave. Ces deux modes d’action présentent des inconvénients que le Hamas, sans doute, voudra éviter. Si toutefois les Egyptiens continuent d’isoler Gaza, ses autorités devront intervenir, d’une manière ou d’une autre.
    Il n’y a pas si longtemps, le Hamas avait le vent en poupe. En novembre 2012, il frappait Tel Aviv avec ses fusées iraniennes Fajr-5. Un cessez-le-feu négocié grâce aux bons offices des Frères musulmans permettait de rouvrir les passages avec l’Egypte. En décembre, Khaled Meshaal venait pour la première fois à Gaza depuis la guerre de 1967, un voyage facilité par Le Caire. Dès lors, le Hamas pouvait s’éloigner de Téhéran et réorienter sa politique en direction d’Etats sunnites notoires, tels le Qatar et la Jordanie. La diminution de l’aide iranienne à Gaza était vite compensée. Autre signe que les choses allaient bien à Gaza, Recep Tayyip Erdogan promettait de s’y rendre après avoir obtenu les excuses d’Israël pour l’arraisonnement meurtrier du «Mavi Marmara», le 22 mai 2010, par un commando de Tsahal.
    Le coup d’Etat du Caire a quelque peu compromis cette situation. Dans l’enclave, l’opposition au Hamas s’est réveillée. En juin, le Djihad islamique accusait le Hamas d’avoir assassiné l’un de ses responsables et tirait des missiles vers Israël, espérant que la riposte de l’Etat hébreu contraindrait le Hamas à répliquer. On assistait ensuite aux manifestations des foules égyptiennes contre l’autoritarisme d’un Morsi, vite destitué par l’armée. Même si le Hamas demeurait en contact avec les services égyptiens du renseignement, un fait devenait évident: à Gaza, le mouvement islamiste n’était rien d’autre qu’un appendice des Frères musulmans d’Egypte. Morsi chassé de son palais et les Frères du pouvoir, le Hamas perdait un allié majeur et tous les avantages qui vont avec.
    En même temps qu’ils renversaient Morsi, les généraux du Caire déployaient troupes et blindés dans le Sinaï pour se prémunir d’attaques islamistes et aussi pour contenir à Gaza d’éventuelles protestations à l’encontre de l’Egypte. Le 1er juillet, l’agence turque Anatolia révélait la présence de 30 chars égyptiens sur la frontière Gaza-Sinaï. Ces derniers jours, de nombreux incidents ont eu lieu, entre militaires égyptiens et militants palestiniens à Rafah, el Arish,  Sheikh Zuweid, et autres lieux… Le 16 juillet, le ministre israélien de la Défense approuvait la venue au Sinaï de deux bataillons égyptiens d’infanterie supplémentaires.
    Plus sensible encore pour le Hamas, l’Egypte, non contente d’interdire tout passage à Rafah, fermait aussi les tunnels indispensables pour ravitailler l’enclave en vivres, acier, fuel, ciment... Comme ces flux de marchandises permettent de percevoir un impôt sur les marchandises entrant ou sortant de la bande, le Hamas aurait perdu 225 millions de dollars le mois dernier, sans compter les effets d’un manque accru de carburant et de matériaux de construction (voir encadré).

    L’inévitable médiation des
    généraux égyptiens

    L’organisation islamiste se veut par conséquent prudente. Après tout, sa position actuelle - pression militaire de l’Egypte et d’Israël, absence d’un allié politique au Caire pour minimiser l’impact pour Gaza des opérations en cours dans le Sinaï - n’est pas sans précédent. Quelques informations savamment distillées selon lesquelles le Hamas procéderait à des tirs de fusées capables d’atteindre Tel Aviv feraient savoir à Israël que le blocus de Gaza peut entraîner un nouveau et coûteux conflit armé. Certes, le Hamas n’y tient pas mais la menace constitue un des rares leviers que les responsables de Gaza peuvent encore actionner. Le Hamas va aussi devoir traiter avec les généraux du Caire. Ceux-ci représentent le seul intermédiaire possible pour parler avec Israël en même temps qu’ils imposent ou lèvent la fermeture des tunnels. Pour prix de leur médiation, ces militaires demanderont au Hamas de limiter les flux d’armes et de militants en direction du Sinaï, une occasion pour le Hamas de justifier un contrôle accru des djihadistes de l’enclave. De son côté, le Fatah espère que le Hamas trouvera intérêt à une réconciliation, voire à participer à un gouvernement d’union. Ce qui permettrait d’en finir avec la triste division des territoires palestiniens.
    Pourtant, cette coopération souhaitable du Hamas ne sera pas totale. Bien que le Mouvement soit contraint de maintenir des relations avec les militaires égyptiens, il est aujourd’hui un peu moins isolé qu’il ne l’était pendant la courte période où les Frères musulmans ont été «aux affaires» en  Egypte. Le Hamas peut effectivement revenir au sein du mouvement palestinien, lequel serait sans doute très heureux de l’accueillir à nouveau. Cependant, ses relations avec l’Iran, pour n’être plus ce qu’elles étaient, n’ont pas totalement cessé. Téhéran doit être disposé à aider le Hamas et à lui fournir à nouveau des fusées pour atteindre les villes israéliennes. Car l’Iran est toujours preneur d’une force par procuration, fut-elle sunnite, pour combattre Israël. Quant à l’Arabie saoudite et aux Emirats, la situation à Gaza leur fournit une opportunité de contrecarrer le Qatar en aidant le Hamas, privé de l’appui des Frères musulmans égyptiens. Critiqué pour l’aide qu’il apporte au régime de Bachar, le Hezbollah peut aussi être tenté de se rapprocher du Hamas pour éviter qu’il ne prenne le parti des rebelles syriens et de leurs alliés libanais.
    Au bout du compte, le Moyen-Orient demeure cette région unique et morcelée de la planète où se font et se défont les alliances au gré des échecs et des succès des uns et des autres. Le Hamas, même en difficulté, devrait trouver des appuis dans le camp arabe, si ce n’est du côté des Perses! «Paris vaut bien une messe» s’était écrié le protestant Henri IV pour mieux réaliser l’union des Français. C’est à se demander jusqu’à quels compromis ces Moyen-orientaux sont disposés à aller pour mieux servir leurs intérêts géostratégiques d’un moment.

    «La population de Gaza étranglée...»

    …« Depuis la chute de M. Morsi, Le Caire ne cesse de resserrer le garrot sur Gaza. A titre de punition envers le Hamas, coupable d’avoir trop manifesté son soutien aux Frères égyptiens. Du moins est-ce la conclusion – faute d’explication officielle du Caire – qu’en tirent les responsables du Mouvement de la résistance islamique.
    La population de l’enclave palestinienne paie le prix de cette nouvelle donne. Partout, dans la bande de Gaza, des milliers de voitures attendent devant les stations d’essence, désormais rarement approvisionnées.
    C’est ici, à Rafah, à la frontière égyptienne, que les sanctions sont appliquées, à la fois par la fermeture du point de passage pour les voyageurs et par la destruction d’une partie des tunnels de contrebande qui passent sous «le couloir de Philadelphie» séparant les deux territoires, notamment ceux acheminant essence et fioul vers Gaza.
    Les tunnels représentent une véritable industrie contrôlée par le Hamas, qui prélève sa dîme sur les marchandises arrivant d’Egypte. Depuis quelques semaines toute la zone des tunnels est désormais entièrement grillagée, et nul ne peut entrer ou sortir sans disposer d’une autorisation délivrée par le ministère de de l’intérieur du Hamas…».
    Laurent Zecchini, extrait de «La population de Gaza étranglée, victime collatérale de la chute du régime égyptien», Le Monde, 20 juillet 2013

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