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Société

Belgique: Albert II, roi malgré lui et fin politique

Par L'Economiste | Edition N°:4078 Le 19/07/2013 | Partager
Affaire Dutroux, crises politiques, monarchie contestée… 20 ans de règne mouvementés
Son fils, Philippe Ier, hérite d’un royaume où les tensions communautaires rythment la vie politique du pays

Le prince Philippe entouré de son père, encore prince de Liège à l’époque, et de la princesse Paola, qui deviendra reine des Belges bien des années plus tard

C’est une fête nationale historique que s’apprêtent à vivre les Belges. Ce dimanche 21 juillet, pour la première fois de leur histoire, ils assisteront à l’abdication de leur roi et à la prestation de serment de son fils héritier, Philippe, duc de Brabant.
Albert II, sixième roi des Belges, tire sa révérence à 79 ans, à l’aube des 20 ans de son règne. Fatigué, la santé fragile, il laissera l’image d’un souverain proche de son peuple, humain et authentique. «Le plus Belge des Belges», disent certains, à l’accent sincère et à l’humour bien de là-bas. Avec lui, la famille royale communique enfin et ouvre régulièrement les portes du palais de Laeken à Bruxelles. Deux décennies pour entrer dans l’Histoire, en restant toujours lui-même, dans les moments de joie comme dans la douleur.

Des débuts difficiles

Le 9 août 1993, Albert II n’en a pas envie, mais il prête serment devant une Belgique encore noyée dans le chagrin. Dix jours plus tôt, le roi Baudouin, son frère aîné et symbole de l’identité belge, décédait brutalement d’une crise cardiaque lors de vacances en Espagne. C’est un Albert tremblant et impressionné que découvrent les Belges. Le prince de Liège ne devait a priori pas se retrouver sur le trône. C’est son fils, Philippe, qui était pressenti pour prendre la succession directe de son oncle, Baudouin. Mais ce dernier s’est éteint beaucoup trop tôt. Philippe n’était pas prêt. Albert a même surpris en n’abdiquant pas en faveur de son fils. A l’époque, d’aucuns le pensent bien incapable d’endosser un tel rôle, dans un climat déjà tendu entre néerlandophones et francophones. Le nouveau roi signera d’ailleurs en 1993 la réforme constitutionnelle réduisant ses pouvoirs et transformant la Belgique en Etat fédéral. Mais Albert II demeure le symbole de la nation. Sera-t-il à la hauteur face à la menace de partition du pays entre ses deux régions principales: la Wallonie au sud et la Flandre au nord? La question se posait déjà il y a 20 ans.
Très vite pourtant, «le roi que l’on n’attendait pas» réussit à imposer son style: il reste lui-même, fait preuve de beaucoup d’humour et se montre très proche de son peuple.
Trois ans après son accession au trône, il entrera définitivement dans le cœur des Belges... Nous sommes en 1996, l’affaire Dutroux éclate, du nom de ce pédophile récidiviste responsable du viol, de la séquestration et de la mort de 6 jeunes filles dans des conditions atroces. Le royaume est sous le choc, traumatisé. Peur et tristesse s’emparent des Belges. Des centaines de milliers d’entre eux sortent dans la rue pour exprimer leur détresse au cours d’une marche blanche. Albert II se pose alors en père protecteur, condamnant publiquement les erreurs commises par la justice et la police. Du jamais vu à l’époque. Le roi préside même une table ronde organisée au palais pour réconcilier les Belges et leur justice. Avec la reine Paola, il reçoit pendant une semaine les parents des enfants disparus et milite pour la création à Bruxelles de Child Focus (le centre européen pour enfants disparus et sexuellement exploités) dont la reine Paola devient présidente d’honneur.

La monarchie tremble

Un geste fort qui provoquera l’ire de certains politiques et constitutionnalistes pour qui le couple royal est sorti de son rôle. Mais la population, au contraire, apprécie cette franchise exceptionnelle. Elle découvre alors un souverain très attaché aux droits des enfants, comme l’était son frère Baudouin engagé dans la lutte contre les réseaux de traite des êtres humains. De cette affaire, la monarchie sera la seule institution à sortir renforcée.
Ces deux dernières décennies, les tensions communautaires entre le nord et le sud du pays n’ont cessé de s’exacerber. Les dotations royales sont constamment remises en question, le rôle de la monarchie elle-même fait l’objet de nombreux débats. Les têtes couronnées sont accusées de tous les maux: «elles coûtent trop cher, ne sont pas compétentes, ne servent plus à rien». Les anti-royalistes se font de plus en plus entendre. Le roi est dans la ligne de mire de certains partis indépendantistes, dont la NV-A, qui gagne un peu plus de terrain en Flandre à chaque élection. A lui seul, le parti de Bart De Wever sera à l’origine de la plus grave crise politique qu’ait connue la Belgique. Entre 2010 et 2011, le pays sera privé de gouvernement durant 541 jours exactement. Le tout sans répercussion sur le quotidien des Belges, l’essentiel des pouvoirs étant assumé au niveau local. Mais les négociations politiques sont interminables et tournent en règlement de compte.

Philippe Ier saura-t-il assurer la relève?

Pendant un an et demi, le roi – qui règne mais ne gouverne pas – jouera le rôle de médiateur entre les différents partis, du nord au sud, de droite à gauche. Les politiques défilent au Palais. Il les écoute tous, les conseille et leur remonte les bretelles lorsque cela s’avère nécessaire. Tel un père, encore une fois, qui tente de réconcilier les membres de sa famille. Les jours passent et se ressemblent. Le pays est gelé alors que des réformes sociales sont très attendues en pleine crise économique. Le roi, fatigué des petits jeux politiciens, perd patience et exprime sa colère dans un discours historique la veille de la fête nationale il y a tout juste deux ans. Face à la caméra, il s’adresse aux Belges, mais surtout aux responsables politiques. Albert II ne cache plus son exaspération. Il hausse le ton avec une gestuelle explicite: «le moment est venu où le vrai courage consiste à chercher fermement le compromis qui rassemble et non à exacerber les oppositions». Quelques mois plus tard, un gouvernement sera enfin formé. Un rôle de médiateur au-dessus de la mêlée qui rappelle à chaque crise qu’il est le chef de l’Etat. Pendant son règne, Albert II aura été, plus que jamais, le ciment de la nation belge.
On le qualifie de mou, sans charisme, voire pas très «fute-fute» pour parler «belge». Le prince Philippe essuie les critiques depuis bien longtemps, comme le faisait également Albert II lors de son accession au trône. C’est presque devenu systématique au pays de Jacques Brel. Mais Philippe n’a ni la bonhomie ni le naturel de son père, qui en faisaient un vrai Belge parmi les Belges. Des qualités bien utiles pour gérer les querelles entre communautés linguistiques… au sein d’un pays aussi compliqué qu’attachant. Comme son père, la mission du nouveau roi sera de maintenir à tout prix l’unité du royaume. Il devra pour cela se positionner en vrai chef d’Etat. Un costume loin d’être évident à porter alors que les indépendantistes flamands l’attendent déjà au tournant.
Ses moindres faits et gestes seront guettés et dès la première erreur, le couperet pourrait tomber, la monarchie pouvant se voir réduite au rôle protocolaire. C’est en tout cas ce qu’ils espèrent. Mais que l’on ne s’y trompe pas, Philippe est bien plus préparé à régner qu’il n’y paraît. Davantage que ses prédécesseurs: son oncle Baudouin est arrivé sur le trône à 20 ans à peine et son père, Albert II, a pris les rênes de la monarchie du jour au lendemain. Le 7e roi des Belges se prépare depuis longtemps à son destin. Formation politique, militaire, économique, universitaire, Philippe est prêt, du moins sur papier. L’adage «la fonction fait l’homme» s’est chaque fois révélé exact en Belgique. Pour gagner le cœur des Belges, il devra néanmoins travailler sur sa communication et faire preuve d’un peu plus d’humour – qualité non négociable pour régner sur le royaume de Belgique. Mais Philippe a une alliée de choix : la princesse Mathilde. Atout charme indéniable. La future reine est ultra-populaire même en Flandre. Elle sera la première souveraine de nationalité belge dans l’Histoire de ce petit royaume vieux de près de 200 ans.

Vers une monarchie protocolaire?

Philippe Ier n’y échappera pas. La fonction royale va évoluer… vers un rôle protocolaire? C’est ce que veulent les partis flamands à des degrés divers. Certains francophones se positionnent également en faveur d’une réduction des pouvoirs royaux, par exemple la suppression de la signature royale des lois.
La révolution est déjà en marche. Début juin, le financement de la famille royale a fait l’objet d’une réforme historique. Le montant des dotations a été revu à la baisse. Ainsi, le roi Albert recevra, après son abdication, 923.000 euros, autant que le prince héritier. Une somme qui sera soumise aux impôts, avec contrôle et transparence à la clé, comme n’importe quel citoyen. Un traitement bien plus strict que celui accordé aux anciens souverains… crise économique oblige.
Mais que dit la Constitution sur les pouvoirs du souverain? D’abord, un principe central: «le roi règne mais ne gouverne pas». Cela signifie qu’il ne joue pas de rôle politique. En théorie, le roi des Belges est l’une des branches du pouvoir législatif. Il est également le chef de l’exécutif. Dans la pratique, il signe les textes approuvés par le Parlement et nomme et révoque les ministres. Enfin, tout acte officiel doit être contresigné par un ministre.
Mais le souverain a avant tout le droit «d’être consulté, d’encourager et de mettre en garde». Un rôle largement tenu par Albert II durant ses 20 ans de règne lorsqu’il devait gérer les crises politiques mais aussi sociales.
Pour l’heure, il n’est pas encore question de réviser les articles de la Constitution sur les pouvoirs du roi. Mais ils pourraient bien l’être durant la prochaine législative qui suivra les élections de mai 2014. Les nationalistes flamands partent largement favoris au nord du pays. Les premiers mois du règne de Philippe Ier pourraient être déterminants pour l’avenir de la monarchie…

Charlotte SIMONART

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