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Politique Internationale

Egypte
La révolution appartient aussi aux femmes!

Par L'Economiste | Edition N°:4072 Le 11/07/2013 | Partager
Agressions, viols : pourquoi veut-on les écarter de la place Tahrir ?
Pas d’évolution sans l’émancipation des Egyptiennes

Une révolution qui ne profite qu’à la moitié d’un pays n’en est pas une. Mais tant que les soulèvements populaires seront uniquement politiques, tant qu’ils ne reviendront pas sur les problématiques sociétales, culturelles et d’éducation, «la révolution ne sera pas complète», comme le rappelle la militante égyptienne Nawal Saadawi

LA réussite de la révolution égyptienne dépendra aussi de la condition féminine et de la place de la femme en général dans la société. Les premières images idylliques de la place Tahrir en 2011 faisaient état d’une cohabitation saine entre les hommes et les femmes, qui militaient tous pour la chute de Hosni Moubarak. Quelques semaines plus tard, les échos de viols de militantes se faisaient de plus en plus nombreux, sur cette même place symbolique. Des «viols institutionnels» ont même été rapportés. Ainsi, plusieurs femmes ont été trainées de force au commissariat pour vérifier leur virginité, avec ou sans leur consentement. Interrogés à ce sujet, les responsables disaient vouloir «les protéger». Dans le récent soulèvement populaire contre Morsi, plus de photo carte postale mettant en scène des hommes et des femmes qui se battent ensemble pour une même cause. L’ONG internationale Human Right Watch a même pu recenser une centaine de viols dès les premiers jours.
Ces agissements font-ils partie de l’«ADN» d’une société marquée par une montée des courants radicaux ces dernières années ? S’agit-il de l’expression pure et simple d’une frustration sexuelle qui atteint son apogée? Il est probable qu’il s’agisse, comme le privilégient certains experts, d’un instrument politique qui vise à ternir la symbolique de la place Tahrir, ou pour obliger les femmes à rester chez elles, et leurs hommes à les y surveiller … et ainsi court-circuiter la révolution. Contre ces violences, des citoyens se sont substitués à la police, complètement effacée sur la place Tahrir. Ils se sont organisés en brigades en gilets jaunes pour protéger les femmes de leurs agresseurs.
Malgré ces risques, elles sont toujours dans les rues et réclament leurs droits et ceux d’une Egypte «meilleure». Mais si la moitié de la population égyptienne ne récolte pas les fruits de la révolution, c’est que celle-ci ne réussira pas. Comme le rappelle Nawal Saadawi, psychiatre, écrivaine, militante et féministe égyptienne reçue par le Groupe Eco-Médias en fin de semaine dernière, le pays «ne peut pas être libre sans l’émancipation de la femme. Il n’y a pas de démocratie, ni de justice ni d’égalité sans elle».
Nawal Saadawi estime, par ailleurs, que le problème des révolutions actuelles, c’est qu’elles sont uniquement d’ordre politique. Les réformes en Egypte doivent aussi être pensées  au niveau des valeurs de la société. Pour elle, il est impératif de «faire tomber» le système patriarcal qui sévit durement en Egypte, en s’attaquant d’abord et avant tout aux mentalités. «Ce changement mènera à la révolution culturelle, puis éducative, et ainsi la révolution sera complète».
Aujourd’hui, l’Egypte est en pleine reconstruction. Soit elle fait peau neuve, évolue, laissant la majorité des pays arabes derrière elle, soit elle tombe dans un abyme sans fond. La situation de la femme sera un excellent baromètre de ces mutations. C’est Hazem Beblawi, le nouveau Premier ministre, qui devra réussir (un tant soit peu) ce test. S’il a finalement réussi à réconcilier les Egyptiens autour de sa personne (hors les Frères musulmans), il lui reste maintenant à former son gouvernement de transition. La question qui se pose est de savoir si ce nouveau gouvernement accordera plus de place aux femmes, autant dans ses rangs que dans les réformes qu’il compte entamer.
Jusque-là, comme en témoigne Nawal Saadawi, les élites masculines politiques, intellectuelles et financières égyptiennes, qui jouissent d’une réputation sans faille auprès du public, sont celles-là mêmes qui trompent leurs femmes et les maltraitent (dans leur majorité). «Comment peut-on aspirer au changement dans le pays alors qu’elles ne respectent pas leurs femmes ? C’est cette schizophrénie comportementale qui doit cesser».

Rime AIT EL HAJ

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