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    Politique Internationale

    Marc Lavergne: «Morsi, une erreur de casting»

    Par L'Economiste | Edition N°:4068 Le 05/07/2013 | Partager

    La situation est explosive en Egypte et risque de chambouler la géostratégie de toute la région. Marc Lavergne, géographe et politologue au CNRS, analyse pour L’Economiste les pistes d’avenir pour le Caire.

    - L’Economiste : Quels sont les scénarii d’évolution possibles pour l’Egypte?
    - Marc Lavergne: Le scénario idéal serait que tout le monde se retrouve autour d’une table. Les Frères musulmans ont encore la côte et ne doivent pas être écartés. La grande bourgeoisie et la fine couche de l’élite politisée, qui se dit laïque (des fois en s’y trompant elle-même), doivent aussi être représentées, avec l’armée en surveillant. Celle-ci ne souhaite pas le pouvoir. Ce qui lui importe le plus, c’est de garder ses privilèges. Les partisans de Hosni Moubarak qui s’étaient réfugiés à Dubaï avec leur argent vont revenir aussi. Il est primordial de les intégrer dans le scénario de l’Egypte du futur, car ce sont les seuls à être capables de réinjecter de l’argent en masse dans l’économie. Mohamed El-Baradeï est la bonne personne pour incarner cette «réconciliation».
    - Quel impact sur la région, et notamment dans les relations avec Israël?
    - Israël n’est plus un acteur de l’histoire contemporaine égyptienne ; elle subit. Les Egyptiens sont le peuple le plus terre à terre des pays arabes, les plus «paysans». Même s’ils sont très pieux, ce qui compte avant tout c’est leur intérêt au jour le jour. Pour autant, Tel-Aviv doit bien se réjouir que l’armée ait bloqué le Hamas, qui ne pourra pas venir en aide à Morsi. 

    - … et par rapport aux pays du Golfe?
    - Le Qatar ne soutient pas tous les islamistes, mais uniquement les Frères musulmans (notamment via Youssef al-Qaradawi). L’Arabie saoudite, de son côté, arrose les salafistes depuis le début pour faire tomber Morsi. C’est une vraie guerre par Egyptiens interposés entre ces deux puissances du Golfe. Maintenant, Washington va sûrement demander aux deux de payer pour aider l’Egypte, et ils seront tous deux contraints de soutenir le prochain régime.

    - La Tunisie va-t-elle connaître le même sort que l’Egypte?
    - Lorsque les Frères musulmans ont perdu le tourisme et l’économie, ils ont voulu se mêler de morale, et le peuple s’est fâché. Ennahda est dans cette optique là aujourd’hui. Elle court à la catastrophe, un peu comme tous les pays arabes rentiers (du tourisme, pétrole ...) qui sont aujourd’hui ingérables dans le cadre de la mondialisation. Tunis est arrimée à l’Europe, et c’est pour cela qu’elle est coincée. Le problème d’intégration des campagnes et des montagnes (vs les grandes villes côtières) peut allumer la mèche.

    - Mohamed Morsi aurait-il pu éviter d’en arriver là ?
    - Morsi, c’était une erreur de casting. Il est arrivé là car Khairat el-Shater n’était pas éligible étant de mère britannique. Lui, c’était un homme d’affaire prospère, qui connaît le business. Morsi a été effrayé par l’insécurité, les libéraux, les salafistes payés par l’Arabie Saoudite … Il est aussi borné, et il a refusé de parler avec l’opposition, ce qui l’a mené droit dans le mur. Mais il n’était pas entouré, la confrérie ne l’a pas aidé. Du coup, depuis qu’il est arrivé, l’administration n’a pas changé, si ce n’est qu’aujourd’hui les caisses sont vides. Ce qui est arrivé était inévitable.


    Propos recueilli par Rime Aït EL HAJ

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