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Justice

«Omar m’a tuer…», version ukrainienne

Par L'Economiste | Edition N°:4068 Le 05/07/2013 | Partager
Un étudiant marocain incarcéré en Ukraine
Son avocat dénonce une machination
L’intervention des Affaires étrangères sollicitée

La famille d’Othmane Chakib ainsi que son avocat et des militants associatifs réclament l’intervention du ministère des Affaires étrangères pour mettre fin à la situation tragique que vit le jeune étudiant

«Othmane s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment». Yaroslav Kandoziovic, avocat du jeune Othmane Chakib, étudiant marocain en Ukraine accusé du meurtre d’un médecin, est sans équivoque: «Le procès est une machination». Invité par le club des avocats et la famille de l’accusé le 2 juillet à Casablanca, le juriste ukrainien a battu en brèche les arguments avancés par l’accusation. La vingtaine à peine dépassée, le jeune Marocain poursuit ses études supérieures (en ingénierie semble-t-il) dans un établissement francophone et ne parle pas ukrainien. Son destin bascule. Récit de son avocat commis d’office.
Lvov, le 19 octobre 2012. Othmane Chakib sort d’une soirée estudiantine à 5h du matin. Passant à proximité de l’hôpital de la ville, quatre personnes l’interpellent. Il s’aperçoit alors qu’un cadavre gît sur le trottoir, celui du docteur Leon Freifield. Le groupe maîtrise le jeune garçon à la frêle corpulence et appellent la police, qui l’embarque de suite. «Les traces sur le corps d’Othmane montrent que les forces de l’ordre l’ont violemment passé à tabac», indique Me Kandoziovic. Sans traducteur ni avocat, l’interrogatoire prendra 12 heures. Othmane est alors déféré directement devant le tribunal. On l’accuse de meurtre sur l’un des médecins emblématiques de la ville de Lvov, et risque ainsi la perpétuité.
Pourtant, les contradictions des éléments de l’enquête sont flagrantes. D’abord au niveau de l’expertise médicale. «Celle-ci montre des lésions sur les mains de la victime qui indiquent que le médecin s’est défendu avant d’être tué», selon la défense toujours. Or, aucune trace de coup n’a été constatée sur le corps d’Othmane.
Aussi, les témoignages contredisent l’expertise puisque les quatre personnes l’ayant interpellé ont indiqué «qu’Othmane a piétiné la tête de la victime jusqu’à ce que mort s’en suive». Seulement, aucune trace de sang n’est visible sur les chaussures de l’accusé, et l’autopsie a démontré que la mort du médecin n’est pas due à un choc crânien mais aux hémorragies qu’il a subies au niveau du thorax. Toutes ces contradictions ont poussé Me Kandoziovic à ne pas signer le PV de l’interrogatoire, et demandé une contre-expertise médicale.
En Ukraine, peu de médias ont pris au sérieux les arguments avancés par la défense, car la tentation était sûrement trop grande pour une récupération politique. A tel point que la question a été soulevée même au Knesset par le député Danny Dannon, rapporte le journal israélien Arutz Sheva. Sachant, par ailleurs, que le docteur Freifield est de confession juive et Othmane musulman... ces ingrédients idéaux pour faire passer le jeune étudiant pour un «terroriste islamiste et antisémite». Sans rien enlever à la tragédie de la mort brutale d’un éminent professeur de médecine, Yaroslav Kandoziovic avance que «beaucoup de médias ont enfreint le principe de la présomption d’innocence». 
Ce plaidoyer de la défense visait avant tout à donner une dimension internationale à cette affaire et interpeller au passage la diplomatie marocaine.
En plus de l’avocat de l’accusé, Abdelaziz Nouaidi, membre fondateur de l’association Adala souhaite «que le ministère des Affaires étrangères pourra, devrait tout au moins, veiller à l’équité du procès».

Une justice «partiale et sélective»

La fondation Robert Schuman, qui œuvre en faveur de la construction européenne, a toujours dénoncé le manque de garantie d’équité de la justice ukrainienne. Jugées «partiales, expéditives et sélectives», les juridictions du deuxième plus grand pays d’Europe constituent un fardeau à son adhésion à l’UE. Evidemment, on pense à l’affaire retentissante de la persécution politique de l’ancienne première ministre Ioulia Timochenko et de ses alliés. Mais les failles du système touchent avant tout les citoyens ordinaires. Le Conseil de l’Europe avait d’ailleurs relevé à plusieurs reprises «le recours excessif à la détention provisoire, souvent appliquée sans justification ou motifs valables» (Résolution 1862 de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe). En effet,   conformément au principe de présomption d’innocence, la détention provisoire ne devrait être utilisée que comme une mesure de dernier ressort lorsqu’il existe un risque patent de fuite ou de détournement de la justice.

 Abdessamad NAIMI

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