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Culture

«La peine du vide»
Futur best-seller d’Ahmed Marzouki?

Par L'Economiste | Edition N°:4068 Le 05/07/2013 | Partager
Un recueil de 21 nouvelles sur l’après-Tazmamart
Rencontre littéraire avec un Marzouki franc et un brin dénonciateur
«La vie continue!» même au sortir de «l’enfer»

Le rêve d’Ahmed Marzouki est d’écrire son autobiographie. Lui qui se considère comme un citoyen faisant partie du «Maroc inutile», estime avoir encore beaucoup de choses à raconter et transmettre

LE deuxième ouvrage d’Ahmed Marzouki, sorti en décembre 2012, a fait l’objet d’un café littéraire mardi 2 juillet, en présence de l’auteur. Les Amis du café littéraire et la section culturelle de l’Union sportive marocaine (USM) ont ainsi organisé une rencontre réunissant une soixantaine de personnes tout ouïe à la présentation de l’auteur.
Après «Tazmamart, cellule 10», Ahmed Marzouki a manifestement encore beaucoup de choses à partager. Son nouvel ouvrage, écrit en langue arabe, «Mihnat al Faragh», est un recueil de 21 nouvelles contant sa redécouverte d’un Maroc dans lequel il aurait aimé se réinsérer à la suite de sa libération. L’auteur y raconte ses désillusions et décrit les nombreux obstacles freinant cette réinsertion tant voulue. Un recueil empreint d’humour (un trait caractéristique de la personnalité d’Ahmed Marzouki) malgré la gravité du sujet abordé. Pour exemple, une anecdote sur sa rencontre avec un prétendu survivant de Tazmamart, lui racontant de bout en bout son histoire -inventée- pour lui soutirer de l’argent, à lui, le véritable rescapé de ce bagne.
A l’origine, Ahmed Marzouki ne pensait pas publier d’ouvrages, il avait simplement besoin d’écrire pour lui-même. «J’ai les pieds sur terre et j’aime beaucoup trop la littérature pour me prétendre écrivain». Selon ses dires, c’est son éditeur Bichr Bennani, à la tête de Tarik Editions, qui le pousse à écrire ce qu’il a vécu, convaincu que son récit intéresserait beaucoup de monde. Et comment! «Tazmamart, cellule 10» est devenu un véritable best-seller!
Lors de cette rencontre, un ancien camarade de classe d’Ahmed Marzouki l’a interpellé pour lui rappeler à quel point il était vif, voire turbulent en classe, au point de toujours faire des blagues et de «jeter des petits bouts de papier sur ses camarades d’en face». Une occasion pour lui de revenir sur son enfance et son parcours. Né sur les pentes du Rif, dans la commune de Bouâjoul, Ahmed Marzouki n’a jamais été très bon élève. Voguant de lycée en lycée (à Fès, Rabat et Meknès), il finit par intégrer l’école militaire d’Ahermoumou. Un cursus l’ayant mené au grade de lieutenant. L’auteur de «Mihnat al Faragh» aime à rire de son manque de sérieux et d’assiduité. Il n’avait pas du tout le profil militaire: «j’étais toujours en retard, c’est pour dire! Et le seul jour où je suis arrivé à l’heure, j’ai écopé de 20 ans de bagne!» rappelle-t-il non sans humour.
Quand on lui demande ce qui lui a permis de survivre à Tazmamart, Marzouki avance qu’il est bon vivant de nature et grand dormeur. «Je peux m’endormir n’importe où, même durant la torture! Cela n’est pas pour rien dans ma résistance à ces années difficiles».
Ce qui a le plus intéressé la salle, c’était l’après-Tazmamart, objet de son dernier ouvrage. Marzouki n’a pas hésité à contenter son auditoire en racontant son histoire: «On ne nous a jamais pardonnés de sortir de là vivants. D’ailleurs, le Makhzen continue de nous le faire payer! Après notre libération, on nous a demandé de patienter. On nous avait promis de s’occuper de notre situation. Mais personne n’est jamais venu et, au final, nous nous sommes tous retrouvés comme un fardeau pour la société ». Et ce, jusqu’en 1994, année durant laquelle une indemnisation mensuelle de 5.000 DH a été attribuée aux survivants de Tazmamart. «En 2000, autre bouleversement avec la création d’un comité d’arbitrage qui nous a obligé à signer un document nous engageant à accepter le verdict tel qu’il tomberait. Un an après, notre revenu mensuel nous était retiré et nous nous retrouvions sans ressource à nouveau!»
Aujourd’hui, Ahmed Marzouki insiste beaucoup sur l’importance de la jeunesse: «En sortant de Tazmamart, j’aurais aimé trouver un Maroc meilleur. A la place de quoi, encore aujourd’hui, il y a un pourcentage énorme d’analphabétisme, les campagnes sont délaissées, le système judiciaire défaillant… et la jeunesse est totalement indifférente. Cela me fait très peur de voir ces jeunes complètement démoralisés et résignés. Il faudrait qu’ils reprennent confiance en eux», soutient-il.
Sa volonté aujourd’hui est de mourir le sourire aux lèvres, comme une revanche sur son passé et ses bourreaux: «La vie continue!» s’est-il exclamé.

Sanaa EDDAÏF

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