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Chronique Militaire

L’Egypte de Mohamed Morsi dans la tourmente
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:4066 Le 03/07/2013 | Partager

Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009)

En Egypte, une année durant, Frères musulmans et militaires ont vécu une cohabitation volontaire, plutôt paisible. Toutefois, les extraordinaires manifestations de dimanche semblent avoir conduit cette entente à se rompre et l’armée à réviser ses choix. Son chef d’état-major a accordé, lundi, 48 heures aux responsables politiques «pour satisfaire les demandes du peuple», faute de quoi l’Armée présenterait sa propre feuille de route pour sortir de la crise. Les énormes rassemblements de foules organisés par le mouvement Tamarrud (rébellion) ont produit l’effet espéré par ses promoteurs.

Une opposition sans programme

A condition, toutefois, que les partis d’opposition s’unissent sur une plate-forme commune de gouvernement, ce qui est loin d’être garanti et prendra de toute façon du temps. Cette condition une fois remplie, alors se jouera le destin de l’Egypte et d’une partie aussi de la région, sans compter celui du premier président élu et des Frères musulmans qui le soutiennent...
Tamarrud dit avoir collecté plus de 22 millions de signatures appelant au départ de Morsi et à des élections présidentielles anticipées. Cela a paru suffisant aux militaires pour envisager le départ du président, avec l’espoir,  puisque ces officiers ne semblent pas désireux de prendre sa place, d’amener l’opposition à lui succéder. Pour réussir, ce plan suppose la poursuite des manifestations, le départ volontaire de Mohamed Morsi, la constitution d’une force politique de remplacement au lieu et place des Frères musulmans, implicitement conviés à s’effacer mais qui ne sont sans doute pas près d’obtempérer.
Morsi, non plus, ne voudra pas partir. Sa dénonciation de l’ultimatum de l’armée le montre. L’opposition en est d’ailleurs consciente qui se satisferait sans doute de la rupture annoncée de l’alliance politique entre les Frères et l’armée, celle-ci demeurant l’ultime arbitre du pouvoir en Egypte.
Tamarrud est officiellement né le 1ermai. Cette structure a été fondée par trois activistes, venus du Mouvement pour le Changement (Kefaya), lequel avait joué un rôle majeur dans l’éviction de Moubarak. Très vite, Tamarrud a étendu son audience à tout le pays où il dispose d’un vaste réseau de correspondants motivés. Ayant senti le vent, plusieurs partis l’ont rejoint, Front National du Salut, Parti de la Constitution, Parti de la Conférence égyptienne… Depuis la chute de Moubarak, les politiques égyptiens s’étaient perdus en vaines querelles. Au moins, Tamarrud leur a-t-il proposé un but commun, sommaire, donc insuffisant, mais mobilisateur: le départ de Morsi!
Celui-ci, d’ailleurs, doit affronter d’autres adversaires que cette coalition des mécontents. Car le président égyptien est aussi menacé sur sa droite par diverses factions islamistes, comme les salafistes d’Al-Nour ou les religieux de l’université d’al-Azhar, opposants déterminés à Morsi, qui ont délégué leur plus haute figure, Sheikh Ahmed el-Tayeb, pour qu’il émette une fatwa autorisant la participation à des manifestations pacifiques de protestation. Toutefois, cette conjonction d’opposants disparates est loin de représenter une quelconque majorité de gouvernement. Et l’on peut se demander si l’ultimatum des militaires sera suffisant pour obtenir un accord des «politiques», et sans que l’on sache le sort qui pourrait être réservé aux Frères musulmans ni quelle va être leur réplique aux injonctions de l’état-major.
Le comportement de Tamarrud gêne quand il dit aspirer à la démocratie. Pour chasser Morsi, le tout nouveau mouvement a compté sur les désordres qu’il organise mais il sera jugé sur le fait qu’il a, semble-t-il, réussi à forcer la main des militaires; seule, en effet, leur intervention peut donner à penser que les protestations populaires auront plus d’effet que les émeutes précédentes, celles de Port Saïd en mars, celles du Caire en novembre-décembre 2012.
Une autre donnée du problème est la dégradation de la popularité des Frères musulmans. Cela s’explique par leurs erreurs: rapports difficiles avec les juges, incapacité à concevoir un programme économique cohérent, impuissance à garantir les importations indispensables de produits pétroliers... Affaibli à l’intérieur, le régime doit aussi gérer la situation au Sinaï où les forces de l’ordre ne cessent d’être harcelées par divers extrémistes et, surtout, le problème posé par la construction en Ethiopie de la plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique (voir encadré). Son fonctionnement, compris l’indispensable retenue d’eau, entraînera une baisse du régime du Nil, dramatique pour les paysans égyptiens, partant pour le pays.
Mohamed Morsi a cherché ces derniers jours à multiplier les réformes de détail à l’efficacité douteuse. Comme il faudra bien un jour supprimer les subventions aux produits de base, comme l’exige le FMI pour prêter 5 milliards de dollars, Le Caire veut rationner le pain et interdire aux boulangers de vendre directement leur farine. En Egypte, le prix du pain est un sujet sensible, une majorité des habitants compte sur l’Etat pour avoir les moyens d’en acheter. Pour éviter des révoltes, les Frères musulmans ont prévu de fournir eux-mêmes du pain aux populations démunies. D’autres programmes du même genre sont annoncés. C’est qu’il fallait tout faire pour prévenir le désamour des Egyptiens à l’égard de leur président et de «ses» Frères. Cependant l’irruption de l’armée dans le débat risque de rendre inopérantes les pauvres réformes envisagées.

La grande prudence des militaires

L’armée se débat entre son souhait de perpétuer sa place avantageuse dans l’Etat et la nécessité d’être présente dans la rue pour empêcher l’anarchie. Depuis un an, son choix, simple, a été de soutenir le président. Cette politique s’imposait, les militaires ne souhaitant pas assurer les responsabilités écrasantes et périlleuses du pouvoir. Lundi, pourtant, ces officiers ont choisi d’agir et, si leur ultimatum n’aboutit pas, de prendre la direction du pays sous la forme au moins d’ «une feuille de route», et à un moment où les Frères musulmans demeurent la seule force politique organisée du pays.
Les militaires ne verraient sans doute pas d’un mauvais œil l’irruption d’un grand parti, structuré et modéré, à même de représenter une alternative crédible au régime de Mohamed Morsi. A condition que cette éventualité survienne sans tarder ni sans trop de désordres ! Jusqu’à présent l’armée n’est intervenue, à Port Saïd notamment, que pour des affaires limitées, sans autres objectifs que ceux, tactiques, du rétablissement de l’ordre.  Le 23 juin, son chef, le général Abdel Fattah al-Sisi, avait prévenu que l’armée agirait en cas de violences entre  opposants et islamistes, si elles devaient amener le pays «à plonger dans un tunnel sombre de conflits et de troubles». Lundi 1er juillet, le général a pris ses responsabilités, jugeant probablement scellé le sort de Mohamed Morsi.
Tamarrud a gagné la première manche. Il obtiendra peut-être le départ de Mohamed Morsi. Surtout, l’armée a agi autrement qu’au moyen d’interventions ponctuelles. Mais la destitution du président élu, encouragée par les militaires, constituerait un fâcheux précédent qui ferait des désordres un facteur décisif pour accéder au pouvoir. On parle déjà de coup d’Etat, et pas seulement du côté du pouvoir égyptien. L’ONU appelle au dialogue, Barack Obama à la retenue.
D’ores et déjà, Tamarrud apparaît comme le catalyseur efficace d’un mécontentement profond et croissant, et a fourni la première indication de la capacité de l’opposition à surmonter ses divisions. Si les manifestations servent à quelque chose, ce sera d’avoir incité opposants et militaires à prendre conscience de leurs responsabilités.
Mais que les Frères résistent, que l’opposition ne parvienne pas à s’entendre, que les militaires prennent en charge directement la gestion du pays, une tâche où ils ne se sont jamais illustrés, et l’Egypte continuera de suivre le même mauvais chemin qu’elle a choisi d’emprunter, il y a 28 mois, après avoir renvoyé son dictateur.

«Ethiopie-Egypte: La bataille du Nil»

«…Addis-Abeba et Le Caire ont décidé d’ouvrir immédiatement des consultations sur le projet de construction par l’Ethiopie d’un barrage géant sur le Nil bleu, qui après sa jonction avec le Nil blanc, donne naissance au plus grand fleuve de la planète, artère nourricière vitale de l’Egypte… Long de 1.800 mètres et haut de 170 mètres, le barrage de la Grande Renaissance devrait produire dans quatre ans 6.000 mégawatts – l’équivalent de quatre réacteurs nucléaires – et faire de l’Ethiopie le premier producteur d’électricité d’Afrique… Pour l’Egypte, qui tire du Nil 95% de son eau douce, la construction de cet ouvrage et surtout le remplissage de son lac de retenue constitue un péril majeur, «une question de vie ou de mort», selon la presse. Le Caire invoque deux accords conclus en 1929 et 1959, sous la colonisation britannique, qui lui donnent un droit de veto sur tous les projets concernant le fleuve et lui attribuent 66% du débit annuel du Nil…».
René Backmann, «Le Nouvel Observateur», 27 juin 2013, n° 2538

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