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Tribune

Un «quelque chose de plus» pour relancer la zone euro
Par Dani RODRIK

Par L'Economiste | Edition N°:4054 Le 17/06/2013 | Partager

Dani Rodrik, professeur en économie politique internationale à l’Université de Harvard, est l’auteur de The Globalization Paradox. Il est l’un des économistes contemporains les plus opposés au libre-échange, sans pour autant être favorable à un rôle très important des Etats. Dani Rodrik est le premier lauréat du prix Albert O. Hirschman du Social Science Research Council

Il semblerait que l’austérité soit passée de mode dans la zone euro, du moins pour le moment. La Commission européenne a accordé un délai supplémentaire à l’Espagne, à la France et aux Pays-Bas pour se conformer au plafond de déficit à 3% du PIB fixé par l’Union européenne. Même les hauts fonctionnaires allemands reconnaissent maintenant que quelque chose de plus que le resserrement budgétaire est nécessaire pour relancer les économies de la périphérie de la zone euro.
Selon la Commission, ce «quelque chose de plus» est une réforme structurelle: l’assouplissement des restrictions sur les licenciements et sur d’autres réglementations des marchés du travail, la libéralisation des professions protégées et la suppression des contrôles sur les marchés des biens et services.
Mais il s’agit en définitive d’une ancienne recette sous une présentation différente. Dès le début de la crise de la zone euro, la «troïka» (la Commission, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne) a insisté sur les réformes structurelles dans le cadre de tout programme d’aide financière. Au cours de ce processus, la Grèce, l’Espagne et les autres ont été informés de la nécessité de réformes pour stimuler la productivité et la compétitivité et pour aider à rétablir la croissance.
Trois ans plus tard, l’expérience de la Grèce est révélatrice. Alors qu’un nouveau rapport du FMI reconnaît l’échec des réformes structurelles à produire les effets escomptés, en partie parce qu’elles se sont heurtées à des difficultés politiques et de mise en œuvre, et en partie parce que leur capacité à augmenter la croissance à court terme a été surestimée. Les réformes du marché du travail en Espagne n’ont pas fonctionné comme prévu.
Cela n’a rien de surprenant. La réforme structurelle augmente la productivité par deux moyens complémentaires. D’abord les secteurs à faible productivité licencient de la main-d’œuvre. Ensuite les secteurs à forte productivité connaissent la croissance et embauchent plus de main-d’œuvre. Les deux processus sont nécessaires pour que les réformes augmentent la productivité de l’économie.
Mais lorsque la demande globale est à la baisse, comme c’est le cas à la périphérie de l’Europe, le second mécanisme fonctionne à bas régime, voire pas du tout. On comprend facilement pourquoi: faciliter le licenciement de la main-d’œuvre ou le lancement de nouvelles entreprises a peu d’effet sur le recrutement si les entreprises ont déjà une capacité excédentaire et des difficultés à trouver des consommateurs. Si bien que nous n’obtenons que le premier effet, à savoir une hausse du chômage. Il y a peu de nouveaux aspects dans l’approche de la Commission européenne et peu de raisons de croire que sa «nouvelle» stratégie fonctionnera mieux que l’ancienne. La réforme structurelle, aussi souhaitable qu’elle puisse être à long terme, n’est tout simplement pas la solution à l’énigme de la croissance à court terme de ces pays.
Comment peut-on donc procéder différemment?
La manière la plus directe de traiter le problème de la dette est une dépréciation, couplée à une recapitalisation de ces banques qui subiront de fortes pertes suite à cette manœuvre. Cela peut sembler extrême, mais cela consiste à reconnaître le fait qu’une grande partie de la dette existante ne sera pas remboursée sans nouveaux flux de soutien financier public. Comme le FMI le reconnaît maintenant, il aurait été préférable de restructurer les dettes grecques dès le départ, plutôt que de s’engager dans une «opération d’intervention».
La réduction de dette en elle-même prépare le terrain pour la croissance, mais ne la déclenche pas directement. Les mesures qui ciblent directement le rééquilibrage des dépenses au sein de la zone euro et le transfert des dépenses vers les économies de la périphérie sont également nécessaires. Elles comprennent notamment: – des mesures pour stimuler la demande de la zone euro et pour stimuler de plus fortes dépenses dans les pays créanciers,  particulièrement en Allemagne, – des mesures pour réduire le prix des biens non-échangeables, – des mesures budgétaires pour réduire de manière coordonnée les salaires du secteur privé dans les économies de la périphérie, – et un objectif d’inflation plus fort de la BCE pour laisser la place nécessaire à l’évolution du taux de change réel par l’intermédiaire de l’évolution des taux nominaux. Ces mesures pourraient contraindre l’Allemagne à accepter une inflation plus importante et des pertes conséquentes pour les banques, ce qui suppose que les Allemands puissent adhérer à un récit différent sur la nature de la crise. Et cela signifie que les dirigeants allemands doivent se représenter la crise non pas en imaginant les pays du Sud sous les traits de paresseux invétérés, opposés à des pays du Nord assidus et économes, mais comme une crise de l’interdépendance au sein d’une union économique (et qui sera bientôt politique). Le rôle que les Allemands doivent jouer dans la résolution de la crise est aussi important que celui qu’ils ont joué lors de son déclenchement.
La France va aussi très probablement jouer un rôle déterminant. La France est si puissante que si elle donnait tout son soutien aux pays périphériques, l’Allemagne serait isolée et devrait répliquer. Mais jusqu’ici la France espère toujours se séparer des pays du Sud, afin d’éviter d’être entraînée par eux dans leur chute sur les marchés financiers.
En fin de compte, une union économique européenne viable a besoin d’une meilleure homogénéité structurelle et d’une meilleure convergence institutionnelle (notamment sur les marchés du travail) parmi ses membres. Ainsi l’argument allemand est fondamentalement valide: à long terme, les pays de l’UE doivent se ressembler davantage s’ils veulent habiter sous le même toit. Mais la zone euro est confrontée à un problème à court terme beaucoup plus keynésien par nature et pour lequel des mesures structurelles à plus long terme sont au mieux inefficaces, au pire nuisibles. Trop se concentrer sur les problèmes structurels, au détriment des politiques keynésiennes, rendra les mesures à long terme irréalisables et donc non pertinentes.

Stock de dette trop important

La périphérie zone euro souffre à la fois d’un problème de stock et d’un problème de flux. Elle a un stock de dette trop important et trop peu de compétitivité pour parvenir à l’équilibrage externe sans une forte déflation nationale et du chômage. Ce qui est nécessaire est une double approche qui cible simultanément les deux problèmes. L’approche dominante (cibler la dette par l’austérité budgétaire et la compétitivité par des réformes structurelles) a produit un taux de chômage qui menace la stabilité sociale et politique.

Traduit de l’anglais par Stéphan Garnier.
Copyright : Project Syndicate, 2013.
www.project-syndicate.org

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