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Tribune

Le sport, une autre façon de faire de la diplomatie
Par Mohammed Benmoussa

Par L'Economiste | Edition N°:4047 Le 06/06/2013 | Partager

Mohammed Benmoussa est ancien banquier et chef d’entreprise

L’économie planétaire du sport représente environ 800 milliards d’euros, soit 1,8% du PIB mondial. Dans ce contexte, la diplomatie sportive devient un outil précieux dont se servent les Etats pour conduire leur politique étrangère et asseoir leur suprématie à l’échelle internationale. Arme de puissance ou vecteur de développement économique, instrument de cohésion nationale ou outil de politique sécuritaire, la diplomatie sportive est utilisée par les nations à des fins politiques selon des modèles stratégiques différents.

- Le modèle américain: L’influence hégémonique
Le modèle américain fut le précurseur en matière de diplomatie sportive. Durant les années de guerre froide, la «Diplomatie du Ping-Pong» a permis aux Etats-Unis et à la Chine populaire de renouer des relations diplomatiques. Les Etats-Unis vont  ensuite utiliser le sport, parallèlement à d’autres outils (diplomatiques, politiques, militaires, économiques, juridiques ou culturels), pour améliorer leur image auprès des opinions publiques étrangères. Des programmes sportifs sont financés par des fonds américains en Amérique latine et dans les Balkans. Des sportifs originaires de pays du Moyen-Orient, d’Asie du Sud-Est ou d’Afrique orientale, sont invités aux Etats-Unis pour séjourner dans les centres sportifs et côtoyer les jeunes athlètes américains. Des vedettes sportives et des formateurs américains se rendent régulièrement à l’étranger pour porter la bonne parole.

- Le modèle espagnol: La performance sportive
Prenant comme point d’appui l’organisation de deux grandes manifestations sportives mondiales (la Coupe du Monde de football en 1982 et les Jeux Olympiques de Barcelone en 1992), l’Espagne a érigé la performance sportive en arme de puissance. Des succès internationaux sont enregistrés dans la quasi-totalité des disciplines sportives: le tennis, le football, le basket, la Formule 1, le cyclisme,… La gouvernance sportive est à l’origine de ce «miracle espagnol». Des sommes importantes sont injectées par l’Etat pour assurer un développement du sport à long terme. Une partie des droits de retransmission des JO (600 millions de dollars) fut réinvestie dans les infrastructures et la formation. Malgré la crise, l’Association des sports olympiques a distribué en 2010 plus de 10 millions d’euros (300 millions d’euros depuis sa création en 1988) de bourses aux jeunes athlètes. Des Centres de haut niveau, dotés de moyens techniques importants et de compétences spécialisées, sont mis à la disposition des champions espagnols. Les entreprises privées ont également participé au succès de cette politique sportive, à l’image de la banque Santander qui réalisa un retour sur investissement de 600 millions d’euros sur trois ans dans le sponsoring de la Formule 1.

- Le modèle français: La délégation
Le modèle français repose sur une coopération étroite entre l’État et un ensemble de fédérations et d’associations sportives, auxquelles des missions de service public sont déléguées. Cette organisation a permis de fédérer 15,8 millions de licenciés auprès de 110 fédérations sportives agréées, et de recenser près de 180.000 associations sportives animées par 2 millions de bénévoles. La politique sportive française fut bâtie sur la volonté de développer partout dans le territoire des infrastructures modernes avec l’appui de l’Etat et des collectivités locales. Comme elle fut assise sur la formation, la démocratisation de la pratique sportive et le soutien aux sportifs de haut niveau. Cette stratégie a permis à la France d’obtenir l’organisation de grandes manifestations sportives internationales, de remporter la Coupe du Monde de football en 1998 et de former des athlètes de très haut niveau qui sont ses premiers ambassadeurs à l’étranger (Zidane, Teddy Riner, Noah, Platini, Prost, Tony Parker,…).

-  Le modèle qatari: La puissance de l’argent
Basée sur la puissance de l’argent, cette stratégie sportive a permis à des fonds qataris, mais aussi bahreïnis et émiratis, de prendre des participations importantes dans de grands clubs de football européens (Manchester City, Paris Saint-Germain, FC Malaga,…). En matière de sponsoring, l’association Qatar Foundation a versé la coquette somme de 165 millions d’euros au Barça. A l’instar de la Russie (Mondial 2018) et du Brésil (Mondial 2014 &JO 2016), le Qatar, pays organisateur du mondial 2022, s’est emparé de la diplomatie sportive pour exister géostratégiquement sur la carte mondiale et remédier à la faiblesse de sa population et à l’étroitesse de son territoire.
Les modèles de diplomatie sportive doivent être pour nous une source d’inspiration.
Il faut que les responsables politiques finissent par comprendre que la diplomatie sportive est un moyen pour le Maroc d’exister sur le plan international. Que le sport est un moyen de rayonnement pour le peuple, ainsi qu’une arme de puissance régionale pour le pays. Que c’est à la fois un instrument privilégié de politique étrangère et un outil de développement économique, de promotion de l’emploi et de renforcement de nos ressources en devises. Que nos grands champions de classe internationale seront probablement plus utiles à la nation que le plus influent des ambassadeurs ou la plus performante des entreprises exportatrices. Mais ce message est-il audible pour le gouvernement? Il est permis d’en douter!

Un sport national moribond

Dans ce contexte de concurrence sportive internationale, le Maroc est quasiment inexistant. Aucune grande manifestation sportive de dimension planétaire n’a pu y être organisée. Le sport national est confronté à une multitude de problèmes: dysfonctionnements des gouvernances fédérales, montée de la violence dans les stades, dévalorisation de l’éthique sportive (dopage), indigence des résultats sportifs dans les compétitions internationales,... Les responsables politiques ne considèrent pas le sport comme un moyen de rayonnement  international. Les jeunes champions sont confrontés à l’autisme de leurs fédérations et de leur ministère de tutelle. Les dotations de sponsoring sont accordées à dose homéopathique. Les anciennes gloires du sport national, dont certaines réussissent brillamment à l’étranger, ne sont pas associées à la politique sportive du pays.

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