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Tribune

Pourquoi la troïka européenne doit grandir
Par le Pr. Jean Pisani-Ferry

Par L'Economiste | Edition N°:4044 Le 03/06/2013 | Partager

Jean Pisani-Ferry est le directeur de Bruegel, un think tank économique international. Il est aussi professeur d’économie à l’Université Paris-Dauphine et membre du Conseil d’analyse économique du Premier ministre français

Début 2010, un groupe d’hommes (et quelques femmes) en costumes sombres avaient atterri à Athènes. Ils appartenaient à une institution mondiale, le Fonds monétaire international, et à deux institutions régionales, la Commission européenne et la Banque centrale européenne. Leur mission était de négocier les termes et conditions d’un plan de sauvetage financier pour la Grèce. Quelques mois plus tard, ce groupe, entre temps mieux connu sous le nom de «troïka», a été envoyé en Irlande, puis au Portugal, et plus tard à Chypre.
Ce processus était appelé à produire de graves conséquences.
En outre, la coopération entre les trois institutions est également inédite. En 1997-1998, lors de la crise asiatique, le G-7 avait catégoriquement rejeté la proposition du Japon d’un Fonds monétaire asiatique. Cette fois, le FMI a même accepté un rôle de prêteur minoritaire, alors que le gros de l’aide provient du Mécanisme européen de stabilité (MES), une nouvelle institution souvent perçue comme un Fonds monétaire européen embryonnaire. On entend souvent que la taille des paquets d’assistance est un témoignage de l’influence de l’Europe au sein du FMI. Peut-être, mais les paquets sont, d’abord et avant tout, une conséquence des contraintes qui pesaient (et pèsent encore) sur les Européens. Tout ajustement économique est nécessairement plus lent au sein d’une union monétaire que dans les pays qui disposent de leur propre monnaie, parce que, même dans une économie très flexible, les prix changent plus lentement que le taux de change. Arriver à un même résultat prend donc plus de temps, et exige de maintenir les pays en soins intensifs plus longtemps – engendrant un coût plus élevé. Trois ans plus tard, les résultats sont au mieux mitigés. Le chômage a augmenté beaucoup plus fort que prévu et il est impossible d’ignorer les difficultés sociales. Il y a un motif de satisfaction au tableau: l’Irlande, qui est en train de se remettre d’une crise financière d’une gravité exceptionnelle. Mais il y a aussi une tache sombre: la Grèce, où le PIB a diminué de 20% depuis 2009 et où le ratio dette publique/PIB est maintenant plus élevé que prévu lors du lancement du programme, en dépit de la réduction de la dette négociée avec les créanciers privés en février 2012. Ce n’est pas par manque d’assainissement budgétaire. Au contraire, les autorités grecques ont fait plus que prévu sur ce front. Mais l’effondrement du PIB a nécessairement impliqué une hausse du ratio d’endettement, entraînant le pays dans une spirale récessive dès lors que la contraction économique force de nouvelles réductions des dépenses. La troïka aurait-elle pu mieux faire? Elle n’était pas responsable des conditions monétaires existantes – une union monétaire avec une banque centrale dont l’objectif principal est la stabilité des prix. Mais la réponse hésitante des fonctionnaires européens face à la crise a ajouté aux difficultés. Les controverses prolongées concernant les termes et conditions de l’aide, ainsi que le taux d’intérêt ridiculement élevé initialement prévu sur les prêts officiels, ont fait payer un lourd tribut aux pays déjà en situation de stress. De plus, la troïka a commis trois erreurs. Tout d’abord, la réduction de la dette grecque a été reportée pendant trop longtemps. Une fois qu’il est devenu clair que le fardeau était insupportable, la dette aurait dû être largement réduite rapidement. Trop de créanciers ont été remboursés à leur valeur nominale de leurs créances arrivant à échéance.
Deuxièmement, la troïka a fondé ses programmes sur des hypothèses trop optimistes. Elle a mal évalué les conséquences de la consolidation budgétaire et des contraintes sur le crédit, sous-estimant la contraction de l’emploi et surestimant les exportations ainsi que les recettes des privatisations.
Enfin, un peu comme ce qui s’est passé lors de la crise asiatique de la fin des années 1990, la troïka a considéré les pays un par un. En conséquence, elle n’a pas accordé suffisamment d’attention aux retombées sur les autres pays ni à la détérioration des conditions dans la zone euro en général.
La troïka doit-elle survivre? Ses trois institutions participantes ont des mandats et des rôles différents. Il était peut-être inévitable qu’ils commencent par travailler ensemble, mais il y a lieu de s’interroger sur la pertinence d’une telle approche à présent. Sur le plan opérationnel et financier, le FMI est devenu beaucoup plus impliqué en Europe que ce que ses actionnaires mondiaux jugent durable. Il devrait devenir un prêteur agissant comme un catalyseur, dont la participation à des programmes dans la zone euro reste souhaitable mais non indispensable – ce qui lui donne la possibilité d’être en désaccord et de s’en aller. La BCE est dans une position bizarre elle aussi, mais pour des raisons différentes. En tant que banque centrale de la zone euro, plutôt qu’un établissement de crédit, elle n’a pas de rôle clair dans les négociations au nom des créanciers. Si elle reste au sein de la troïka, sa participation devrait être la plus discrète possible. Enfin, l’Europe devrait transformer le MES en un Fonds monétaire européen capable de fournir une évaluation des politiques, des conseils, ainsi qu’une assistance financière – peut-être en s’appuyant sur le personnel de la Commission européenne. Au-delà des spécificités européennes, l’expérience de la troïka répond à une question d’une importance majeure pour d’autres parties du monde : le FMI peut-il coopérer avec des institutions régionales? La réponse est oui – mais pas facilement. La troïka s’est avérée fonctionnelle, et l’Europe aurait eu bien du mal à fournir une aide conditionnelle aux pays de la zone euro sans la participation et le soutien du FMI. Mais la coopération s’est avérée difficile, si ce n’est parce que chaque institution participante a des règles et des contraintes qui ne sont pas faciles à concilier avec celles des autres.

Les plus gros programmes d’aide financière de l’histoire

La troïka a négocié ce qui a fini par devenir les plus gros programmes d’aide financière de l’histoire: les prêts accordés à la Grèce par le FMI et les partenaires européens devraient atteindre les 240 milliards d’euros (310 milliards de dollars), soit 130% du PIB du pays en 2013 – largement plus que tout pays n’ait jamais reçu, que ce soit en termes absolus ou relatifs. Les prêts à l’Irlande (85 milliards d’euros) et au Portugal (78 milliards d’euros) sont également significativement plus grands que ceux habituellement fournis par le FMI.

Cet article se base sur un rapport Bruegel coécrit avec André Sapir et Guntram Wolff
Traduit de l’anglais par Timothée Demont
Copyright: Project Syndicate, 2013.
www.project-syndicate.org

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