Société

Mariage pour tous... mais pas au Maroc

Par L'Economiste | Edition N°:4032 Le 16/05/2013 | Partager
Attendue avant-hier à Casablanca, Frigide Barjot n'a finalement pas fait le déplacement
Procès de deux homosexuels à Témara : la société plus sévère que les juges

«VOUS auriez préféré être en face d’un bonbon tout rose avec des répliques drôles et acidulées, mais Frigide Barjot n’a pas pu venir au Maroc», tenait à s’excuser son remplaçant Arnaud Bouthéon. Que l’on soit d’accord sur la description ou pas, que l’on soit pour le mariage gay ou pro-Manif pour tous (collectif français opposé au mariage homosexuel), la déception était palpable le mardi 14 mai à Casablanca. La porte-parole du collectif a annulé son déplacement au Maroc. Raison invoquée : «l’exigence de différentes rencontres, des tractations de dernière minute, et la nécessité d’être à Paris avant le 16 mai», date à laquelle le Conseil constitutionnel va entériner ou rejeter cette loi polémique. Ce sont donc Arnaud Bouthéon, Patrice André, spécialiste de la théorie du genre et François Le Forestier, responsable des relations avec les communautés musulmanes de France, qui ont animé la conférence de presse, durant laquelle ils devaient expliquer l’impact de cette loi sur le Maroc.
En réalité, l’impact est minime. Certes la théorie du genre fera désormais partie du programme de l’Education nationale française, et sera donc inculquée aux enfants marocains scolarisés dans les écoles françaises. Mais il s’agit là d’abord et avant tout d’un choix personnel des parents. Si une telle décision heurte leurs convictions, l’école française n’est qu’un choix parmi d’autres. La diabolisation de la théorie par les intervenants, qui estiment qu’il s’agit là de «danger» ou de «perversion», et la comparent à une maladie dont l’on peut être «atteint», reste à nuancer, celle-ci étant initialement porteuse d’égalité entre les sexes.
En matière de mariages mixtes, Patrice André, qui est aussi juriste, estime que le Maroc ne sera légalement pas tenu de reconnaître le mariage de l’un de ses ressortissants avec une personne de même sexe en France. Encore une fois, donc, l’impact de l’adoption (ou pas) de la loi pour le mariage gay en France n’impacte pas vraiment les Marocains.
Par contre, elle pourrait toucher au niveau de l’évolution des mentalités, en raison de la densité des échanges culturels entre les deux pays. En ce sens, la question de savoir si c’est là une bonne ou une mauvaise chose mérite d’être posée. Aujourd’hui, l’homosexualité est considérée au Maroc comme un délit, et punie par la loi d’une peine de 6 mois à 3 ans de prison ferme.
D’ailleurs, hasard du calendrier ou ironie du sort, la conférence s’est tenue au lendemain du report du procès de deux homosexuels, pris en «flagrant délit» de flirt par la police de Témara. Ce procès se tiendra donc le 20 mai et non pas le lundi 13 mai, comme prévu initialement. Ces deux jeunes gens, âgés de 20 et 28 ans, risquent donc la prison, mais aussi le rejet par leurs  familles. La mère de l’un d’entre eux, qui a pris connaissance de l’homosexualité de son fils de la manière la plus violente qui soit, déclare «vivre un drame comparable au deuil». Quelle que soit l’issue de leur procès, la sentence du juge ne pourrait être plus sévère que celle de la société, qui leur donne la perpétuité.
Même les associations de défense des droits de la communauté LGBT (lesbienne gay bisexuelle et transsexuelle) au Maroc ne s’est pas manifestée lors de la première audience. «Seule la presse française et espagnole a fait le déplacement», déclare l’avocat de la défense.
Cela montre à quel point la question reste taboue, et à quel point la Manif pour tous, dans sa tentative de délocaliser le débat au Maroc, «s’avance sur un terrain miné» où elle risque d’augmenter la pression.

Contre le mariage gay, mais pas homophobes

LA discussion avec la vingtaine de journalistes présents lors de la conférence a très vite atteint son point Godwin, les intervenants rejetant la décision d’un président élu démocratiquement, avec cette loi figurant dans sa campagne. «Hitler n’était-il pas lui-même élu démocratiquement ?». Pour autant, comparer le mariage homosexuel à un génocide, même de la manière la plus innocente qui soit, pourrait heurter les esprits. D’autant plus que le collectif «Manif pour tous» refuse cette image de mouvement homophobe qui lui colle à la peau, malgré la présence d’associations homosexuelles dans ses rangs.

Rime AIT EL HAJ

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