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Evénement

Crise politique: Que serait le gouvernement de Benkirane II?

Par L'Economiste | Edition N°:4030 Le 14/05/2013 | Partager
Les scénarios de sortie
La même coalition pourrait rempiler, avec des remaniements
L’hypothèse d’élections anticipées très coûteuse

Hamid Chabat (alors maire de Fès et pas encore patron de l’Istiqlal) félicitant Abdelilah Benkirane pour la victoire du PJD aux législatives de novembre 2011. Les deux leaders se retrouvent aujurd’hui au coeur d’une des plus grosses crises politiques de l’histoire du pays

C’est le branle bas de combat dans les états-majors des partis politiques. Les formations qui comptent ont convoqué leurs instances dirigeantes avec comme ordre du jour, l’examen de la situation politique après le séisme provoqué par la décision de l’Istiqlal de sortir du gouvernement (cf notre édition d’hier lundi 13 mai 2013). D’ailleurs, les patrons des partis n’ont pas fait de commentaires sur le dossier. Les plus prolixes ont rappelé que c’était «une affaire interne de l’Istiqlal». Même les opérateurs économiques et ceux de la société civile sont dans l’expectative. Aujourd’hui, la question sur toutes les lèvres concerne les étapes à venir après l’annonce de cette sortie. Une chose est sûre, toute la classe politique doit attendre le retour au Maroc du Souverain, actuellement en déplacement en France pour une visite privée. C’est à partir de ce moment que les choses vont s’accélérer. Du côté de l’équipe de Benkirane, on considère que «la situation est confortable puisque les ministres de l’Istiqlal sont toujours au gouvernement». Et «le remaniement ministériel est une question prématurée». En attendant d’y voir plus clair, le secrétariat général du PJD devait se réunir hier lundi. Certes, le gouvernement Benkirane est en sursis. Le Souverain, une heure après la décision du Conseil national de l’Istiqlal, a pris contact avec Hamid Chabat pour lui «demander de maintenir les ministres de l’Istiqlal à leurs postes dans le souci de préserver le fonctionnement normal du gouvernement». Déjà, cette initiative royale démontre que le Souverain, même lorsqu’il séjourne à l’étranger, suit de près ce qui se passe dans le pays. Par ailleurs, on parle déjà d’un gouvernement Benkirane II. Ses contours ne sont pas encore nets même si trois scénarios sont sur la table. Le premier est une solution de compromis. Il s’agit de reconduire la même coalition, mais avec un changement en profondeur du management de la chose publique. Avec à la clé un remaniement ministériel pour changer la répartition des portefeuilles selon le poids politique de chaque parti. Dans cette configuration, on insiste sur le changement de la gouvernance des affaires publiques et la focalisation sur les dossiers économiques pour sortir le pays de la crise. Ce plan présente l’avantage de sa faisabilité au moindre coût, à l’exception d’un changement de taille: le mode de gestion de Abdelilah Benkirane doit être revu. Il doit cesser d’être patron du PJD pour être le chef du gouvernement de tous les Marocains, soulignent des observateurs. D’ailleurs, dans cette décision de sortie du gouvernement, l’Istiqlal a fait preuve d’intelligence politique. En activant l’article 42 de la Constitution qui a fait appel à l’arbitrage royal, il a laissé la porte ouverte à toute solution de compromis.  En pratique, le Souverain prendra connaissance de son mémorandum, avec probablement une audience royale accordée à Hamid Chabat. Il recevra également le chef du gouvernement. Il ne s’agit pas d’anticiper, mais chacun des deux mettra en avant la bonne volonté et les intérêts supérieurs de l’Etat pour remettre la machine en marche. L’autre scénario consiste à faire appel à un autre parti politique pour remplacer l’Istiqlal dans la coalition gouvernementale. La carte du RNI est avancée. Au niveau numérique, le calcul est bon. Ce nouveau schéma donne à la nouvelle majorité 214 sièges, bien au-delà des 198 sièges exigés. Sauf qu’il faut que le parti de Salaheddine Mezouar accepte d’intégrer le gouvernement. Sur cette question, le parti est divisé entre ceux qui sont favorables à l’entrée au gouvernement et d’autres qui veulent rester dans l’opposition. Cette hypothèse aura du mal à passer dans les rangs du PJD tellement le parti a brûlé ses vaisseaux en s’en prenant frontalement au président Salaheddine Mezouar. Quoiqu’en politique, rien n’est figé. En tout cas, le RNI devait réunir hier son bureau politique.
Auparavant, ses dirigeants s’étaient passés le mot pour éviter de commenter ce qui arrive tant que le parti n’a pas été sollicité. Hors RNI, le scénario de remplacement de l’Istiqlal exige au moins deux partis politiques pour boucler la majorité. Car, avec l’UC toute seule, Benkirane arrivera à peine à 183 sièges, loin des 198.  Dans ces cas de figure, l’Istiqlal basculera dans l’opposition. Avec l’USFP de Driss Lachgar, Hamid Chabat mènera la vie dure au PJD. En contrepartie, l’Istiqlal perdra la présidence de la Chambre des représentants, confiée à Karim Ghellab. Autre hypothèse sur la table, la convocation des élections anticipées. Depuis déjà des semaines, des dirigeants du PJD ont brandi cette menace. Ils ont continué samedi dernier. Ce qui a poussé Abdelilah Benkirane à publier un communiqué de presse pour rappeler à ses camarades qu’il était le seul porte-parole de son parti. Cette solution s’avère très coûteuse pour le Maroc sur les plans économique et politique.
Rabat ne peut se permettre le luxe de mettre des secteurs entiers et des investisseurs dans l’attentisme dans un pays où les Finances publiques se sont dégradées.  D’autant que des élections anticipées ne changeront pas grand-chose à la carte politique, compte tenu du mode de scrutin.
A l’état-major de l’Istiqlal, on  est en train de finaliser le mémorandum que Hamid Chabat devra soumettre au Souverain. Le secrétaire général doit y expliquer les raisons qui ont poussé sa formation à jeter l’éponge. Ce document devra reprendre les points forts du mémorandum et du document du comité central adressés au chef du gouvernement.
Le premier, d’une trentaine de pages, lui avait été remis le 3 janvier avec 3 recommandations de taille : la révision de la charte de la majorité, les priorités économiques et le remaniement ministériel. Le Chef du gouvernement avait ignoré ce document. Le deuxième rapport a été focalisé sur les mesures d’urgence pour la relance de l’économie. Avec des recommandations précises, ce document  avait pour objectif de démontrer comment le gouvernement pourrait dégager 42 milliards de DH d’économie sans augmenter les prix ni les impôts. Là aussi, le Chef du gouvernement n’a pas bronché.
Mais la goutte qui a fait déborder le vase a été la dernière réunion de la majorité du 2 mai avec deux points à l’ordre du jour: la situation économique et le Sahara. Benkirane a ignoré l’ordre du jour et s’est contenté de traiter les sorties  de Chabat à l’occasion du 1er mai.

Les ministres de l’Istiqlal

Dans le gouvernement de Abdelilah Benkirane, l’Istiqlal a 6 portefeuilles. Il s’agit notamment du ministère de l’Economie et des Finances confié à Nizar Baraka, de l’Education nationale à Mohamed Louafa, de l’Energie, l’eau et l’environnement à Fouad Douiri. Abdeslam Kayouh est à l’Artisanat, Abdelatif Maâzouz en charge des MRE et Youssef Amrani aux Affaires étrangères.

Mesures d’urgence et mémorandum

Fin mars, l’Istiqlal s’était attaqué aux mesures d’urgence pour relancer l’économie. Et cela sans toucher au pouvoir d’achat des citoyens, considéré comme une ligne rouge à ne pas franchir. Le dispositif, concocté par l’Alliance des économistes de l’Istiqlal que préside l’ancien ministre Adil Douiri, a été une véritable bouée de sauvetage pour le gouvernement de Benkirane. Il lui permet de mobiliser une enveloppe de 42 milliards de DH, assez pour combler le déficit public et de relancer l’économie. Pourtant, ce programme a été purement et simplement ignoré, rappellent des membres du Comité exécutif de l’Istiqlal. La première partie de ces mesures d’urgence porte sur notamment le renforcement des recettes fiscales. Les économistes de l’Istiqlal tablent sur 27,8 milliards de DH. La deuxième partie du dispositif de l’Istiqlal concerne la rationalisation des dépenses de la compensation et la restitution des subventions pour les couches favorisées. Le parti table sur la mobilisation de 14 milliards de DH. L’Istiqlal était parti loin au point de proposer la création d’une instance de réconciliation avec le monde des affaires. Auparavant, le 3 janvier, l’Istiqlal avait remis au chef du gouvernement son premier mémorandum qui est resté sans réponse. Ce travail, destiné à redynamiser l’action gouvernementale, repose sur trois piliers essentiels. Le premier concerne le remaniement ministériel, selon de nouveaux critères. La présence féminine au sein du gouvernement doit être supérieure à 20%. Le ministère à deux têtes, appartenant à des partis différents, comme les Finances et les Affaires étrangères, devra passer à la trappe. Le deuxième pilier concerne la Charte politique de la majorité à amender pour y introduire de nouveaux éléments. Ainsi, l’Istiqlal veut institutionnaliser des réunions périodiques de la coalition. Dernier pilier, réorientation de l’intérêt du gouvernement sur les priorités d’ordre économique. Le gouvernement donne l’impression de ne pas accorder d’importance à ce dossier. Les déficits de la balance de paiement, le déficit commercial et le déficit budgétaire, avec en prime, les réserves en devises qui reculent.

 

Mohamed CHAOUI

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