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    Justice

    Affaire ONDA : Un fracassant passage à la barre

    Par L'Economiste | Edition N°:4024 Le 06/05/2013 | Partager
    Les révélations de Benallou
    «Déclarations contradictoires» d’un témoin à charge

    La plus marathonienne et la plus saisissante des audiences! Celle du 2 mai, tenu en début d’après-midi à la Cour d’appel de Casablanca, l’a été certainement. L’ex-DG de l’Office national des aéroports (ONDA), Abdelhanin Benallou, a poursuivi de 13h 30 mn à 20h ses déclarations fracassantes ponctuées par de longs soupirs (voir encadré). Accusé entre autres de dilapidation et détournement de deniers publics, le sexagénaire vêtu d’un costume bleu nuit est passé pour la seconde fois à la barre (cf. L’Economiste du 29 avril 2013). L’assistance, comptant beaucoup de proches, était plus nombreuse que d’habitude.
    Avant de s’éclipser, Mouna Ben Brahim, témoin à charge, a répondu présente à la convocation du tribunal. L’ancienne assistante de direction ne passera pas à la barre. N’empêche que son nom sera cité à plusieurs reprises lorsqu’il sera question des listes de cadeaux. Tout en dévoilant les déclarations contradictoires de la dame auprès du juge d’instruction, Benallou précise au tribunal que «bien avant son arrivée,  un budget spécial dédié aux présents existait déjà. Il est proposé par le DG, approuvé par le Conseil d’administration (présidé par Karim Ghellab, ministre du Transport à l’époque) et voté par le Parlement». L’accusé revient également sur le suivi fait par le service des achats. Dans un arabe classique impeccable, Benallou souligne que, contrairement à ce qu’elle a avancé, Mme Ben Brahim dressait la liste finale des cadeaux. «Comment peut-elle le nier alors qu’elle reconnaît devant le juge d’instruction qu’un tel travail relève de ses missions…?» s’interroge l’accusé avec un certain regret. Ben Brahim risque de vivre un moment difficile lors de son passage à la barre pour témoigner.
    Pour appuyer sa défense, l’ex-DG de l’Office ne manque pas à chaque fois de renvoyer la présidence à telle ou telle page du rapport d’instruction. Et assure qu’une clé USB contenant l’ensemble de bénéficiaires des cadeaux a été remise au magistrat-instructeur. Le président, Ali Torchi, se garde de lui demander des noms ou de savoir qu’est-ce qu’il en est devenu de cette liste-clé.  L’accusé détaille, chiffres à l’appui, les réalisations de l’ONDA: capacité de financement qui passe de 300 millions de DH à 1,2 milliard de DH en 2010. Date à laquelle Benallou a quitté son poste.
    «Qu’on est-il de la transparence M. Benallou?» demande le juge. «De 150 sociétés soumissionnaires en 2003 nous sommes passés à 1.500 entreprises en 2010. L’ONDA a regagné la confiance des opérateurs. Sachant que la concurrence au niveau des marchés publics est passée de 4 sociétés dans les meilleurs des cas à plus de 10 entreprises», répond l’accusé. Benallou remet ainsi indirectement en cause l’héritage de ses prédécesseurs, d’Ahmed El Biaz en particulier. D’où une petite parenthèse refermée rapidement: «vous avez lu le rapport du juge d’instruction M. le président et vous savez qui était le président de la 2e chambre de la Cour des comptes». Abdellah Sarhane en l’occurrence. Celui-là même dont le nom est cité par Benallou dans le rapport d’instruction en tant que proche parent d’un certain Abdelali Serhan, ex-cadre à l’ONDA. L’Office, du temps Benallou, «poursuivra en justice l’ex-fonctionnaire, au même titre qu’El Biaz, afin de rembourser leurs dettes».
    Face à une brève objection du parquet sur des propos liés à la nature des réseaux clientélistes, l’accusé rétorque «qu’il se défend pour aider la justice à parvenir à la vérité». Même lorsque ses avocats déclarent à la Cour que «Benallou n’est pas concerné par certains dossiers», l’intéressé persiste à répondre. Manière de démontrer qu’il n’a rien à se reprocher y compris en matière de recrutement, d’utilisation du correcteur, des diplômes présumés falsifiés, des promotions… A chaque fois, les propos de Benallou étaient confrontés à ceux des responsables des ressources humaines, Salaheddine Jeddou et Abderahim Boutaleb. Et à chaque fois, l’ex-DG s’en sortait tout en rendant hommages aux compétences de ses ex-collaborateurs. Une reconnaissance qui pèse lorsqu’on est à la barre des accusés.

    Un rapport au banc des accusés

    E rapport de la Cour des comptes (2008) a été encore une fois critiqué pour sa partialité. Abdelhanin Benallou, ex-DG de l’ONDA, a manifesté plusieurs fois son étonnement sur «le choix sélectif des documents» ayant servi à instruire l’enquête: «Comment se fait-il que les centaines de dossiers des candidats à ne pas recruter n’ont pas été versés au rapport?» se demande l’accusé face à ses juges. Dans d’autres cas, des documents à décharge «ont été dissimulés».
    De hauts responsables «n’ont jamais payé» les terrains acquis dans le cadre du projet El Mosalla. «Pourquoi la Cour des comptes n’a pas fait allusion à ces cas? Ces pouvoirs ont été utilisés pour régler des comptes», déclare Benallou. Une ancienne journaliste, comme Fatema El Oukili, «n’a jamais remboursé le crédit accordé par l’Office des aéroports».
    Benallou relève certaines erreurs dans ce rapport, pièce maîtresse de l’accusation. Exemple: Nadia Karkouri est présentée comme la femme du responsable communication de l’ONDA, à savoir M. Benzakour. Or son mari n’a rien avoir avec l’Office. En réalité, c’est Mme Karkouri qui occupe ce poste en se présentant comme Nadia épouse Benzakour. Une telle nuance compte dans la mesure où les enquêteurs lui reprochent de bénéficier de cadeaux. Ce qui revient à accuser les concernés de conflits d’intérêts. Les critiques de Benallou pèse en ce sens qu’une réforme de la Cour des comptes se profile. Le groupe parlementaire du PJD (majorité) ayant initié une proposition de loi. Les enquêteurs de cette institution sont certes des magistrats. Mais ne sont pas forcément des juristes de formation. Leurs rapports ont en revanche des conséquences judiciaires: le ministère de la Justice demande au parquet l’ouverture d’une enquête (CIH, ONDA...). D’où une question: si réforme il y a, quel sera l’étendue des nouveaux pouvoirs de la Cour des comptes et le poids juridique de ses audits?

    Faiçal FAQUIHI

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