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    Chronique

    Le soutien scolaire est-il nécessaire pour nos enfants?

    Par L'Economiste | Edition N°:4017 Le 24/04/2013 | Partager

    Après une carrière de vingt ans en tant qu’opérateur privé de l’Education scolaire et universitaire, et président fondateur d’associations dans l’enseignement et le Conseil en formation, Abderrahmane Lahlou a fondé ABWAB Consultants, spécialisé dans l’Education et la Formation.
    Il est expert auprès du Groupe Banque Mondiale pour le programme e4e au Maroc, et expert agréé auprès de la BID. Il réalise également des études pour le compte de ministères et d’organismes privés nationaux et internationaux dans les trois domaines de la formation universitaire, professionnelle et scolaire. Il est conférencier international en management, économie et éducation, et professeur visiteur dans des universités françaises

    La période des examens approche. Que ce soit face au baccalauréat ou aux autres examens de passage, les élèves ont la gorge serrée, et les parents, qui se substituent trop à leur progéniture, angoissent.
    Cette situation circonstanciée nous rappelle encore, si besoin était, que les élèves travaillent de plus en plus pour l’examen, de moins en moins pour l’apprentissage et l’épanouissement.
    C’est dans cette brèche que s’infiltre notre industrie nationale du soutien scolaire, pour en faire une niche commerciale juteuse. Saisonnière à ses débuts, cette activité devient aujourd’hui quasi permanente, tout au long de l’année scolaire, voire au-delà, pour préparer aux concours d’entrée à certains établissements universitaires, ou même, plus tôt que cela,  à l’entrée à certains collèges ou lycées sélectifs.
    Certes, il existe les cours dits de soutien scolaires ou du soir, mais les cours de soutien au Maroc ne sont pas à la hauteur de leur rôle dans la réussite scolaire de l’enfant. Le constat est désolant: duplication des cours reçus à l’école, désorganisation de la démarche pédagogique, et qualité approximative des prestations caractérisent cette activité dont l’importance pour les parents est grandissante.

    Les cours de soutien du commerce

    Ma position à ce sujet est claire. Je suis contre le soutien scolaire dont on fait commerce de manière inappropriée. Celui qui, sous couvert de renforcement des connaissances ou de répétition des exercices, conduit des adolescents, à la fin d’une épuisante journée, à se tasser dans une classe pour refaire de nuit ce qu’ils n’ont pas assimilé de jour. Une manière de guérir le mal par le mal. Ceci, lorsque les cours du soir ne sont pas un prétexte à des rencontres nocturnes festives. Quant à certaines pratiques de soutien individuel à la maison par des enseignants, elles peuvent également s’avérer contre-productives, voire abrutissantes. Soutenir un élève n’est pas le noyer de connaissances indigestes, mais plutôt lui faire acquérir les bonnes méthodes d’apprentissage.
    Le plus désolant, c’est que ce sont certaines écoles qui sont les artistes de ce genre de pratique. De la manière dont se pratique aujourd’hui le prétendu soutien scolaire, nous allons véritablement vers la perte du système éducatif national. Car les cours de soutien collectifs sont non seulement dans la plupart des cas inutiles, mais ils sont nuisibles à l’apprentissage régulier.
    L’élève est exposé à une double démarche pédagogique, à un double rythme d’apprentissage, et à une double appartenance de groupe éducatif, si tant est que le groupe joue son rôle d’émulation, d’échange et de tutorat.  En outre, ces cours du soir qui font florès finissent par créer la dépendance chez l’élève et l’entretenir. L’élève qui devient vite un accroc des cours du soir rompt peu à peu son attachement fiduciaire avec sa classe de référence, et risque de perdre ses repères. Enfin, la pédagogie qui sévit dans la plupart de ces cours n’est pas une pédagogie de soutien, qui repère les lacunes et y remédie, mais une pédagogie classique, qui se superpose à l’action de l’enseignant de base et la bouscule.
    Sur le plan budgétaire, ce doit être une vraie catastrophe. Les familles du public dépensent presque autant que si leurs enfants étaient scolarisés dans le privé, et celles du privé dépensent près du double en frais de scolarité. Une étude récente de la situation du secteur éducatif en Egypte révèle que les familles dépensent en cours particuliers, en fournitures scolaires et autres faux frais presque la moitié du budget de l’éducation nationale, ce qui est en contradiction avec la gratuité de l’enseignement, note le rapport. Ce serait intéressant de mener une étude similaire pour le Maroc.

    Le bon soutien à offrir

    Il reste alors le véritable soutien à offrir à son enfant, et qui est l’accompagnement culturel et intellectuel, l’appui et l’encadrement méthodologique.  Il ne comble certes pas les connaissances et savoirs manquants à l’enfant, mais là n’est pas l’objet, car c’est à l’école (la bonne) que revient cette tâche.
    A l’origine, le soutien scolaire était censé apporter un complément à l’action de l’école. A l’école, l’enfant doit apprendre, s’épanouir, et progresser.
    L’épanouissement et le progrès des enfants sont le résultat des actions éducatives conjuguées de l’équipe pédagogique à l’école, et des parents à la maison. Si l’action de l’école se déroule en milieu collectif, celle de la maison est par définition individuelle, mais elle souffre souvent de l’indisponibilité des parents, ou de leur incapacité à enrichir la scolarité de leur enfant. Or, le travail d’accompagnement est capital pour les enfants souffrant de difficultés propres ou de difficultés dues à leur environnement scolaire.  «L’éclosion»  des enfants intervient à un âge variable et difficile à définir, car ceux-ci possèdent des aptitudes très variées. Pour les filles, la révélation est très souvent plus précoce que pour le garçon. C’est connu.
    L’action de soutien consiste alors à agir sur les déterminants de l’éveil scolaire de l’enfant pour activer le processus. Les déterminants de l’éveil scolaire sont nombreux : motivation, capacité à soutenir l’effort, méthode de travail, acquisition  des savoirs  et savoir-faire et autonomie dans l’apprentissage.
    Le soutien strictement scolaire en dehors  de l’école ne doit être qu’occasionnel. L’école doit faire son travail et doit bien le faire. A chacun son rôle.

    Pédagogie spécifique

    En pratique, si on a recours au soutien, celui-ci doit emprunter une pédagogie spécifique, différente de celle de la classe, et doit demeurer ponctuel. On ne doit y recourir qu’en situation de blocage. Cela peut être le cas des élèves scolarisés dans des établissements publics mal lotis en termes d’efficacité du milieu scolaire ou en termes d’engagement des enseignants. Mais c’est aussi le cas des élèves du privé, qui, arrivés au niveau du baccalauréat, voire avant, sont pris par la psychose des cours du soir, même quand ils sont bons. Il reste que le meilleur soutien est celui qu’on peut mener en classe, avec l’enseignant de base ou un enseignant qui connaît l’enseignant de base, l’accompagne de près et coordonne avec lui quant à l’évaluation de l’impact du soutien sur l’élève.
    Gardons à la pédagogie son intégrité. L’éducateur n’est pas un marchand d’alphabet. Personne n’a le droit de faire commerce avec l’éducation.

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