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Tribune

L’avenir de Chypre passe par la coopération économique
Par Javier Solana

Par L'Economiste | Edition N°:3999 Le 29/03/2013 | Partager

Javier Solana a été ministre des Affaires étrangères de l’Espagne, secrétaire général de l’OTAN et haut représentant de l’UE en matière de politique étrangère et de sécurité. Il est actuellement président du Centre pour l’économie mondiale et géopolitique de l’école de management ESADE et membre d’honneur de la Brookings Institution

Une fois de plus l’Europe est confrontée aux abysses. Mais l’accord provisoire entre Chypre et la troïka (la Commission européenne, le FMI et la BCE) fait que le pire a probablement été évité. Les dépôts importants dans les banques chypriotes seront lourdement taxés et la deuxième banque du pays va être fermée. Mais si l’on regarde vers l’avenir, Chypre a les moyens non seulement de se redresser, mais aussi de mettre fin à sa partition de longue date entre la République de Chypre et la République turque de Chypre du Nord, un micro-Etat soutenu par la Turquie. Chypre est le dernier pays touché par la crise économique qui frappe la Méditerranée. Depuis des années, une énorme bulle bancaire planait au-dessus de l’île, les actifs de ce secteur étaient estimés à sept fois son PIB, l’argent se déversant à flot dans un paradis fiscal bénéficiant de la sécurité liée à l’environnement de la zone euro.
La conception du plan de secours destiné à Chypre tient tant à la nature exceptionnelle de la bulle bancaire chypriote qu’aux pressions intérieures auxquelles sont confrontés les dirigeants de la zone euro: beaucoup de ces derniers soupçonnent l’île d’être un centre de blanchiment d’argent sale pour des ressortissants et des entités russes qui auraient injecté 68 milliards d’euros dans les banques chypriotes. Au-delà des détails de l’accord final, le spectre du prêt accordé par la Russie à Chypre en 2011 pourrait déclencher une onde de choc à travers le sud de l’Europe, susceptible de frapper les petits épargnants et d’entraîner une hausse du coût des emprunts pour les Etats.
Néanmoins Chypre dispose de précieux atouts qui pourraient sauver son économie (voir encadré).
Par ailleurs, des accords économiques pourraient encourager la coopération dans d’autres domaines. Les questions d’énergie ont conduit il y a quelque temps à un réchauffement sans précédent des relations entre Israël et Chypre, avec un accord signé en 2010 qui délimite les zones économiques exclusives des deux pays. On peut imaginer que ce type de coopération s’étende de manière à englober des pays voisins. Le fait que le président nouvellement élu de Chypre, Nicos Anastasiades, soit ouvert à ce genre de proposition est de bon augure. Certes, beaucoup dépendra de la manière dont il émergera de la tempête politique déclenchée par le plan de secours. Membre d’un parti pro-européen, le Rassemblement démocrate, il a remporté 57% des suffrages populaires sur un programme qui insistait sur le redémarrage de l’économie qui va sûrement être sa grande priorité. Néanmoins, au-delà des turbulences du moment, un regard attentif sur le passé d’Anastasiades permet d’être optimiste.
En 2004, Anastasiades et son parti étaient favorables au plan Annan, conçu par l’ancien secrétaire-général de l’ONU Kofi Annan avec le soutien de l’UE. Il comportait une proposition de réunification dans le cadre d’une fédération de deux Etats, la «République unie de Chypre».
Lorsque ce plan a été soumis à référendum, deux tiers des 250.000 Chypriotes turcs au nord de l’île ont voté en sa faveur, mais 76% des 860.000 Chypriotes grecs au sud l’ont rejeté. Il n’est cependant pas inconcevable que la victoire d’Anastasiades fournisse l’élan nécessaire à la réouverture du dialogue entre le nord et le sud de l’île, une fois la crise passée. Une telle conclusion serait une avancée majeure pour Chypre et la région. Trouver une solution à la partition de l’île ancrerait Chypre dans l’UE, et les nombreuses retombées économiques bénéficieraient à tout l’est de la Méditerranée.
Ainsi, la Turquie et la Grèce pourraient toutes les deux réduire leurs dépenses de défense (à des degrés différents, compte tenu de la différence de leur environnement géopolitique). La Grèce arrive en seconde place au sein de l’UE pour le montant de ses dépenses de défense en pourcentage du PIB. Dans le contexte économique actuel, des coupes dans ce secteur seraient d’un grand secours pour le budget du pays. Et le récent appel du dirigeant des rebelles kurdes, Abdullah Öcalan, à un cessez-le-feu est un signe encourageant qui montre que la Turquie est elle aussi disposée à bénéficier des dividendes de la paix.
La visite à Istanbul du Premier ministre grec Antonis Samaras à Istanbul début mars est le signe réconfortant du début du relâchement de la tension entre la Grèce et la Turquie. Un approfondissement de la coopération dans l’est de la Méditerranée fournirait une multitude d’occasions de développement économique, liées notamment à l’exploitation des gisements de gaz sous-marins transfrontaliers.
Lors de son premier mois au pouvoir, Anastasiades a été confronté à une crise économique sans précédent qui va sûrement continuer à s’imposer sur son agenda. Mais au-delà de cette tempête, la lumière pointe à l’horizon. Chypre et ses voisins doivent maintenant s’unir pour y parvenir.

Des réserves d’énergie pour 100 ans

En 2011, la compagnie américaine Noble Energy a découvert au large de Chypre un gisement de gaz de quelque 200 mètres cubes, baptisé Aphrodite dont la valeur est estimée à 80 milliards d’euros. Les travaux nécessaires à son extraction ont déjà débuté et la production pourrait commencer en 2018. Selon certains spécialistes, ces réserves pourraient fournir suffisamment d’énergie à Chypre pendant 100 ans – et pourraient aussi répondre aux besoins de l’Europe, plus ou moins aux abois en matière d’énergie. Lors de la recherche d’un accord sur le sauvetage de l’île, il a même été envisagé de considérer les revenus que Chypre tirera de ces gisements comme des garanties.
Selon la United States Geological Survey, le bassin du Levant qui englobe les eaux israéliennes, chypriotes et libanaises comporte 3.450 milliards de mètres cubes de gaz naturel exploitable et 1,7 milliard de barils de pétrole. Cependant, étant donné leur situation géographique, l’exploitation de ces réserves faramineuses n’est envisageable que sur la base d’une coopération entre les pays de la région.
Comme pour tout gisement de gaz ou de pétrole sous-marin, les droits relatifs à l’exploitation des fonds sous-marins sont de toute première importance. Au premier abord, la concurrence en ce domaine peut apparaître rentable, mais la coopération l’est davantage.

Traduit de l’anglais par Patrice HOROVITZ
Copyright: Project Syndicate, 2013.
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