×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Chronique

Karl Marx revisité au début du XXIe siècle

Par L'Economiste | Edition N°:3997 Le 27/03/2013 | Partager

Alors que le communisme semble presque s’être effacé de la surface du globe, qu’il est devenu encore plus utopique qu’avant, un écrivain francophone généralement fort avisé, a choisi de parler de Karl Marx avec «sérénité», écrit-il, et donc sérieusement(1). A un moment surtout où peu de gens étudient sa pensée, sans parler des jeunes générations par rapport à celles de leurs parents étiquetés naguère révolutionnaires ou gauchistes au siècle dernier, en comparaison à la série d’éditions qui lui furent consacrées, au nombre d’ouvrages vendus et  au statut de quasi «best-seller» de certaines décennies d’après-guerre, ses théories et sa conception du monde ayant été pratiquement «rejetées» un peu partout.
L’intérêt de l’évocation d’une telle personnalité dont les écrits et idées ont fortement marqué les esprits, bouleversé le monde, effrayé les régimes et pouvoirs en place, est qu’il fut au premier rang de ceux qui annonçaient les crises à venir du capitalisme encore naissant à son époque.
Quelques décennies auparavant, la vie de Marx était racontée comme celle d’un quasi-messie, et sans oublier les «monstruosités» qui ont été commises en son nom et dont on ne peut l’accuser. Toutes les statues qui lui furent élevées, ou presque, ont été déboulonnées au lendemain de la destruction du mur de Berlin. D’ailleurs, les vieilles «social-démocraties», allemande et scandinave notamment, avaient  abandonné toute référence au marxisme depuis quelque temps déjà.
Aujourd’hui, avec le recul  et par-delà les clichés, le livre sur Marx aura essayé de faire redécouvrir un personnage presque mythique, dont la vie fut en fait vouée à une quête permanente d’un «savoir universel» incarnant ainsi une sorte d’«esprit du Monde». On peut ainsi relativiser le poids des idées. Allemand au teint mat, trop brun, voire basané rappelant selon ses proches, ses intimes et surtout ses adversaires qui furent nombreux, le personnage d’ «Othello» mis à la mode par  William Shakespeare, il sera ainsi fréquemment désigné par «le Maure» sans que cela le vexe outre mesure. Il était habitué aux attaques anti-sémites qu’il subissait, traitant non sans humour ses créanciers de «Juifs» exploiteurs. Au lendemain de la défaite de Napoléon Bonaparte à Waterloo, beaucoup de Juifs-Allemands, comme la famille de Marx, sont confrontés au  fameux dilemme «profession et confession». Si beaucoup se convertissent, Marx, lui, appellera à n’être aliéné à aucune religion.

Un produit du British Museum  Library

Un point d’histoire fort utile à rappeler, Marx n’aura guère pour ainsi dire visité quelque atelier ou usine pour ses analyses et démonstrations, usant du même matériau que son grand ami Engels pour leur information, à savoir des rapports d’inspecteurs de fabriques, des conclusions des commissions d’enquête d’Angleterre et d’Ecosse, la presse et le témoignage d’autrui. Il aura ainsi découvert les idées du monde ouvrier français puis anglais sans jamais avoir été employé dans le secteur de la production. Ceci avait autorisé déjà à juste titre divers auteurs de se poser la question de savoir, non sans ironie, ce que serait devenus Marx et le marxisme sans  la grande bibliothèque du prestigieux British Museum de Londres qu’il a fréquentée assidûment pendant de nombreuses années. Dans cette vénérable enceinte, il lira entre autres Adam Smith, Ricardo, Stuart Mill, Sismondi. Il y écrira également ses principaux oeuvres dont les  trois livres du célèbre «Le capital». A cet égard, la plupart de ses écrits furent jugés d’un style relativement compliqué, assorti de beaucoup de  nuances et de précautions.
D’une famille aisée de la  Prusse d’alors, Marx adulte a vécu cependant une bonne partie de sa vie de façon tragique dans des conditions matérielles de pauvreté, sinon de misère, de soucis financiers permanents, d’exils répétitifs, de pertes successives de trois enfants, de maladie, de deuils. Cela n’entame point son caractère de «papa gâteau», voire de bon père de famille. Ce n’est pas sans surprise pour un lecteur d’apprendre qu’il a refusé tout travail salarié et fera de son propre rapport difficile à l’argent la base d’une théorie universelle de l’aliénation par le travail. Marx fut l’un des premiers théoriciens sans le sou qui a le plus parlé du capital, comme il l’a d’ailleurs relevé avec le mode d’humour qui lui était propre.

Bismarck, Lincoln,
Saint-Simon et Marx

Marx a été approché par exemple par Otto Bismarck, d’abord Premier ministre du roi de Prusse puis futur puissant chancelier du premier Reich allemand, qui construisait la confédération allemande, désireux de l’associer à son projet d’unité nationale et soucieux d’y intégrer également les ouvriers. A cette fin, le chancelier n’hésita pas à opter pour un «socialisme d’Etat». Ne fait-on pas remonter l’origine de la sécurité sociale à ce grand personnage de l’unité allemande. Sur un autre plan, Marx a soutenu et félicité le président des USA, Abraham Lincoln, dans sa courageuse  guerre contre l’esclavage. Celui-ci d’ailleurs l’en remercia par une lettre portée par son ambassadeur en Angleterre.   Contrairement à l’attitude presque  dédaigneuse d’un Darwin, père de «l’origine des espèces», qui n’aurait, quant à lui, jamais répondu aux appels de Marx, comportement qui ne peut manquer de surprendre.
Par ailleurs, Alexis de Tocqueville, l’auteur de l’intéressant essai intitulé «De la démocratie en Amérique» et qui devint ministre des Affaires étrangères du deuxième gouvernement français après la révolution de 1848, développa le premier texte majeur contre le socialisme en y dénonçant  l’égalité que Marx ne partagera guère.
Enfin, il fut fortement inspiré, entre autres, par les travaux de l’économiste et  philosophe Henri de Saint-Simon sur le «socialisme planificateur», accordant le primat à la Raison et selon qui l’humanité doit attendre son salut d’une «technocratie vertueuse»(2). Il a eu des émules un peu partout à travers le monde, aux fins fonds de l’Asie comme de l’Afrique ou de l’Amérique du Sud, et que des dirigeants ne sont pas prévalu à tort ou à raison de certaines de ses idées. Débatteur, pamphlétaire et souvent provocateur dans ses nombreux écrits, Marx n’aurait sûrement pas renié certains de ses points de vue sur le sens de l’histoire et moins encore sur ce qu’il appelait «l’opium du peuple», par exemple en cette période aussi mouvementée du XXIe siècle.

L’un  des premiers «sans papiers» de l’histoire moderne

Marx avait opté pour une vie de réfugié, de banni, de rebelle défendant des idées nouvelles prônant le changement dans une Europe  où la révolution se répand d’un pays à l’autre entraînant des bouleversements de divers ordres. La France, la Belgique et la Grande-Bretagne constitueront autant de refuges successifs, le dernier devenant sa résidence  permanente. Son passeport  lui sera retiré en raison de ses prises de position contre le gouvernement prussien. Pour la petite histoire, il faut rappeler que le ministre de l’Intérieur d’alors n’était autre que son beau-frère. Les autorités Françaises, à leur tour, le prieront de se trouver un autre lieu de résidence. La Belgique le tolérera quelque temps. Enfin, il élira domicile à Londres sans avoir pu obtenir la nationalité anglaise en dépit de son long séjour. Il a failli devenir citoyen américain, s’il avait pu disposer de quelques documents administratifs.

 

---------------------------------------

(1) Jacques Attali  « Karl Marx ou l’esprit du Monde », Editions Fayard, 2006, Paris.
(2) Deux écrits majeurs du comte Claude  Henri de Saint-Simon: «le catéchisme des industriels» et «Le nouveau christianisme» sont parus successivement en 1823 et 1824.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc