×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Analyse

Habitat anarchique: Les promoteurs-spéculateurs défient la loi

Par L'Economiste | Edition N°:3997 Le 27/03/2013 | Partager
Des immeubles de 6 étages construits clandestinement!
20% de la population de Fès en danger

A Fès, plus de 1,2 milliard de DH a été consacré à la lutte contre l’habitat insalubre. L’effondrement, la semaine dernière, de deux immeubles a encore soulevé la qualité médiocre des constructions. Les poutres réalisées en briques au lieu du béton ne peuvent supporter le poids de l’immeuble

C'est l’un des dossiers les plus épineux pour le ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Politique de la ville. La problématique de l’habitat menaçant ruine est la forme la plus dangereuse de l’habitat insalubre.
A Fès, comme dans d’autres villes, le bâti menaçant ruine inquiète, dérange et excède aussi bien responsables territoriaux que populations. Bénéficiant de plusieurs programmes de sauvegarde depuis plus de 20 ans, la capitale spirituelle n’arrive toujours pas à éradiquer ce fléau. Déjà, vers la fin des années 90, la ville occupait la première position en termes d’habitations anarchiques.
A signaler que l’habitat non réglementaire progressait à Fès (jusqu’en 2000) à raison de 25.000 logements par an. Les estimations du département de l’Habitat de l’époque tablaient sur près de 45.000 ménages vivant dans ces logements, soit 20% de la population urbaine de la ville. Avec l’extension du périmètre urbain, le phénomène s’est accentué. D’autant plus qu’en dépit du système de l’unité de la ville, adopté en 2002, plusieurs quartiers périphériques de la zone nord, Jnanates, Sehb El Ouard et Zouagha… ont intégré la circonscription de Fès. Ceci étant, il ne faut pas oublier le tissu ancien de la médina et Fès Jdid faisant déjà partie de la ville et qui abrite des milliers de bâtiments délabrés. Partout dans ces différentes localités, les effondrements défraient la chronique, chaque année,  en période de pluies.
Le dernier en date est celui enregistré, mercredi 20 mars, dans le quartier Derb Etouil, à quelques pas du mausolée de Sidi Ahmed Tijani. En effet, une bâtisse vétuste s’est écroulée comme un château de cartes, mais heureusement sans faire de victimes. La cause, «l’ancienneté et la densité de la demeure qui abritait quatre familles mais également les pluies torrentielles qui se sont abattues durant les dernières semaines sur la ville». Le résultat: plusieurs personnes ont perdu leurs biens et se retrouvent sans toit jusqu’à nouvel ordre. Comme elles, 10 ménages avaient perdu leurs habitations de fortune, jeudi 14 mars, au quartier Hay Hassani Ben Debbab. Ici, les effondrements d’immeubles clandestins ne datent pas d’hier. Déjà, le 8 décembre 1999, un sinistre du même genre avait fait près de 50 morts.
La catastrophe était due «aux conditions de construction qui ne répondent à aucune norme». La deuxième cause invoquée était l’instabilité du terrain. Des rapports d’experts avaient conclu que le quartier Hay Hassani est à haut risque, car non urbanisable et ne disposant pas d’équipements de base. Quid des risques, près de 15 ans plus tard? Les «promoteurs» sévissant dans cette zone continuent, au mépris de la loi, de construire sans garanties de sécurité, au vu et au su de tout le monde.
Le cas de ce quartier n’est malheureusement pas le seul à Fès. De l’autre côté de la ville, à Jnanates et Sehb El Ouard, l’habitat anarchique prolifère. Idem, les constructions sont très denses, critiques et alarmantes. A l’absence de technicité s’ajoutent la nature des matériaux et la qualité de mise en œuvre en général, tels qu’observées dans ces quartiers, qui sont également très médiocres. L’Economiste en a même photographié des poutres et des fondations faites en briques, au lieu du béton (voir photo). Reste que l’on a quand même du mal à expliquer que des immeubles de 5 ou 6 étages puissent sortir de terre en toute clandestinité, impunément. Et de ce point de vue, la négligence des autorités locales est pour le moins déconcertante. Face à ce désordre, la population dénonce «des réseaux de connivence tissés entre les services de contrôle de l’Etat et les promoteurs-spéculateurs». Pour elle, «les immeubles se construisent de jour comme de nuit.
De même, les actes d’achat et de vente des appartements se font valider encore sous les yeux du caïd et des moqqaddems». En tout cas, si c’est sous la pression de l’exode rural que plusieurs quartiers périphériques ont poussé dans les années 1970, il est anormal que cela continue. En attendant, les élus rejettent toute responsabilité. Pour le cas de l’effondrement de l’immeuble de Jnane El Ouard, le responsable élu «atteste avoir accompli ses formalités en avalisant quelque 103 arrêtés d’évacuation et de destruction de bâtiments non réglementaires». Toutefois, en matière d’exécution, qui est du ressort de l’autorité locale, rien n’a été fait.

Restructuration

Mobilisant un investissement global de 756 millions de DH, le programme de restructuration de l’habitat insalubre (2011-2014) concerne les quartiers de Jnanate, Sehb El Ouard, El Massira, Zougha Soufla, Douar El Berkani et Lhaj Driss. Profitant à 39.150 ménages, ce programme s’articule autour de trois principaux axes ayant trait à l’aménagement urbain (renforcement du réseau de voirie, amélioration du cadre urbain et des conditions d’habitat), à la restructuration des quartiers sous-équipés et à l’aménagement d’espaces verts.

Repères

Historiquement, Fès est le premier foyer des immeubles clandestins du pays.
- 1970: C’est sous la pression de l’exode rural que la zone nord, construite essentiellement d’habitats anarchiques, a poussé.
- 1990: Faute de pouvoir apporter des réponses à un problème qui est devenu partie intégrante du paysage urbain du pays, les autorités justifient ce phénomène par les mouvements de population de la campagne vers les villes.
- 1995: Cinq immeubles se sont écroulés dans le quartier Hay Hassani. Les promoteurs-spéculateurs envahissent Zouagha, Bensouda, Jnanates…
- 1998: L’affaissement d’une habitation dans le même quartier avait causé la mort de 17 personnes.
- 1999: Encore l’effondrement d’un immeuble va se solder par une cinquantaine de morts et une quarantaine de blessés.
- 2002: Un R+2 s’est effondré dans le quartier Hafat Benzakour sans faire de victimes. Ses habitants avaient pourtant reçu un arrêté d’évacuation en 1994.
- 2004: L’écroulement de la mosquée Ain El Khayl fait 11 morts.
- 2004: Le programme de mise à niveau urbaine et de lutte contre l’habitat insalubre lancé par SM le Roi Mohammed VI le 30 décembre.
- 2010: L’effondrement de deux bâtisses à la carrière Hajoui dans le quartier Ben Debbab  fait 4 morts.
- 2010: 5 morts (2 femmes et 3 enfants) et 6 blessés dont trois dans un état grave. Tel est le bilan de l’effondrement d’une vieille demeure, sise à Derb Abdelkrim au quartier Chrabliyinne en médina.
- 2011: L’Etat a mobilisé 756 millions de DH pour la restructuration urbaine dont 150 millions pour le programme d’urgence.
- 2013: Deux conventions totalisant des investissements de l’ordre de 660 millions de DH avalisées devant le Souverain. Ce montant servira à la restauration des bâtiments ainsi que les monuments.
- 2013: 14, 16 et 20 mars, les effondrements se poursuivent, mais… fort heureusement sans victime.

 

Youness SAAD ALAMI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    communic[email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc