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    Enquête

    A quoi sert un zizi?

    Par L'Economiste | Edition N°:3994 Le 22/03/2013 | Partager
    A l’école, on apprend la sexualité à travers les animaux
    Des religieux contre l’éducation sexuelle
    Pour les sexologues, l’apprentissage doit se faire graduellement pour éviter les frustrations

    «Peut-on être enceinte sans avoir ses règles?», «La première fois, est-ce que ça fait mal?», «C’est quoi l’ovulation?»… autant de questions que la majorité des Marocains ne se posent, sans doute, pas entre eux, sous prétexte que ce sont des sujets tabous! Nous parlons, sans contrainte, ni tabou, d’éducation physique et sportive, d’éducation islamique, d’éducation nationale… mais jamais ainsi quand il s’agit d’éducation sexuelle!
    Pourquoi sommes-nous aussi réticents à donner une éducation sexuelle à nos enfants? Pourquoi ne pas mettre en place un manuel scolaire dédié?
    Les réponses divergent selon les acteurs interrogés. Pour Aboubakr Harakat, psychologue et sexologue, «nous ne pouvons pas parler d’éducation sexuelle au Maroc, nous sommes vraiment au tout début de la démarche, étape qui consiste à donner de simples informations sur la sexualité». Son de cloche tout à fait différent chez le ministère de l’Education nationale qui considère que «cette appréciation n’est pas exacte lorsqu’on procède à une analyse approfondie des programmes scolaires des différents cycles». Selon Fouad Chafiqi, directeur des curricula au ministère, «les efforts déployés dans le domaine de l’éducation à la sexualité se font sans tapage pour ne pas choquer certains esprits conservateurs». «Les notions fondamentales de l’éducation sexuelle sont englobées dans la thématique d’éducation à la santé et dans laquelle nous retrouvons quatre sous-thèmes abordés de façon progressive: le phénomène de la puberté, les organes génitaux de l’homme et de la femme (la description mais également les fonctions), les maladies sexuellement transmissibles (MST), la reproduction humaine et les moyens de contraception», poursuit Chafiqi. Le département de Louafa estime que les questions liées à la sexualité sont abordées par les programmes scolaires et transposées dans les manuels, à partir du cycle de l’enseignement primaire, dans les activités d’éveil scientifique, et de manière plus approfondie au secondaire collégial et qualifiant, dans les cours des sciences de la vie. «Nous nous interdisons d’aborder l’éducation sexuelle à partir du concept de plaisir jusqu’au niveau des deux dernières années du secondaire (les années du baccalauréat) où la question est traitée en filigrane dans le cours de philosophie à travers les thèmes de la liberté et de l’inconscient et le subconscient», souligne Chafiqi.
    Toujours selon le ministère de l’Education nationale, la sexualité est véhiculée de deux manières: implicite et explicite. Au primaire, par exemple, les messages implicites se dissimilent à travers des thématiques telles que la propreté du corps, l’ablution, l’hygiène, le jeûne, l’islam et la santé, les règles du mariage et ses finalités en «Education islamique» et la reproduction chez les animaux (!!) puis chez l’Homme en «Activités d’éveil scientifique». Le ministère prétend, toutefois, que les messages explicites sont plus nombreux, et ce, au cours de l’avancement dans la scolarité. Ainsi, l’on aborde la reproduction, les cycles de la vie, les rôles de l’appareil génital de l’homme et de la femme en «activités d’éveil scientifique», la reproduction chez l’homme, l’hérédité chez l’homme, la physiologie de l’appareil génital, la transmission des maladies héréditaires, les dangers du mariage entre proches, le Sida en «Sciences de la vie». La puberté, la protection de la femme et de l’enfant, les moyens de contraception, le développement sexuel, les maladies sexuellement transmissibles sont traités en «Education familiale». Le Sida est aussi évoqué dans les textes de cours de langue, en «Arabe»(!!).
    «Ce n’est rien que des bobards !», riposte le sexologue Aboubakr Harakat. «Les programmes d’éducation sexuelle n’existent pas au Maroc», indique-t-il. Pour cet expert, «l’éducation devrait commencer à la fin du cycle primaire, à l’âge de la pré-puberté». «Il faudrait ainsi opter pour des cours évolutifs et progressifs jusqu’au baccalauréat pour accompagner les enfants dans leur adolescence et les préparer à l’âge adulte, en parlant de leur corps, leur psychisme, des hormones, des pulsions sexuelles, de la masturbation, des dysfonctions sexuelles…». Encore faut-il préciser que «l’éducation sexuelle n’est pas du tout incompatible avec la religion. Ce ne sont ni des séances de pornographie, ni des cours d’incitation à la débauche». Il faut bien préparer les jeunes marocains qui seront plus tard adultes et, donc, papas et mamans. C’est une affaire qui ne concerne pas uniquement le sexologue et le psychologue. Les parents, la famille, les associations, les instituteurs et les enseignants doivent aussi être impliqués. «Un couple épanoui sexuellement est un couple équilibré et apte à bien éduquer ses enfants», conclut Harakat.

     

    Êtes-vous pour ou contre…?

     Rim, 18 ans, lycéenne
    «Je suis pour l’éducation sexuelle. Ce que nous étudions au lycée est vraiment dépassé. Les jeunes d’aujourd’hui découvrent d’autres choses plus concrètes en rapport avec le sexe et sont très influencés par la culture étrangère et surtout par ce qu’ils voient à travers internet et la télévision. Ce qui les pousse à vouloir passer carrément à l’acte. Je pense que les parents doivent discuter des questions sexuelles avec leurs enfants et qu’on lève le tabou sur ce sujet même à l’école, à travers des séances dédiées ou des campagnes d’information et de sensibilisation. Je connais plusieurs filles de mon âge qui, à cause du manque d’éducation sexuelle, tombent enceintes et regrettent énormément leur situation».

    Jad, 37 ans, cadre
    «Je suis pour l’éducation sexuelle, parce que depuis très longtemps, notre société a vécu dans le déni des rapports sexuels. Ni les femmes, ni les hommes n’osaient aborder ce sujet et, souvent, cela donnait lieu à des interprétations qui ont fait que les relations entre les deux sexes n’ont pas évolué. C’est la femme qui, à mon avis, a le plus souffert de cette situation, vu qu’il lui était interdit de parler de sexe. Cela faisait d’elle le «sexe inférieur». Aujourd’hui, les choses ont changé, la société est moins fermée qu’avant, mais cela n’empêche qu’il y a un manque d’encadrement sexuel chez les populations. Souvent, le sexe est devenu un acte pour vider les frustrations. Bien évidemment, cette anarchie a été favorisée surtout par la mauvaise utilisation d’internet. L’école est aussi défaillante, puisqu’elle ne dispense pas de cours d’éducation sexuelle. Il s’agit d’un tabou institutionnel».

     Hicham, 33 ans, agent de sécurité
    «C’est dans l’intérêt de tout le monde d’avoir une éducation sexuelle au Maroc. La population n’est pas avertie. Les filles d’aujourd’hui grandissent avec internet, suivent la mode et les apparences et se prostituent beaucoup, faute d’éducation sexuelle. Il faut arrêter cela et penser à une éducation au sexe à l’école, parce que nous avons besoin de s’ouvrir, mais dans le bon sens».

    n Aïcha, 49 ans, femme de ménage
    «C’est hchouma (tabou) de parler de sexe au Maroc. Mais, à mon avis, cette question doit absolument être abordée par l’école. Nos enfants peuvent nous apprendre beaucoup de choses s’ils reçoivent une éducation sexuelle. Moi, je suis analphabète et, malgré mon âge, j’ai toujours envie d’apprendre de nouvelles choses».

    Au Canada, ça démarre à la maternelle!

    Au Québec (Canada), l’éducation sexuelle se fait à la maison comme à l’école. À la maternelle, les tout-petits apprennent les différentes parties du corps humain, la différenciation des organes génitaux des filles et des garçons… et discutent avec le personnel éducateur sur l’origine de la vie. Au cours des deux cycles du primaire, plusieurs questions sont, alors, abordées: les changements anatomiques propres à la puberté, les fonctions des organes génitaux féminins et masculins, le fonctionnement du système reproducteur, la grossesse, l’accouchement et les notions de base concernant l’exploitation sexuelle. Au secondaire, c’est souvent le professeur de morale ou encore l’infirmière qui dispense l’enseignement de nature sexuelle. Il s’agit non seulement d’acquérir des connaissances, mais aussi d’avoir des attitudes responsables par rapport à sa propre sexualité

    Bouchra SABIB

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