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Tribune

Comment sauver cinq millions de vies sur les routes dans le monde?
Par Yves Souteyrand(*)

Par L'Economiste | Edition N°:3989 Le 15/03/2013 | Partager

Le 4 septembre 2012, le Maroc a connu l’un des accidents de la circulation les plus meurtriers de son histoire. 42 personnes sont mortes dans la chute d’un autocar  dans un ravin, sur le col  Tizi n’Tichka. Le véhicule a plongé dans un ravin de 150 mètres alors qu’il descendait de nuit, en direction de Marrakech. Outre les 42 morts, les autorités ont  fait état de 25 blessés dont 4 dans un état grave.
Selon les statistiques du comité national de prévention des accidents de la circulation, plus de 4.000 personnes ont trouvé la mort sur les routes en 2011 au Maroc, soit une progression de près de 12% par rapport à 2010. Sur les six premiers mois de 2012, le nombre de morts était déjà en augmentation de plus de 8%. (Voir aussi page 2)
Dans le monde entier, chaque année,  1,24 million de vies sont perdues dans des accidents de la route. Parmi les victimes, 59% ont entre 15 et 44 ans, et 77% sont des hommes. Les accidents de la circulation sont également  la cause de 50 millions de traumatismes non mortels chaque année. L’Organisation mondiale de la santé publie aujourd’hui le Rapport de situation 2013 sur la sécurité routière dans le monde: soutenir une décennie d’action. Ce rapport fait le point sur  la sécurité routière dans 182 pays.  Il évalue la mise en place d’initiatives efficaces dans ces pays pour améliorer la  situation.
Il y a  quelques données encourageantes.  Entre 2007 et 2010, le nombre total de  décès dans le monde dus aux accidents de la  route n’a pas augmenté. Le  nombre de décès a même diminué dans la moitié des pays alors que le nombre  de véhicules immatriculés a augmenté de 15% dans la même période. Quelques raisons donc, d’être optimiste. 
Ce qui est préoccupant, en revanche, c’est le fait que le nombre de décès a augmenté dans les autres pays  au cours de la même période. Les mesures législatives concrètes à prendre en matière de sécurité routière  pour sauver des vies sont bien connues aujourd’hui. Elles concernent 5 principaux facteurs de risque: la vitesse excessive, la conduite sous l’emprise de l’alcool, le non-port du casque pour les motocyclistes, le non-port de la ceinture de sécurité, et l’absence d’utilisation de  dispositifs de sécurité pour les enfants. Mais aujourd’hui,  à peine   28 pays, représentant 7% de la population mondiale, ont adopté les lois optimales concernant  ces 5 domaines. Sur la vitesse, par exemple, seuls 59 pays limitent  la vitesse en milieu urbain à 50 km/h ou moins, et  autorisent  les autorités locales à  abaisser cette limite. En ce qui concerne les ceintures de sécurité, les lois obligeant  le port de la ceinture pour tous les occupants de la voiture sont en place dans seulement 111 pays. L’objectif des Nations unies à travers la Décennie d’action  2011-2020 pour la sécurité routière est de sauver 5 millions de vies. Le rythme du changement législatif doit être accéléré pour y parvenir. L’une des cibles de la Décennie d’action est de porter à 50% d’ici 2020 le nombre de pays ayant adopté une législation englobant tous les aspects des cinq principaux facteurs de risque évoqués plus haut. Pour l’atteindre, les pays doivent veiller au renforcement des lois incomplètes afin de rendre celles-ci conformes aux bonnes pratiques dont l’efficacité est clairement établie.
Si les dispositions législatives au Maroc sont optimales en ce qui concerne le port de la ceinture et du casque et la consommation d’alcool,  en revanche les systèmes de retenue pour les enfants  ne sont pas encore obligatoires  et il n’y a pas de loi fixant à 50 km/h la vitesse maximum  en milieu urbain.
Dans chaque pays, la mise en place d’une législation optimale, qui représenterait une avancée considérable, n’est cependant qu’une première étape. Le rapport de l’OMS montre  que  l’application des lois sur la sécurité routière est inadéquate dans la plupart des pays. La législation doit aller de pair avec une application stricte des lois, portée à l’attention du public au moyen de campagnes dans les médias, et appuyée par des déclarations témoignant d’une forte volonté politique à tous les niveaux de gouvernement. Dans le rapport, les statistiques mondiales relatives aux décès liés aux accidents de la circulation sont ventilées par type d’usager de la route, et il apparaît que 27% des victimes sont des piétons ou des cyclistes (32% au Maroc). Pourtant, 79 pays seulement ont mis en place des politiques pour protéger les piétons et les cyclistes en les séparant de la circulation motorisée rapide, et seuls 68 pays disposent de politiques nationales ou infranationales de promotion des trajets à pied ou à bicyclette. Ces modes de déplacement doivent être rendus plus sûrs et encouragés comme des choix sains et moins coûteux.  Aucun pays ne peut déclarer que la sécurité routière est optimale sur son territoire. La Décennie d’action pour la sécurité routière 2011-2020, proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies, est une occasion à ne pas manquer. Avec le Rapport de situation 2013 sur la sécurité routière dans le monde, nous disposons des informations pour suivre les progrès en matière de gestion de la sécurité routière;  d’amélioration de  la sûreté des routes et des véhicules; de comportement des différents  usagers de la route; et de soins dispensés à la suite d’un accident. Sachant ce qu’il convient de faire pour rendre nos routes plus sûres, nous devons unir nos efforts pour garantir la réalisation de l’objectif de la Décennie d’action 2011-2020: sauver cinq millions de vies.

 

(*) Le Dr Yves Souteyrand est représentant de l’Organisation mondiale de la santé au Maroc depuis le 1er décembre 2012.
De nationalité française, Souteyrand est titulaire d’un doctorat en économie de la santé, qu’il a obtenu de l’Université d’Aix-en-Provence. Il a travaillé au ministère français de la Santé en tant que chercheur en charge de la mise en œuvre de programmes de recherches dans les domaines de la santé publique et des systèmes de santé. Recruté par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM),  il a occupé, entre 1993 et 2003, les fonctions de chef du service de recherche en santé publique et socio-comportementale à l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS). Il a commencé à travailler à l’OMS en 2003 en tant que conseiller principal auprès du directeur du Département VIH/sida, à Genève, puis en tant que  coordonnateur de l’unité Information stratégique et planification de ce département.
Il a publié de nombreux articles sur les questions socioéconomiques en matière de santé publique et sur le VIH/sida. Il a été responsable de la publication du rapport annuel OMS/Onusida/Unicef sur la riposte au VIH/sida dans le secteur de la santé en vue d’instaurer l’accès universel à la prévention, aux soins et au traitement du VIH.

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