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    Enquête

    Les richesses marocaines méritent un musée

    Par L'Economiste | Edition N°:3979 Le 01/03/2013 | Partager
    Les nomades, d’excellents observateurs
    Les prix peuvent aller jusqu’à 10.000 dollars le gramme

    Pr Hasnaa Chennaoui examine avec des riverains l’endroit d’impact de la météorite de Tamdakht (chute observée en décembre 2008, nord de Ouarzazate)

    Plus qu’une spécialité, les météorites sont pour Pr Hasnaa Chennaoui une passion pour laquelle elle n’hésite pas à s’investir personnellement et financièrement. Elle refuse de qualifier le commerce de météorites de «trafic», car, selon elle, il n’y a rien d’illégal dans la vente ou l’achat de cailloux ramassés dans le désert.

    - L’Economiste: Pourquoi le sud du Maroc est-il particulièrement riche en météorites?
    - Pr Hasnaa Chennaoui: Le Maroc est l’un des pays les plus riches au monde en matière de météorites. D’abord, les météorites sont collectées essentiellement dans les déserts chauds et froids. Les plus grandes collectes se font en Antarctique, des missions internationales sont organisées sur place pendant plusieurs mois pour recueillir et étudier les échantillons. Les déserts chauds les plus connus par la collecte sont celui du Maroc, de la Libye et du Sultanat d’Oman
    Les météorites tombent de manière aléatoire un peu partout dans le monde. Mais plus de 75% de la surface de la Terre est couverte d’eau, ce qui réduit considérablement les chances d’en trouver sur le sol. De même, la végétation dense dans les forêts et les rivières fait que les météorites sont érodées avec le temps. Le seul endroit où elles peuvent rester en l’état est le désert, car il y a peu d’eau, donc pas d’érosion.
    En plus, la visibilité est meilleure sur le sable ou la neige, elles sont donc plus facilement localisées. D’autre part, notre désert est habité par les nomades, des tribus... il y a donc un mouvement des populations. Ces nomades ne connaissant pratiquement pas de frontières, ils se déplacent entre le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie, le Mali... Ils ont acquis au fil du temps une expertise par rapport à la reconnaissance des roches extraterrestres, ce sont d’excellents observateurs qui connaissent parfaitement  bien le terrain, qui sont capables de détecter un caillou différent. Ils les ramassent évidemment pour les vendre, car elles représentent une source de revenus pour eux.

    - Quels sont les prix des météorites?
    - Les prix sont très variables, mais ils divergent de l’endroit de la collecte jusqu’au dernier maillon de la chaîne. Par exemple, une chondrite ordinaire coûte 500 DH/kg  et une météorite lunaire peut aller jusqu’à 10.000 dollars/gr . Plus la météorite est rare, plus son prix augmente. Il y a plusieurs niveaux d’intermédiaires entre ceux qui font la collecte et le client final. D’autres critères définissent aussi le prix: croûtes de fusion, est-ce que la météorite est orientée, belle, cassée...
    - C’est un trafic très lucratif…
    - Je refuse le terme «trafic». Car pour l’heure, aucune loi n’interdit d’acheter et de vendre des cailloux tombés du ciel. Certains vont même jusqu’à dire que l’argent des météorites finance les groupes islamistes dans le désert… Ce ne sont que des rumeurs sans fondement.
    Dans des pays où la réglementation est trop stricte, comme l’Algérie ou l’Australie par exemple, la collecte n’est pas aussi développée qu’au Maroc. A mon avis, il faut une réglementation intelligente, avec un organisme (musée, ministère ou autre) habilité à acheter les échantillons à ceux qui les collectent dans le désert. Ces objets sont une richesse inestimable pour la communauté scientifique internationale, plus de la moitié des publications sont issues de travaux sur les météorites du Maroc, récoltées par des nomades.
    - Comment localisez-vous les météorites? 
    - Je suis aussi  informée par le biais de la presse écrite ou les journaux télévisés. Mais, surtout, je dispose d’un réseau «d’informateurs»… Cette confiance se construit avec le temps. Grâce à eux, on réussit à avoir une traçabilité des trouvailles, ce qui permet de donner un nom à une météorite au lieu de l’acronyme NWA. Par ailleurs, au sein de notre département, il y a une étudiante qui travaille sur le flux des  météorites sur Terre en prenant comme lieu de référence le désert marocain. On va dire par exemple que sur tant de km2 tant de météorites ont été collectées, dater l’âge de chute, et essayer de comprendre s’il y a une logique, en interprétant les données recueillies... Un travail de datation similaire est fait au Chili par une équipe de scientifiques. Plus on a d’informations sur l’échantillon, plus c’est intéressant. C’est important aussi bien sur le plan scientifique que sur le plan national ...

    - Vous rêvez d’un musée dédié au Maroc…
    - Ces richesses scientifiques doivent être reconnues comme étant originaires du Maroc. Elles méritent aussi d’être exposées dans un musée national pour les préserver et les montrer aux élèves, étudiants, touristes…

    - La recherche de météorites vous demande beaucoup de temps et de moyens…
    - C’est vrai. Je finance souvent moi-même les missions sur le terrain, j’y vais avec ma propre voiture...  avec tout ce que cela peut comporter comme risques.
    La recherche scientifique au Maroc est un luxe, je ne compte pas les frais que cela me coûte et je ne veux même pas le savoir, mais une bonne partie de mon salaire y passe.

    Propos recueillis par Aziza EL AFFAS

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