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Chronique Militaire

2012, l’année où les Etats se sont montrés impuissants
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3940 Le 02/01/2013 | Partager

Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009)

En 1812, «il neigeait, on était vaincu par sa conquête. Pour la première fois l’aigle baissait la tête…». Cette année-là, pourtant, en dépit de la retraite de Russie, Napoléon pouvait toujours croire à la puissance des Etats. Bonne gouvernance et volonté devaient suffire.
Deux siècles plus tard, les démocraties semblent résolues à ne plus agir militairement hors de chez elles. Le maintien de la paix? Oui ! Mais plutôt autour des tapis verts. Sans être «l’année terrible», 2012 a été celle de l’impotence des Etats. Leur influence paraît s’être amoindrie. Voici le temps du chacun pour soi. Les dictateurs peuvent être chassés de leurs palais, comme en Tunisie ou en Egypte, leurs vainqueurs sont laissés à eux-mêmes.

Israël et l’impuissance des Etats-Unis

Les démocraties n’osent plus intervenir. En 2012, pour en finir avec la crise syrienne, la communauté internationale avait le choix: zone d’exclusion aérienne, protection d’une région libérée, envoi de conseillers militaires ou de forces spéciales, livraison d’armes aux insurgés… On en a beaucoup parlé, on s’est gardé d’agir. On a invoqué l’absence d’accord international. Comme si une résolution onusienne avait été nécessaire pour qu’en 1999 l’OTAN bombardât Belgrade. Pour justifier l’inaction, tous les prétextes sont bons. 
Certains ont qualifié d’historique l’admission de la Palestine au nombre des Etats membres de l’Unesco. Pauvre victoire que Pyrrhus n’aurait pas reniée! Elle n’empêche pas Israël d’étendre ses colonies et d’y multiplier les logements. Là aussi, l’impotence est évidente, à commencer par celle de l’allié historique; les Etats-Unis, en effet, sont incapables de faire entendre raison à leur protégé. Périsse donc le peuple palestinien, condamné au désespoir, pourvu que le Congrès soit satisfait et ses membres réélus! Il fut un temps où la France, à tort ou à raison, s’efforçait de faire et défaire les régimes africains. Récemment, elle tentait en Côte d’Ivoire d’éviter le pire, jusqu’à voir ses forces bombardées par un Gbagbo en difficulté. Epoque révolue! Si Paris dépêche des troupes à Bangui, c’est pour protéger ses ressortissants, non pour défendre un général-président qui ne fait évidemment pas l’unanimité. Aux Centrafricains de se débrouiller entre eux. Paris, désormais, renonce, et pour camoufler sa volonté d’inaction, invoque la fin des liens spéciaux, le refus de s’ingérer, une nouvelle morale politique…  Du coup, la France voudrait voir les Africains intervenir au Mali. Ceux-ci, toutefois, ne sont pas prêts, leurs armées, pas entraînées, le désert, un terrain difficile qu’ils ne connaissent pas, la logistique, trop lourde, les plans, pas assez bien étudiés… Sagement, l’ONU n’a donné qu’un feu vert provisoire… Le ministre français de la Défense a beau annoncer l’imminence de la reconquête, l’opération ne verra pas le jour au premier trimestre 2013. Tout faire pour ne pas agir soi-même! Obama donne l’exemple. Il s’abstient en l’an 2012 de toute menace sérieuse à l’encontre de l’Iran;  il oppose une fin de non recevoir à ceux qui l’incitent à aider les rebelles syriens. No way ! Pas question de risquer de nouveaux conflits en terre d’islam! Tout juste, la Maison-Blanche a-t-elle averti Bachar al-Assad qu’il ne devait pas utiliser ses armes chimiques. C’est un «Retenez-moi ou je fais un malheur!». Comme si 45.000 Syriens tués en 23 mois n’avaient pas mérité que la Maison-Blanche s’en préoccupe. On se rappelle Claude Cheysson, ministre des Relations extérieures, à propos de la loi martiale proclamée en Pologne(1): «Naturellement, nous ne ferons rien»! A l’époque, la réflexion était fondée! On n’allait pas faire la guerre à l’URSS ! En 2012, les démocraties ont eu peur de leur ombre. Ce n’est pas sain.
L’impotence des Etats a d’autres causes que la crainte d’une guerre mondiale. Les idéologies conquérantes ont vécu. Fascisme et communisme ont disparu ou quasiment. Les Chinois ont d’autres soucis que de convertir la planète aux vertus de l’internationalisme prolétarien. Pékin veut commercer avec le monde entier. Pareil programme ne s’accommode pas de la guerre. Tant mieux!
Pour autant, les idéologies totalitaires avaient l’avantage d’être visibles. Choisir entre bons et méchants n’était pas compliqué. On était pour ou contre. Comme au temps des empires quand on distinguait aisément les impérialistes des assujettis.  En 2012, le monde est devenu incertain, plus difficile à gérer, le pouvoir international tend à se faire plus diffus. En Asie, aussi, les Etats sont relativement impuissants. Comment  s’opposeraient-ils d’ailleurs à une Chine qui n’hésite pas à reconnaître hautement pour siens tous les îlots de la mer qui porte son nom? Le nationalisme, qui sied aux jeunes Etats, fussent-ils de vieilles nations, ne saurait tenir lieu de politique. Or, en la matière, Japonais, Coréens, Chinois rivalisent. Ils mêlent à leurs dérisoires querelles de rochers cent lourds reproches pour des crimes passés. Et la Chine, de punir les Japonais pour avoir  nationalisé un îlot des Senkaku : elle invite  ses citoyens à manifester, à nuire aux intérêts japonais, à boycotter leurs produits… Et les Chinois d’occuper le moindre rocher en mer de Chine méridionale, d’y installer de faux bureaux de poste, d’affirmer que tout est négociable, sauf bien sûr leur propriété de ces cailloux perdus!
Personne n’empêcherait Pékin et Tokyo d’en venir aux mains s’ils en avaient envie. Aucun Etat n’en est capable, nul n’en a la volonté, pas même les Nations unies. Certes, l’utopie mondialiste demeure. Mieux, elle se renforce. Longtemps, les Etats-Unis ont traité l’Organisation mondiale par-dessus la jambe. En 2012, leur hostilité s’est évanouie. Comme si Washington ne craignait plus de voir l’ONU lui imposer ses vues, ses règles et ses lois. Après tout, l’ONU est bien utile quand elle ne parvient pas à faire adopter des résolutions contraignantes. Les vetos de Moscou et de Pékin au Conseil de sécurité ont évité aux Occidentaux, qui ne voulaient pas y aller, d’intervenir en Syrie. Beau résultat! En 2012, ces Occidentaux n’ont manifesté aucune vraie volonté d’action. Mais en Syrie, Moscou aussi, qui se contente de dire non, incapable d’imposer une solution au pâle mais sanglant héritier d’une dynastie artificielle au pouvoir depuis 40 ans. Toujours prudente, la Chine se réserve d’agir seulement là où elle estime, sans doute à tort, être chez elle. Quant aux Etats-Unis, ils ne sont plus une hyper puissance. S’en réjouir est possible à condition de prendre en compte les dangers inhérents à une planète qui ne sera plus gouvernée.  A l’aube de 2013, nul Etat sur cette terre, faute d’abord d’en avoir la détermination, ne saurait rétablir des équilibres éventuellement rompus. Certaines années ont marqué un tournant dans l’histoire de l’humanité. On commémorera peut-être fin 2013, le premier anniversaire d’une entité impuissante, celui d’un monde sans tête!

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(1) Décembre 1981.

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