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Chronique

Ces déficits qui rongent notre croissance
Par le Pr. Mohamed Berrada

Par L'Economiste | Edition N°:3940 Le 02/01/2013 | Partager

Mohamed Berrada est célèbre pour avoir, en tant que ministre de l’Economie et de Finances de 1986 à 1993,  introduit au Maroc la politique libérale; politique qui a servi à lutter contre l’économie de rentes  et les déficits structurels.  Industriel et  créateur d’entreprises, il  est  aussi professeur à l’Université Hassan II et président du Centre de Recherches Links que sa famille a fondé pour les étudiants et le corps enseignant de l’université. La présente analyse est inspirée de la conférence qu’il a donnée dans le cadre des Assises du Commerce extérieur, le 12 décembre 2012

Au déficit externe qui s’accroît, s’ajoute le déficit du Trésor à plus de 6% du PIB, sous la pression des charges de personnel et de la Caisse de compensation.
Bien plus, le solde de la balance des paiements est devenu négatif, faisant ainsi reculer les réserves de changes à un niveau critique, 3 à 4 mois d’importation. La  liquidité des banques s’en ressent, et derrière, le financement de l’économie. Les deux déficits s’allient pour détériorer la stabilité du cadre macroéconomique, élément essentiel pour une croissance saine et durable. La croissance risque aussi de ralentir, sous l’effet du ralentissement de notre locomotive européenne.
Moins de croissance, c’est moins de recettes fiscales, et donc plus de déficit du Trésor, alors que les dépenses d’investissement, moteur de notre croissance future, se réduisent relativement au PIB.
Dans les années 70-80,  la crise avait pour origine  la combinaison de ce double déficit, qui avait mené à un surendettement excessif, provoquant l’épuisement total de nos réserves de changes: le pays ne pouvait plus respecter ses engagements, rembourser ses dettes, payer ses importations de pétrole ou de matières premières.

Faible anticipation politique

Aujourd’hui le contexte est différent: les niveaux d’inflation, des taux d’intérêt et de l’endettement extérieur sont nettement inférieurs à ceux connus autrefois. L’économie est plus diversifiée, d’énormes programmes d’infrastructure ont été réalisés, d’autres lancés. Notre faible endettement actuel permet naturellement de recourir à de nouveaux emprunts, aux facilités  du FMI pour financer le déficit du Trésor et réalimenter le niveau de nos réserves de changes. Mais est-ce une raison pour dormir sur nos lauriers et se contenter de solutions conjoncturelles, alors que notre croissance est menacée à terme, en raison de l’insuffisance de réformes structurelles? Le déficit commercial qui s’aggrave jour après jour n’est que le reflet d’un certain nombre de faiblesses avec au centre celle de notre compétitivité globale.

L’industrie, premier employeur

On ne semble pas avoir mesuré le risque d’ouverture tous azimuts de notre économie, sans apprécier sa capacité de résister à la concurrence internationale. Tout le monde y trouvait son avantage: inflation faible due aux bas prix d’importation; des industriels devenus commerçants qui gagnent plus d’argent en important qu’en produisant.
Devant une telle situation, le respect des principes du libéralisme économique aurait conduit à un rééquilibrage progressif des comptes extérieurs par un réajustement automatique du taux de change, comme dans les années 80. Cela ne se fait pas, car la priorité est de soutenir la consommation et éviter de porter atteinte au coût de la vie de la population. On  peut le comprendre. Mais il est nécessaire de soutenir par d’autres mesures compensatrices la production nationale, créatrice de revenus pour pouvoir consommer, et renforcer le processus d’intégration industrielle pour créer plus de valeur ajoutée.
L’industrie reste la première source de création d’emploi, direct et indirect. Parallèlement aux nouvelles activités industrielles du plan Emergence, au projet Renault et bientôt Bombardier, il faut soutenir les secteurs industriels traditionnels qui emploient la majorité de notre main-d’œuvre industrielle, les protéger des pratiques de dumping en accélérant les procédures de défense, les moderniser et renforcer leur compétitivité en leur assurant une part plus importante du marché local, pour pouvoir exporter plus. Car comment peut-on être compétitif sur les marchés extérieurs, si on ne l’est pas d’abord sur notre propre marché?
L’économie n’aime pas les excès et certains pays ne prennent pas de gants pour limiter l’excès de concurrence lorsqu’elle touche leurs intérêts. Je ne peux m’empêcher de penser au protectionnisme qu’exercent les Chinois  pour protéger leurs entreprises, celui des  Japonais par des normes spécifiques que seules les entreprises nippones peuvent respecter, ou celui des Turcs avec les subventions accordées à leurs exportateurs.
Loin de moi l’idée d’un retour déguisé au protectionnisme. Mais l’origine de la débâcle financière récente est l’ouverture à tout-va, financière mais aussi commerciale. Et c’est donc par une réflexion de fond sur la gestion de cette ouverture, et non pas sa suppression, qu’il convient désormais de se concentrer, avec une certaine dose de patriotisme économique et la recherche d’un nouveau modèle de croissance.

La question a-t-elle vieilli?

Peut-on vivre durablement avec un déficit commercial important sans que cela nuise à sa croissance? Si on se réfère à la théorie économique, la réponse est non. La stabilité du cadre macroéconomique, de faibles déficits internes et externes, un faible endettement constituent des conditions essentielles pour une croissance saine et durable.  Pourtant, au Maroc, nous vivons depuis des décennies avec un déficit commercial structurel élevé. Cela n’a pas empêché notre économie à enregistrer, surtout au cours des 12 dernières années, un taux de croissance significatif et régulier, d’environ 5,5% par an. Personne ne trouvait rien à redire, tant que les transferts provenant du tourisme et de nos MRE parvenaient à combler le déficit de la balance commerciale, et à dégager un excédent qui, avec les investissements étrangers, venait renforcer le niveau de nos réserves de changes. Le Maroc alors ne se souciait pas de son déficit commercial dans une conjoncture internationale favorable où la libéralisation des échanges boostait la croissance économique mondiale.

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