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    Politique

    Un an du PJD au gouvernement: Les revirements de Benkirane

    Par L'Economiste | Edition N°:3915 Le 26/11/2012 | Partager
    Cahiers des charges de l’audiovisuel, agréments, ciblage, diplômés chômeurs…
    Indiscipline du gouvernement, y compris dans les rangs du parti
    Il est resté plus chef du PJD que celui du gouvernement de tous les Marocains

    L’une des faiblesses de Abdelilah Benkirane est de rester attaché au poste de secrétaire général du PJD, au lieu de se hisser dans la fonction du Chef du gouvernement de tous les Marocains

    Dans quelques jours, Abdelilah Benkirane aura terminé un an à la tête du gouvernement. Le Souverain l’a nommé à ce poste le 29 novembre 2011. Après une année, c’est l’heure des comptes. Le bilan affiche un passif inquiétant. Les revirements de Benkirane tout au long de cette année, ponctuée de déclarations fracassantes, non suivies souvent d’actes, ne l’ont pas aidé à marquer son territoire.
    Sur le registre politique, la majorité bat de l’aile. La coalition gouvernementale n’est pas au top de sa forme. Avec son principal allié l’Istiqlal, le courant ne passe pas au point que leurs échanges se fait par communiqués de presse interposés. Le porte-parole du gouvernement a publiquement reproché au groupe parlementaire de l’Istiqlal de critiquer le projet de budget. La riposte ne s’est pas fait attendre. Il a fait valoir la séparation des pouvoirs, tout en rappelant que l’une des premières missions du législatif est de contrôler l’exécutif. Déjà que Benkirane a une maîtrise approximative des dossiers économiques, il n’a pas vu les nuages s’accumuler sur les Finances publiques. Cette affaire l’a tellement obnubilé qu’il a commis l’erreur de s’en prendre à la CGEM, l’accusant via son ministre, de se ranger dans l’opposition. Cette sortie contre le patronat est critiquée au sein de son gouvernement. Dans les milieux politiques, elle est interprétée comme une tentative de museler des acteurs qui créent la richesse.
    Cet épisode alimentera la chronique des impairs commis par une équipe dont la majorité des ministres ne possédait pas d’expérience dans la gestion des affaires publiques. D’ailleurs, tout au long de l’année, de multiples couacs ont ponctué l’activité du gouvernement. Des ministres qui débordaient de leur domaine de compétence pour s’en prendre à ceux de leurs collègues, l’opinion publique en a été témoin. Et les autres qui répliquaient. Cela a provoqué une cacophonie qui sape le capital de confiance, le moral des opérateurs et l’image du Maroc à l’étranger. En tout cas, à quelques exceptions près, l’indiscipline du gouvernement de Benkirane, y compris chez les ministres de son parti, est notoire. Les déclarations à l’emporte-pièces de ministres sont encore dans les mémoires. La fin de l’enseignement gratuit, passer l’éponge, les démons et les crocodiles,…ont secoué l’opinion publique qui n’est pas habituée aux volte-face des responsables étatiques.

    En fait, la faiblesse de Benkirane est de rester attaché
    au poste de secrétaire général du PJD, au lieu
    de se hisser dans la fonction du Chef du gouvernement
    de tous les Marocains

    Dernièrement, le Chef du gouvernement s’en est pris à la coalition qu’il conduit. Selon lui, elle est handicapée. Dans cette affaire, il est bousculé par Hamid Chabat qui prépare un mémorandum pour exiger un remaniement. Il est dérangé par ses autres alliés qui critiquent ouvertement son premier projet de loi des Finances, qu’ils jugent incohérent et dépourvu de vision stratégique. Et ce n’est pas une réunion des groupes de la majorité sur ce texte qui a arrangé les choses. D’ailleurs, ses alliés lui reprochent le manque de coordination au sein du gouvernement. Il ne les consulte pas, comme si le PJD était le seul maître à bord. Les exemples ne manquent pas: les cahiers des charges de l’audiovisuel public, la publication de la liste des agréments dans le transport, la hausse des prix des carburants… autant de décisions prises avec les seuls ministres du PJD. Même au niveau de la présidence du gouvernement, plusieurs cadres ne sont pas impliqués dans les réunions.
    En fait, la faiblesse de Benkirane est de rester attaché au poste de secrétaire général du PJD, au lieu de se hisser dans la fonction du Chef du gouvernement de tous les Marocains. On l’a vu, dans la campagne électorale des élections partielles, il est descendu sur le terrain pour faire pencher la balance du côté de ses frères du PJD. D’ailleurs, il ne lâche pas le parti, et veut coûte que coûte le contrôler. Même dans les congrès régionaux, il a été présent.
    L’objectif est de conserver la maîtrise de l’appareil même s’il a opté pour un DG du parti. Ses adversaires l’accusent de cibler les élections communales prévues dans les prochains mois. Pour eux, il n’y a pas une opération qui est menée sans une arrière-pensée électoraliste. Voici quelques dossiers sur lesquels l’équipe Benkirane piétine encore:

    Les cahiers des charges de l’audiovisuel: La marche-arrière qui a provoqué beaucoup de remous est incontestablement celle de ces fameux cahiers de charges. Le ministre de la Communication et porte parole du gouvernement, qui avait supervisé la préparation de ces documents, avait mis son poste en jeu. Il avait même menacé publiquement de démissionner si son projet était retouché.
    Mustapha Khalfi avait acquis une assurance puisque le document a été validé par la HACA.Pourtant, une simple montée au créneau des professionnels en épinglant la mise sous tutelle du ministère, pour que le Chef du gouvernement et son ministre opèrent un revirement de 360 degrés. Abdelilah Benkirane a accepté le retour du projet à la case départ, avec la nomination d’une commission, présidée par Nabil Benabdallah, ministre de l’Habitat et patron du PPS, où siège l’initiateur du projet Mustapha Khalfi. La nouvelle mouture du projet a été validée de nouveau par la HACA et par le gouvernement.

    Le ciblage des populations les plus démunies est également dans le collimateur. Le Chef du gouvernement avait suscité beaucoup d’espoir  promettant de leur distribuer une dotation mensuelle de près de 1.000 DH pour chaque famille. Cet argent devait aller de préférence aux femmes dans le sillage de la hausse du prix des carburants. Des milliers de personnes se sont alors ruées vers les guichets bancaires et postaux pour ouvrir des comptes. Depuis, elles attendent et espèrent les virements de Benkirane qui n’arrivent pas.

    Les agréments de Rabbah: la publication de la liste des agréments dans le transport avait défrayé la chronique. Cette sortie avait impacté l’opinion publique mais vite retombée puisqu’il manquait au dispositif une pièce maîtresse: comment réformer le secteur? Il a promis de réorganiser ce secteur via des cahiers des charges. Plusieurs mois après, il a récidivé avec la liste des carrières. Mais cela n’a pas eu l’effet escompté. La seule sortie sérieuse dans ce domaine a concerné le ministre de l’Intérieur qui s’est prononcé contre la publication de la liste des taxis qui relèvent de ses attributions. L’économie de rente a été un leitmotiv qui commence à disparaître du lexique usuel des membres du gouvernement

    n Le dossier des diplômés chômeurs est également une épine au pied du Chef du gouvernement. Quelques mois après son investiture, il a étalé ses cartes. Pas de recrutement direct dans la Fonction publique sans passer par les concours. Benkirane est parti loin au point de refuser de reconnaître un accord passé entre son prédécesseur Abbès El Fassi et une Coordination des associations des chômeurs diplômés, signé en juillet 2011. Ce document prévoyait l’embauche directe de quelques centaines d’entre eux. Malgré la pression des partis alliés au gouvernement, Benkirane n’a rien voulu lâcher. Mais, finalement, il a fini par faire une entorse à sa ligne de conduite, en annonçant l’embauche directe de 68 diplômés chômeurs originaires du Sahara.
    La lutte contre la prévarication et la corruption: Là aussi Benkirane a effectué une marche arrière. Il a déclaré passer l’éponge sur les affaires du passé. Pourtant, la lutte contre «al Fassad» a été le pilier central de la campagne électorale du PJD lors des élections et l’épine dorsale du gouvernement. En fait, cette problématique n’était qu’un slogan et l’opinion n’a pas eu l’occasion de voir ce slogan concrétisé. Les affaires actuellement devant la justice y étaient bien avant l’arrivée de ce gouvernement. Alioua, Benallou,…sont les prolongements des rapports de la Cour des comptes.
    Le dossier de la CNSS remonte au rapport de la Commission d’enquête parlementaire de la Chambre des conseillers il y a quelques années. Donc, à part les sorties médiatiques, sur le chapitre de la moralisation de la vie publique, rien à mettre à l’actif du gouvernement Benkirane.

    L’Administration montrée du doigt: Les sorties médiatiques du Chef du gouvernement ont provoqué l’effet inverse. Par peur d’être jeté en pâture et faire l’objet d’accusations publiques, des responsables dans la fonction publique ont levé le pied. Ils regardent plus d’une fois avant d’apposer leurs signatures sur un document. Au gouvernement, ils ont menacé de poursuites judiciaires et de lier la responsabilité à la reddition des comptes. Certains ont même cru à une chasse aux sorcières. Même après la sortie de Benkirane qui a dit vouloir «passer l’éponge» sur les pratiques du passé, rien n’y fait. Le zèle du ralenti s’est installé dans le traitement des dossiers.


    Mohamed CHAOUI

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