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Enquête

Les dé-jeûneurs changent de tactique
Le combat des libertés

Par L'Economiste | Edition N°:3840 Le 03/08/2012 | Partager
L’article 222 au centre des tensions
Respecter la loi ou agir pour la changer?

«Lancer des débats calmes et sereins autour des sujets qui constituent toujours un tabou», et notamment le dé-jeûne, fait partie des objectifs principaux du Collectif marocain pour les libertés individuelles. Le débat est lancé avec succès… mais pas forcément dans la sérénité. Sur les réseaux sociaux, alors que certains encouragent les «Masayminch 2012», beaucoup réagissent violemment à cet évènement, dans des commentaires ou dans l’une des nombreuses pages dédiées. Pour de nombreux opposants à cette initiative, il faut «être «fou», «malade mentalement» pour ne pas faire le Ramadan. Nous n’en sommes donc pas encore au débat serein. De plus, l’âge, la catégorie sociale et le niveau d’études ne sont pas les garants d’un plus grand niveau d’acceptation. La question qui s’impose dès lors est de comprendre pourquoi le fait de ne pas jeûner (et de l’assumer) entraîne des réactions de rejet viscérales.
Ce débat peut être vu comme la résultante de la confrontation de deux fondamentaux: les droits de l’homme et les droits du citoyen. Les droits de l’homme garantissent à tous liberté individuelle et liberté religieuse, et ce sont ces droits-là que réclament, au final, les dé-jeûneurs. Mohamed Darif, spécialiste des droits islamiques, explique pour sa part que «le système normatif des droits (et obligations) du citoyen peut contenir des mesures différentes aux droits de l’homme en général». Il cite, à titre d’exemple, un «droit universel qu’est le droit à la vie. Pourtant, la condamnation à mort peut être consacrée par la loi». Pour lui, il n’y a pas sujet à débattre. «Il y a des règles dans une société, et il faut les respecter». Le fait de ne pas jeûner en public est donc une «atteinte à l’ordre public dans une société musulmane».
Les non-jeuneurs, eux, semblent mener le raisonnement inverse: «les lois qui menacent les libertés individuelles doivent être améliorées, ou changées», d’autant plus, dans ce cas, que la Constitution consacre le droit de culte. Pour Imad Iddine Habib, cofondateur du collectif, donc, la loi doit s’adapter et reconnaître tous les citoyens, malgré leurs différences. Il prône l’action militante pour le faire valoir. Et la première, c’est «le débat pacifique et dépassionné». Celui-ci a pour vocation d’entraîner «un changement des mentalités et une culture de l’acceptation de l’autre qui mèneraient inéluctablement au changement de la loi».  
Le changement de la loi en question, c’est l’abrogation de l’article 222 (voir encadré), qui pénalise la rupture du jeûne pour les Marocains musulmans. «Cela montre que le dé-jeûne en soi ne choque pas. Si ce n’est pas un Marocain, ni la loi ni la société ne s’érigeront contre lui. Un étranger a-t-il plus de droits dans mon pays?», se demande un non-jeûneur.
Abderrazak El Jay, membre du Conseil des oulémas, est aussi contre le principe de pénalisation du dé-jeûne. «Il faut résoudre le problème par le dialogue, et non par la prison», explique-t-il. Car «pour construire le pays, il faut construire les gens d’abord». Et pour cause, il est intimement convaincu que «si ces jeunes en sont à se poser toutes ces questions aujourd’hui, c’est que la famille, les oulémas et l’école n’ont pas fait leur travail (d’islamisation) correctement». Il prône donc la méthode douce, car il faut «de la tendresse avec les jeunes… ils trouveront toujours une raison pour se rebeller, il faut juste savoir être à leur écoute».
Il est vrai que la rébellion est l’essence d’une jeunesse vivante. Cela veut dire qu’elle s’est construit un idéal, auquel elle croit et pour lequel elle se bat. Pour le Collectif marocain des libertés individuelle, au-delà du jeûne (ou pas), «le but suprême reste de promouvoir une culture de tolérance et d’acceptation de l’autre».

Article 222 du code pénal

«CELUI qui, notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps du Ramadan, sans motif admis par cette religion, est puni de l’emprisonnement d’un à six mois et d’une amende de 120 à 1.200 dirhams?»

Inspirés du Mali

L’évènement «Masayminch 2012» est souvent allégué au Mali, Mouvement alternatif des libertés individuelles. Ce petit groupe de jeunes avait défrayé la chronique en 2009, en levant pour la première fois au Maroc le tabou du dé-jeûne. Ils ont voulu organiser un pique-nique en plein Ramadan, et en ont été empêchés par la police. Imad Iddine Habib, cofondateur du Collectif marocain pour les libertés individuelles, explique qu’ «il ne s’agit pas du Mali, mais nous leur devons beaucoup. Ils resteront l’inspiration de toute une génération». Une inspiration controversée, certes.

Rime AIT EL HAJ

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