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Chronique Militaire

Comment aider militairement les rebelles syriens
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3682 Le 21/12/2011 | Partager

Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009)

S’agissant de la Syrie, tout le monde semble d’accord: d’accord pour des protestations, des sanctions, des condamnations, y compris bientôt, peut-être, celle prononcée par le Conseil de sécurité. En revanche, aucun Etat ou Organisation internationale n’invite à employer la force pour chasser Bachar al-Assad.
Des membres de l’Armée syrienne libre (ASL) réclament bien un soutien, des armes, la création d’une zone sécurisée en Syrie... Sans succès ! Aujourd’hui, faute de candidat, faute aussi de savoir comment procéder, une intervention armée en Syrie relève de l’utopie.
Bien des états-majors nationaux, pourtant, on peut en être assuré, travaillent sur ce sujet; nul n’a envie d’être pris en défaut le jour où il lui sera demandé de présenter les options militaires possibles.
Le chroniqueur, quant à lui, ne risque rien à y consacrer un papier. Il a recensé cinq façons d’aider les Syriens à en finir avec leurs maîtres:
1- Création d’un sanctuaire hors de la Syrie,
2- Infiltration de forces spéciales,
3- Bombardement d’objectifs gouvernementaux,
4- Prise de contrôle d’une fraction de territoire,
5- Mise en place d’une zone d’exclusion aérienne.
Chacun de ces modes d’action présente avantages et inconvénients. Pas un n’a reçu un début officiel de mise en pratique, ce qui n’empêche pas, peut-être, çà et là, quelques préparatifs.
 Création d’un sanctuaire
C’est la solution la plus praticable car elle n’exige pas d’employer la force et n’implique pas non plus une résolution ad hoc des Nations unies. Ce sanctuaire devrait être établi à proximité du nord-ouest de la Syrie, là où se trouvent les rares points forts des insurgés. La Turquie s’impose. Ankara a d’ailleurs consenti à accueillir des Syriens fuyant la répression. Cinq camps ont été installés qui abritent 15.000 réfugiés. Rien n’empêcherait le pays d’Atatürk d’utiliser ces camps, de façon clandestine ou non, pour aider l’ASL à s’organiser, s’armer, s’entraîner, puis à lancer des opérations.
Ce n’est pas le cas. Tout juste un de ces camps, celui situé dans la province d’Hatay, a-t-il accueilli le 28 novembre une réunion de coordination entre le Conseil national syrien (CNS) et l’ASL. On dit aussi que cette dernière disposerait d’une base fixe dans la ville frontière turque d’Antakya(1).
Ankara a offert l’hospitalité à des membres éminents de l’opposition mais nie aider directement les rebelles, ce que ceux-ci confirment pour s’en plaindre. La Turquie craint les conséquences d’un éventuel engagement.
La formation d’une armée syrienne rebelle capable d’affronter les forces de Damas exigerait des délais considérables. Ankara souhaite éviter aussi qu’une guerre civile, au demeurant vraisemblable, n’amène une masse de Syriens à se réfugier en Turquie pour fuir les combats. Enfin, un appui à la rébellion pourrait inciter Damas à s’en prendre, grâce à ses missiles balistiques, à des objectifs situés en Turquie, comme la base US d’Incirlik, ou à y mener des attaques au moyen de groupes armés agissant pour son compte, miliciens kurdes ou du Hezbollah…
Emploi de forces spéciales
Ce serait possible mais risqué. Ces unités aideraient les insurgés à monter des embuscades, organiser des coups de mains, enlever des personnalités… Difficile, en tout cas, d’imaginer des opérations de grande ampleur, capables, à elles seules, d’obtenir des résultats déterminants. Normalement, les forces spéciales appuient et renseignent des troupes déjà en place et actives, comme l’étaient les rebelles libyens. La Syrie est un Etat structuré et policé. Ces soldats d’élite, si compétents soient-ils, courraient grand risque d’être pris et le régime syrien aurait beau jeu d’affirmer, sans crainte cette fois d’être contredit, que les troubles sur son territoire sont le fait d’éléments armés venus de l’étranger…
Bombardements d’objectifs gouvernementaux
Détruire divers points sensibles, tels que palais, ministères, dépôts d’armes, centre de transmissions, centrales électriques… n’est pas sans précédent. Contre la Serbie, l’Irak, l’Afghanistan, les Etats-Unis l’ont fait en se passant d’un accord des Nations unies. Mais les rebelles ne seraient sans doute pas demandeurs d’un mode d’action destructeur et qui n’a de sens qu’au service d’une stratégie de plus grande envergure, une invasion, par exemple. De plus, seuls les Etats-Unis, ou à peu près, ont les moyens de s’en charger. Or la Maison-Blanche n’a sûrement pas envie de bombarder encore un pays arabe et musulman. D’inévitables dégâts collatéraux terniraient le bien-fondé de l’entreprise. Surtout, on ne sait jamais l’effet de bombardements sur une population. Celle-ci peut choisir de se regrouper autour d’un pouvoir pourtant contesté pour pratiquer l’union sacrée contre ceux qui la pilonne. Le remède «bombardements sélectifs» ne conviendrait pas au malade.
Prise de contrôle d’une fraction du territoire syrien
Un moment évoqué par la presse turque, un tel projet suppose l’existence d’une puissance disposée à aider l’ASL à conquérir une fraction du territoire syrien pour s’y installer et s’en servir de base d’attaque. Comme à Benghazi ! Mais Benghazi était déjà «libérée»; il suffisait de la protéger. A peu près unanimes, ses habitants rejetaient Kadhafi. Une situation aussi favorable semble difficile à trouver en Syrie. S’emparer d’une fraction de territoire suppose une action en deux temps : pénétrer le pays pour en occuper une partie, puis soutenir et appuyer ce territoire libéré, c'est-à-dire le ravitailler et le protéger… Une telle opération serait lourde ; elle s’apparenterait à une invasion, exigerait d’y consacrer, longtemps peut-être, des moyens matériels et humains considérables ; les pays volontaires pour s’en charger ne seraient pas légion!
Zone d’exclusion aérienne (ZEA)
Pour empêcher des aéronefs de voler, il faut des avions en nombre, des bases commodes et la volonté de durer. Plusieurs pays devraient être requis. Les bases turques seraient utilisables mais pas celles situées en Israël, et aussi au Liban, en Irak ou en Jordanie. Il y faudrait deux ou trois porte-avions, ce qui impliquerait la participation des Etats-Unis. La mise en place d’une ZEA en Syrie se heurterait à une défense contre avion relativement moderne et dense. Son obligatoire destruction entraînerait des dégâts sensibles, voire des pertes au sein des aviations alliées. Surtout cette ZEA serait presque sans objet. Le régime n’emploie pas son armée de l’air pour réprimer les manifestants et une interdiction de voler ne suffirait pas pour que les rebelles parviennent à renverser le pouvoir.
 Conclusion
Tout chef d’état-major interpelé par son gouvernement serait tenté de lui répondre qu’une intervention armée en Syrie relève de la chimère, sauf à être extrêmement puissante et déterminée, sauf à vouloir lui faire la guerre... Tout emploi de la force supposerait une demande formelle préalable des rebelles, la formation d’une coalition d’Etats, une résolution des Nations unies « autorisant les Etats à employer tous les moyens » pour que cesse la répression en Syrie. Trois conditions quasiment impossibles à satisfaire! Il est heureusement d’autres moyens pour aider les Syriens: financement, livraisons d’armes, envoi d’agents pour assister le CNS et l’ASL. Encore faudrait-il que ces entités durent, s’unissent, se structurent, face à un Etat syrien dont l’appareil de sécurité est imposant et demeure à peu près inentamé. Que les rebelles précisent leur stratégie paraît également indispensable, au moins pour définir ce que pourrait être un engagement des puissances. Car l’action de ces Etats, pour être discrète et limitée, serait néanmoins délicate à mener et durerait probablement longtemps sans forcément aboutir.

 

Les dangers d’une intervention militaire directe en Syrie

«…Une intervention militaire directe en Syrie, que ce soit sous la forme d’une invasion ou qu’elle se limite à un bombardement à distance,… mettrait un terme à la tendance à la dissidence au sein de l’armée syrienne et unirait ses rangs dans une confrontation qui convaincrait les soldats que ce que ne cesse d’affirmer le régime depuis le début du soulèvement, à savoir qu’il fait face à un «complot étranger» cherchant à asservir la Syrie, a toujours été vrai.
Les demandes formulées par Riyad Al-Assaad, le dirigeant de l’Armée syrienne libre, pour une intervention internationale visant à «imposer une zone d’exclusion aérienne ou une zone interdite à la navigation» et à créer une «zone sécurisée au nord de la Syrie qu’administrerait l’Armée syrienne libre» sont dans le meilleur des cas, des preuves supplémentaires de l’absence d’une vision stratégique à la direction du soulèvement syrien. Elles sont également un produit de ce mélange de myopie et de réaction émotionnelle face à la brutalité du régime qui conduit certains de ses opposants à espérer ce qui pourrait aboutir à une catastrophe majeure en Syrie et dans toute la région…»
Extrait d’un article, publié le 16 novembre 2011, en arabe dans Al-Akhbar (Liban), dont l’auteur est Gilbert Achcar, professeur à l’Ecole des études orientales et africaines de l’université de Londres.

 

(1) On raconte, de source proche de la CIA, que des détachements de forces spéciales françaises se trouveraient au Liban, dans la plaine de la Bekaa, pour y former des unités de l’ASL… Possible mais surprenant!

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