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    Tribune

    Economie mondiale
    En 2012, s’en sortir vaille que vaille
    Par Barry Eichengreen

    Par L'Economiste | Edition N°:3681 Le 20/12/2011 | Partager

    Barry Eichengreen est professeur en économie et en sciences politiques à l’Université de Californie à Berkeley. Son plus récent ouvrage paru: Exorbitant Privilege: The Rise and Fall of the Dollar (Un privilège exorbitant: de l’avènement à la chute du dollar)

    De nos jours, il ne manque pas d’experts, spécialistes économiques ou autres, qui nous mettent en garde contre des catastrophes imminentes. Si les faits confirment leurs dires, ils sont proclamés devins; s’ils se trompent, il y a fort à parier que personne ne se souviendra de leurs prédictions. Il faut donc s’attendre à une pléthore de prédictions d’une année 2012 désastreuse.
    A mon sens, l’année qui vient ne sera pas une année de crise, ce qui ne veut pas non plus dire que les difficultés économiques actuelles disparaîtront d’elles-mêmes. Ce sera plutôt une année pour s’en sortir vaille que vaille.
    Bon nombre d’analystes estiment que 2012 sera une année décisive où l’Europe a deux options: soit la fuite en avant de l’intégration européenne réalisée par un nouveau pacte budgétaire et l’émission d’obligations euro, soit le démantèlement de la zone euro qui provoquera la pire des crises financières.


    Effet douloureux de la crise


    En fait, aucun de ces deux scénarios n’est plausible. L’effondrement de la zone euro aurait évidemment de terribles conséquences économiques et financières. Mais c’est justement pour cela que la Banque centrale européenne surmontera ses réticences pour intervenir sur les marchés des obligations italiennes et espagnoles ce qui, en fin de compte, donnera le répit nécessaire aux gouvernements de l’Italie et de l’Espagne pour appliquer les réformes exigées en contrepartie par la BCE.
    Chose certaine, l’Europe ne sera pas épargnée par les effets douloureux de la récession, car le plan improvisé de recapitalisation bancaire et le climat d’incertitude régnant au-dessus de l’euro impliquent que la récession est déjà au menu. D’autre part, les réformes ciblées sur la croissance qui sont essentielles aux pays dans la même situation que l’Italie empireront la situation avant de l’améliorer. Ainsi, l’effet initial de réduction des coûts d’embauche et de licenciement se traduira obligatoirement par des pertes d’emploi. Or, puisque les investisseurs ont l’habitude de toujours regarder vers l’avant, les réformes qui promettent un retour éventuel à la croissance devraient les rassurer.
    Prenons maintenant la situation des Etats-Unis. Les données récentes, il est vrai, indiquent que l’économie se porte mieux, tous les signes pointant vers un PIB avec un taux de croissance annuelle de 3% pour le dernier trimestre 2011. Mais mieux vaut ne pas trop s’emballer, car les politiques de soutien budgétaire à la croissance économique seront probablement assez modestes. De plus, même si le marché immobilier semble vouloir se stabiliser, le stock de propriétés foncières en reprise hypothécaire détenues par les banques porte encore ombrage aux prix.
    Ces facteurs indiquent que la poussée de croissance de l’économie américaine amorcée dans le troisième trimestre de 2011 ne pourra probablement pas se maintenir. Par contre, si la croissance ralentit trop, la Réserve fédérale des États-Unis réagira fort probablement par un autre épisode d’assouplissement quantitatif, que l’on nomme déjà QE3. La croissance de l’année qui vient pourrait donc être inférieure à 3%, mais les États-Unis devraient néanmoins être en mesure d’éviter une récession à double creux.


    Eviter le pire et tenir le coup

     

    Finalement, la croissance de l’économie chinoise devrait se situer entre 7,5 et 8% en 2012. Une croissance poussive à la chinoise, sensiblement inférieure aux taux à deux chiffres des années antérieures, mais pas le brusque atterrissage que certains oiseaux de malheur disent inévitable. Mes prévisions sont plus pessimistes que celles d’institutions comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, qui mettent la croissance de l’économie chinoise en 2012 entre 8,5 à 9%. Ces derniers scénarios ne tiennent toutefois pas compte du refroidissement subit du marché immobilier chinois. Les prix se sont maintenus malgré l’affaiblissement de la demande résidentielle, mais le volume de transactions a considérablement diminué. Et là où le volume chute, les prix en général finissent par suivre.
    Heureusement, la Chine est une économie encore assez dirigiste pour que les hauts commis d’Etat puissent mettre en oeuvre des mesures publiques pour amortir le coup. Ainsi, lorsque le secteur de la construction subit de fortes baisses, les autorités peuvent réduire les réserves obligatoires, comme ils viennent de le faire, incitant les banques à prêter à d’autres secteurs. En outre, si les économies européennes et américaines évitent le pire, les exportations chinoises devraient tenir le coup.
    Avec toutes ces pièces importantes de l’économie mondiale qui se mettraient en place, il n’y aurait aucune raison pour que 2012 soit une année désastreuse. Mais les stratégies au jour le jour ne peuvent être utilisées éternellement. L’Europe doit mettre un terme à la crise et retrouver des solutions de retour à la croissance. Les Etats-Unis doivent passer outre la polarisation politique et le blocage politique. Et la Chine doit restructurer son économie afin que les secteurs de la construction et de l’exportation laissent la consommation des ménages devenir le principal moteur de la croissance, pendant qu’il est encore temps.
    Évidemment, si rien de tout cela n’arrive, ou dans une mesure insuffisante, 2013 pourrait bien devenir l’année de tous les désastres dépeints dans les visions cauchemardesques des prophètes de malheur.

    Rien de plus triste qu’une récession qui s’éternise

    Même s’il est peu probable que la zone euro s’écroule en 2012, la question de la survie de l’euro ne sera pas résolue de sitôt, car le processus d’intégration européenne ne peut brûler les étapes. L’élaboration des révisions de traité prend du temps et le processus de ratification est encore plus long. Les travaux de renforcement des règles budgétaires de l’Europe, par exemple, passeront par des accords bilatéraux entre gouvernements plutôt que par les modifications du traité de Lisbonne de l’Union européenne. Rien de plus triste qu’une récession qui s’éternise. Mais c’est pourtant l’état actuel des choses en Europe.

    Copyright: Project Syndicate, 2011.
    www.project-syndicate.org
    Traduit de l’anglais par
    Pierre Castegnier

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