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    Chronique d’Hier et d’Aujourd’hui

    La femme vue par les Salafistes
    Ne dites pas «Retour au Moyen Âge»!
    Par Mouna Hachim

    Par L'Economiste | Edition N°:3681 Le 20/12/2011 | Partager

    Mouna Hachim est titulaire d’un DEA en littérature comparée. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication et de la presse écrite. Passionnée d’histoire, elle a publié en 2004 «Les Enfants de la Chaouia», un roman historique et social, suivi en 2007 d’un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc»

    Il ne se passe pas une semaine sans que ne fassent l’actualité, des fatwas hallucinantes, relayées par le Net via les chaînes satellitaires avec pour principale hantise le corps de la femme; quand ce ne sont pas des pratiques extrêmes dont récemment la décapitation d’une femme pour sorcellerie en Arabie. La montée en puissance du courant salafiste et de manière générale l’affirmation à des degrés divers à travers les pays d’idéologies prêchant une vision rigoureuse et restrictive des Textes, met en avant une principale victime et proie: la femme, qui n’est toutefois pas décidée à s’en tenir-là.
    En Egypte, dans sa «Lettre aux salafistes égyptiens», l’écrivain et journaliste Fatma Naout propose sarcastiquement depuis le titre: «Que n’enterrez-vous vives les femmes pour avoir la paix?». Publiée dans le quotidien «Al Masri El Youm» (traduit par le site Maghreb Emergent) elle écrit: «Allumez la télévision, sélectionnez n’importe quelle chaîne, à n’importe quel moment de la journée et vous verrez un salafiste épiloguer sur les bikinis, les shorts, les cheveux, et promettre d’apprendre aux touristes étrangères les bonnes mœurs, les vertus du voile sur cette terre vertueuse, notre terre (…)». Et d’ajouter, «il est vraiment triste que la vue des cheveux dévoilés d’une femme tourmente les salafistes alors que ne les tourmente point le spectacle d’un enfant fouillant, pieds nus, les poubelles, avec les chiens et les chats, à la recherche d’un quignon de pain (…)».
    Cette obsession monomaniaque sonne certainement l’aveu d’une lâcheté. Celle d’esquiver les vrais problèmes (et non moins grands péchés devant l’Eternel pour ceux qui croient !) que sont la tyrannie, l’oppression, les inégalités, l’injustice, le népotisme, les accointances et compromissions… Elle dit les besoins d’une étude, psychopathologique s’il le faut, ne serait-ce que pour limiter les dangers d’une contamination utilisant, dans des environnements propices, les technologies de pointe en matière de diffusion.
    Elle donne l’exemple des ravages d’un endoctrinement qui déforme l’esprit de l’islam et sa lettre et porte préjudice par ses mauvaises interprétations à l’ensemble des musulmans et à leur image, suffisamment désastreuse dans le monde pour ne pas avoir à en rajouter un plat.
    On en revient à rappeler encore et toujours le rôle de l’éducation, à même de favoriser l’esprit critique et d’offrir les arguments et moyens nécessaires pour lutter contre l’aliénation. Une éducation aux valeurs de l’islam, à la citoyenneté, à la démocratie, à l’histoire, à la littérature…
    Dans le domaine de la théologie, l’écrivain et penseur égyptien Jamal Banna s’oppose au conservatisme sclérosé de certains cheikhs et à leurs références incessantes aux hadiths (même apocryphes pour certains) par le biais des mémorisations des chaînes d’interprétations de leurs maîtres, au détriment de la compréhension rationnelle des propos clairs énoncés dans le Coran.
    L’étude de l’histoire nous prouve que le long des siècles, la femme musulmane était loin d’être mal logée dans un contexte général propice à la misogynie. Les pères de l’Eglise par exemple désignaient au Moyen Âge, toutes les Eve, responsables du péché originel par des qualificatifs dégradants et qui en disent long: «Armes du diable», «Larves du démon», «sentinelles avancées de l’enfer»…
    L’Islam a d’abord soulagé Eve de la culpabilité de la chute du paradis, devenue œuvre aussi bien de l’homme que de la femme dans le Coran. La femme est par ailleurs dotée d’une personnalité juridique indépendante, avec la reconnaissance du droit d’hériter, de gérer librement ses biens, de choisir son mari, de garder son nom de jeune fille, de divorcer... A travers la vaste aire musulmane, et le long des siècles s’est exprimé un épanouissement du génie féminin qui est le reflet des libertés sociales et du rayonnement d’une civilisation. Les femmes se sont ainsi imposées dans plusieurs domaines: dans le commandement comme Chajarat Al-Dorr couronnée au Caire; Radia, reine de Delhi ou Al-Horra reine de Tétouan…
    De brillantes lettrées comme Aïcha Al-Bahouniya, auteur d’ouvrages juridiques et littéraires; des poétesses qui tenaient des salons littéraires, telles Soukayna, petite-fille de Ali en Arabie; Al-Fadl à Bagdad; ou encore, Wallada et Nazhoun qui défiaient poétiquement leurs condisciples masculins dans leurs salons grenadins. Des calligraphes dont l’historien Al-Mourrakouchi compte cent soixante-dix dans un seul quartier de Courdoue dans son ouvrage, «Al-Moâjab». Que dire de la grammaire et de la rhétorique avec Aïcha de Damas, ou encore la médecine avec Bint Al-Sayigh, professeur à l’Institut Mansouria d’Egypte...
    Même dans des domaines considérés comme réservés, il est significatif de savoir que les femmes se sont imposées comme spécialistes du Hadith, enseignantes expertes (Chouyoukh) ou Mouftiya consultées par des étudiants dans les plus grandes mosquées et non moins complexes pluridisciplinaires, riches de leurs bibliothèque, medersas et institutions d’éducation publique.
    Pour le seul IXe siècle de l’Hégire (XVe s.), plus de mille d’entre elles furent recensées dans le livre de l’historien Al-Sakhawy. Contentons-nous de mentionner, toutes époques confondues: ‘Amra, une des grandes savantes de Médine, versée en jurisprudence; Sayyida Nafissa, née à La Mecque, établie après son mariage en Egypte où elle eut plusieurs disciples dont des sommités religieuses de la stature de l’Imam Chafiî et Ibn Hanbal…
    Comment ne pas évoquer également Karima Al-Marwaziya, décrite comme l’autorité de référence au Ve/XIe siècle du Recueil d’Al-Boukhari; la Musnida d’Ispahan, Fatima bint Mohamed; la grande savante de Damas et enseignante d’Ibn Taymiya, Zaynab Al-Harrâniyah…
    Un survol tous azimuts pour dire la glorification de la femme et par la même occasion la glorification du savoir. Le premier mot de la révélation n’est-il pas l’injonction «Iqraâ» (Lis, Étudie)! La Tradition ne retient-elle pas des Hadiths renommés: «Les savants sont les héritiers des prophètes»; «L’encre du savant vaut mieux que le sang du martyr»; «Demandez la science du berceau jusqu'à la tombe»; «Cherchez la science serait-ce jusqu'en Chine»… Ce qui est valable aussi bien pour les sciences islamiques que les sciences profanes (astronomie, médecine, arithmétique…) dont il n’est nul besoin de rappeler la splendeur avec des personnalités universelles comparativement avec l’insoutenable léthargie qui s’en suivit dont l’un des signes inquiétants aujourd’hui est le taux d’analphabétisme dans le monde musulman, classé parmi les plus élevés.
    Bref, dans des sociétés patriarcales intrinsèquement machistes et inégalitaires, ravagées par l’illettrisme, ouvertes aux téléprédicateurs de tous bords; il est à craindre de voir s’accentuer ces lectures restrictives des Textes religieux et perpétuer, de manière tenace, des pratiques culturelles rétrogrades sous le prétexte de retrouver l'islam des Salaf (ou pieux prédécesseurs). Il en devient urgent de trouver les moyens efficaces pour contrecarrer ces dérives idéologiques plus proches dans certaines de leurs représentations du paganisme antéislamique que de l’âge d’or médiéval.

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