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    Chronique Militaire

    En Syrie, nonobstant grévistes et rebelles, l’impasse perdure
    Par le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:3677 Le 14/12/2011 | Partager

    Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009)

    Les troubles se pérennisent en Syrie, la répression aussi. Le régime a lancé un ultimatum à la ville de Homs pour qu’elle se soumette. Chacun redoute une répression semblable à celle perpétrée à Hama en février 1982 (30.000 tués), après une tentative de soulèvement conduite par des officiers proches des Frères musulmans.
    Ces derniers jours, des faits d’importance sont survenus sans que cela change le moins du monde une situation apparemment sans recours. En dépit d’une grève générale dimanche plutôt réussie, malgré l’annonce d’une campagne de désobéissance civile, il manque encore les signes annonciateurs d’un quelconque dénouement.
    Les rencontres des représentants du Conseil national syrien (CNS) avec Alain Juppé, à Paris, le 23 novembre, puis avec Hillary Clinton, à Genève, le 6 décembre, n’ont abouti qu’à de bonnes paroles assorties de conseils d’unité. L’interview, le 7 décembre, du président syrien, par la chaîne américaine ABC, la première depuis le début des évènements, a illustré l’autisme de Bachar Al-Assad. Des accrochages auraient opposé il y a une semaine des militaires syriens à leurs homologues turcs tandis que d’autres affrontements ont eu lieu le 11 décembre entre une unité de l’armée et des déserteurs.
    L’impasse, cependant, perdure. Al-Assad ignore comment calmer l’ire d’émeutiers insensibles à la terreur qu’il s’efforce d’entretenir. Quant au peuple en colère, sans unité, ni moyens, il semble incapable de renverser le régime. Sans doute une assistance internationale, pour l’heure irréaliste, serait-elle souhaitable. En dépit d’un appel dimanche du CNS au Conseil de sécurité pour qu’il protège les civils, nul ne sait quelle forme cette aide de l’étranger, hormis les sempiternelles sanctions, pourrait revêtir.
    Le 6 décembre, à Genève, où elle a rencontré le CNS et son président Burhan Ghalioun, Mrs Clinton s’est faite l’écho de Barack Obama, lequel appelait en août au départ de Bachar al-Assad. Elle a témoigné de sa préoccupation devant l’insuffisante représentativité du CNS. Car cette opposition souffre d’être quasi exclusivement sunnite et masculine. Pour prétendre représenter la nation, la participation de quelques membres, si possible éminents, des minorités alaouite, kurde, chrétienne, voire druze, s’avère nécessaire. Cette réunion de Genève a été l’occasion d’annoncer le retour à Damas des ambassadeurs des Etats-Unis et de France, rappelés six semaines durant pour raisons de sécurité. Cette présence active de diplomates qui se sont rendus, à plusieurs reprises, sur les lieux mêmes des affrontements, est un vrai signal de soutien aux protestataires syriens; c’est au demeurant, peut-être, le seul, tant les Etats désireux d’agir sont contraints à la retenue en l’absence d’unité populaire massive. Autrement dit, paroles verbales, absence, au demeurant honnête, de toute promesse, soutien moral, et c’est tout! A charge pour le CNS d’œuvrer dans trois directions, politique, militaire, diplomatique:
    - améliorer la cohésion et la représentativité du Conseil national,
    - se constituer une zone refuge, probablement en Turquie, à partir de laquelle le CNS pourrait dépêcher en Syrie, agents recruteurs, propagandistes, équipes de saboteurs…
    - obtenir des opinions publiques occidentales et arabes qu’elles fassent pression sur leurs gouvernements respectifs pour les inciter à agir!

    Agir par la propagande

    Le CNS doit se faire connaître en s’engageant dans une campagne de communication destinée à populariser sa cause. C’est d’ailleurs un risque pour le régime. Al-Assad l’a compris. L’interview du 7 décembre à ABC le montre. Al-Assad y revendique l’appui d’une large partie du peuple; il conteste qu’une quelconque vérité sur des abus à l’encontre des droits de l’homme puisse émerger de vidéos hâtivement captées par des téléphones portables. Ce n’est pas faux! Les exactions dénoncées par l’opposition comme les allégations du régime alaouite peuvent rarement être vérifiées par les grandes agences de presse.
    La rébellion se manifeste aussi par l’émergence d’une Armée syrienne libre, l’ASL, formée de déserteurs, soldats ou modestes gradés sunnites. Avec cette ASL, le CNS a créé le 28 novembre une commission mixte. Sa mission: trouver comment présenter au monde le mouvement comme le plus large rassemblement possible des opposants au régime, et l’ASL comme le protecteur du peuple. Jusqu’à présent, cette «armée libre» s’en est prise à des blindés, des postes de contrôle ou de surveillance. Elle cherche à prouver qu’elle aura, à terme, les moyens de renverser le système. Si limitées soient-elles, les opérations de cette «armée» ne laissent pas le public indifférent, elles sont vite connues puis évoquées hors des frontières. Peut-être l’appellation «Armée syrienne libre» rappelle-t-elle à certains Syriens que les «Forces françaises libres», associées à des formations britanniques, avaient un jour de juin 1941 chassé l’administration vichyste de Damas avant de proclamer l’indépendance de la Syrie.
    Toutefois, les entreprises de l’ASL sont à double tranchant. Car elles permettent aux autorités de stigmatiser ces «terroristes armés venus de l’étranger». C’est à eux qu’a été imputée l’explosion à Homs, le 8 décembre, d’un oléoduc. La BBC en a rendu compte après SANA, l’agence syrienne de presse, sans que l’on sache très bien s’il s’agit d’un attentat ou d’un accident.
    Le 6 décembre, SANA avait annoncé un accrochage à la frontière turque avec un «groupe terroriste armé» dont les membres auraient fui en Turquie. Une dépêche de Reuter a révélé que des militaires turcs avaient recueilli des rebelles blessés dans l’incident. Le 8 décembre, les autorités de la cité turque de Nusaybin ont déclaré que la Syrie avait fermé sa frontière à hauteur de cette ville. Sans doute le régime alaouite a-t-il jugé qu’il devenait nécessaire d’interdire toute fuite en Turquie…
    A ce jour, en effet, la Turquie est le pays, parce qu’il est le mieux placé, qui a le plus fait pour la rébellion. Il réclame le départ de Bachar Al-Assad, accueille des membres de l’ASL, les abrite, les protège et les soigne, tout en niant leur fournir des armes.
    Pour autant, Ankara demeure soumis aux mêmes contraintes qui empêchent les Occidentaux d’intervenir. D’ailleurs, la rhétorique turque, hier encore virulente à l’encontre de Damas, s’est adoucie, du moins en ce qui concerne une intervention. Pour l’heure, Ankara veut surtout éviter un afflux de réfugiés sur son territoire ou des opérations menées par les séparatistes kurdes.
    Impossible pour les Turcs de faire militairement irruption en Syrie. Il leur faudrait au moins disposer d’un soutien extérieur financier et militaire ; or on voit mal aujourd’hui qui, dans le monde, en l’absence d’une résolution ad hoc des Nations unies, serait disposé à le leur fournir!

     

    Défection d’agents des services spéciaux…
    «Une dizaine d’hommes des moukhabarat syriens ont fait défection dans la nuit de samedi à dimanche, à Idlib, 280 km au nord-ouest de Damas, près de la frontière turque, rapporte l’opposition. C’est la première fois depuis le début des troubles, en mars dernier, qu’un nombre aussi important de membres des services de sécurité, pilier du régime de Bachar Al-Assad, changent de camp. Des fusillades ont éclaté lorsque les transfuges ont quitté les locaux des services de renseignement de l’Armée de l’air, en pleine nuit. Une dizaine de morts et des blessés ont été signalés dans les deux camps. Selon un opposant sur place, la fuite des agents des services d’Idlib a été planifiée et facilitée par des déserteurs venus de la région voisine du Djebel al Zaouïa. Des véhicules blindés ont été engagés dans les combats et les tirs ont duré jusqu’à l’aube, a-t-il ajouté…»
    cf. lemonde.fr, 12 décembre 2011, avec l’AFP et Reuter
    «En Syrie la désobéissance civile est bel et bien engagée. L’appel à la grève générale lancé par l’opposition syrienne pour accroître la pression sur le régime de Bachar al-Assad a été largement suivi dimanche 11 décembre dans une très grande partie du pays, en particulier à Homs. Des commerces sont restés fermés, les rues désertes, alors que le dimanche est un jour ouvré en Syrie. Treize civils ont été tués par les forces gouvernementales».
    L’Orient-Le Jour, quotidien libanais, 12 décembre 2011, repris par l’hebdomadaire français Courrier International

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