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    Tribune

    Est-ce véritablement la fin d’une illusion budgétaire et monétaire?
    Par le Pr Mohammed GERMOUNI

    Par L'Economiste | Edition N°:3677 Le 14/12/2011 | Partager

    Mohammed GERMOUNI est docteur en économie et diplômé de l’Institut d’études politiques, section économique et financière de l’Université de Grenoble. Ancien directeur de banque, puis haut fonctionnaire de l’administration centrale, Mohammed Germouni est professeur et invité par des universités étrangères

    Périodiquement des politiques budgétaires et monétaires volontaristes sont devenues nécessaires pour prendre le relais et contrebalancer les contractions de la demande des particuliers. Il devient dès lors utile de savoir jusqu’à quelle limite les pouvoirs publics et les banques centrales peuvent aller, tant ceci n’est point sans risques, rendant les résultats réels de la poursuite de telles mesures quelque peu de l’ordre de l’illusion. La sérieuse crise actuelle de la dette européenne et américaine nous le rappelle de façon lancinante. En n’en retenant que les plus importants, ils seraient au nombre de trois.
    La dégradation de la situation économique des dernières années a poussé plusieurs voix autorisées, dont celle du Fonds monétaire international, de diverses grandes entreprises internationales ainsi que celle de plusieurs experts à s’élever pour réclamer régulièrement des gouvernements et des banques centrales des politiques budgétaires et monétaires fortement expansionnistes. Ainsi, les montants des programmes de soutien budgétaire qui étaient en moyenne de l’ordre de 1,3% du Produit intérieur brut des pays du groupe des Vingt (G20) les plus riches au cours de l’année 2008, seraient passés à 5,5% en 2009 et à 5,4% en 2010. En y ajoutant les plans de soutien aux secteurs financiers, le résultat a donné lieu à une réelle explosion des besoins de financement publics, entraînant à leur tour une augmentation de la dette publique de l’ensemble des pays ainsi concernés de l’ordre de 3.200 milliards de dollars en 2009, et de près de 2.500 milliards de dollars en 2010. Il s’agit d’ordres de grandeurs intéressant le mouvement d’endettement des principales économies de la planète.

    Moment de vérité

    En effet, plusieurs Etats se trouvent de plus en plus menacés par des déséquilibres budgétaires annonciateurs d’un endettement croissant. La zone euro vit depuis le début de l’année peut-être le moment de vérité pour la crédibilité de sa solidarité financière, et l’affaire est loin d’être terminée. Le test en cours et grandeur nature pourrait intéresser les dettes espagnole, italienne, portugaise, irlandaise après celle de la Grèce.
    Aux USA, une sorte de guerre de tranchées d’un nouveau genre à propos du budget fédéral, menée par la chambre basse du Congrès américain à dominante républicaine depuis la dernière élection mi-mandat, est parvenue progressivement à brouiller et à écorner l’image internationale d’une superpuissance. Encore récemment à la conférence annuelle de la Réserve fédérale américaine de Jackson Hole, le Fonds monétaire international a à son tour plaidé encore en faveur de la stimulation de la demande des pays en développement à fort surplus commerciaux, visant notamment la Chine, l’Inde et le Brésil. Il a appelé aussi au soutien des banques américaines fortement engagées dans les fameux crédits hypothécaires risqués et un renflouement de celles des grandes banques européennes en difficulté. En d’autres termes, afin que le jeu puisse se poursuivre, il convient d’encourager un endettement public additionnel élargi des pays émergents, qui bénéficierait en dernier ressort au secteur bancaire international.
    Un second risque tient aux politiques massives de relance par le budget et par la monnaie qui ont accru et accéléré la liquidité de l’économie mondiale au cours des dernières années, sous forme d’offres de crédits. L’expérience du passé récent, comme cela a été signalé par exemple par un excellent observateur comme Patrick Artus, tend à montrer que les liquidités créées par les banques centrales en temps de crises n’étaient pas retirées et détruites par celles-ci avec le retour de la croissance économique. Certes pas dans l’immédiat, mais le risque d’une forte inflation est là.
    Non des moindres, l’autre risque est quant à lui constitué par un processus d’aggravation des déséquilibres globaux, dans la mesure où par exemple les énormes déficits budgétaires des USA ont de façon quasi systématique engendré des déficits extérieurs de plus en plus volumineux, le jeu normal de la mondialisation limitant au minimum les effets naguère attendus des recettes keynésiennes classiques basées sur la demande et la production nationales datant il est vrai de l’entre-deux-guerres.
    Etudiant le cas des USA, Paul Krugman de Princeton a attiré récemment l’attention sur la faible incidence constatée de l’accroissement de l’utilisation des capacités locales de production. Et ce, à la suite d’un stimulus par la demande des ménages et des particuliers en système d’économie ouverte. Cela rappelle sans analogie, sur le fond bien entendu, toutes précautions et réserves d’usage gardées, l’exemple bien observé du phénomène des régions encore peu développées mais bien observé depuis longtemps où tout soutien également à la demande ne peut être satisfait que par une importation additionnelle. Mais, c’est là un autre débat.
    Comme corollaire à ces risques réels, on assiste déjà depuis un certain temps à une progression des taux d’intérêt relatifs aux dettes publiques entraînant un mouvement haussier presque généralisé, notamment de ceux à long terme aux USA, au Royaume-Uni, ainsi que de la plupart des pays de la zone euro. Et ce n’est pas un simple hasard de voir l’importance prise par le calcul des primes de risque. Depuis longtemps, les maisons de notation observaient une telle évolution.
    Le problème ne date pas d’hier. Ce qui a changé de nos jours tient à une confiance désormais amoindrie des entreprises, des ménages et des investisseurs étrangers qui achètent des titres du Trésor américain et font leurs transactions en dollar. Le long débat économique autour du relèvement du plafond de la dette au Congrès des USA était devenu houleux, politique et surtout incertain, en prenant la forme d’une opposition idéologique quasi systématique à toutes les initiatives du président.
    On pourrait certes longuement épiloguer sur la teneur des incessantes discussions relatives à la méthodologie et à l’utilité des agences de notation. Elles doivent être considérées comme faisant partie du système existant, jouant un semblant rôle de garde-fou surtout en ces temps de finances mondiales privées ou publiques controversées.
    L’abaissement de la note d’excellence à la dette publique des USA, demeurée inchangée depuis 1941, date de la création de Standard and Poor’s, remet la question de l’endettement à l’ordre du jour. Soixante-dix ans plus tard, la même agence a jugé cette fois-ci que le plan de rééquilibrage du budget fédéral fixé par la «loi de contrôle», qui a relevé le plafond d’endettement in extremis, comme comportant des risques politiques majeurs.
    Depuis la dernière dépression américaine, causée par les mauvais crédits hypothécaires (dits Subprimes), les nombreuses mesures de politique économique volontaristes, adoptées ici ou là, indépendamment des intentions des décideurs, n’auront que partiellement concouru à retourner la tendance en définitive. La moins mauvaise hypothèse pour l’économie mondiale, selon la pertinente remarque de Joseph Stiglitz, serait une sorte de «longue léthargie» pour les deux à trois années à venir. Il devient de plus en plus évident, en effet, qu’une éventuelle sortie de la série de récessions qui se suivent ne se fera que par la coopération collective ou n’aura pas lieu tout simplement. On a jusqu’ici réagi ponctuellement pour trouver des solutions aux problèmes jugés localement prioritaires, alors que les grandes difficultés éventuelles sont encore à venir. En s’étant débarrassé de toute régulation ou presque, l’actuel libéralisme tend à devenir réellement instable. Un contrôle rigoureux et surtout efficace du politique sur la finance notamment, en ramenant celle-ci à son rôle de fournisseur de service et à son métier d’origine, qu’elle n’aurait jamais dû quitter, pourrait contribuer à la survie de l’économie mondiale. Le libéralisme des régions périphériques est également concerné.

    Comment retrouver ses «A»

    Ce n’est pas tant la rétrogradation qui est surprenante, mais plutôt le fait qu’aucune des trois agences opérationnelles n’ait souhaité ni osé s’attaquer à une situation lancinante, vu les nombreux et puissants intérêts américains qui étaient en jeu. Regagner à l’avenir les trois A perdus ne sera pas une œuvre facile, car cela requiert un plan, des objectifs et des mesures devant faire l’objet d’un réel consensus national, ce qui semble difficilement imaginable dans le cas de la configuration actuelle du pouvoir politique aux USA. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un rude projet comportant une discipline budgétaire inflexible et à laquelle s’étaient déjà pliés au cours des vingt dernières années avant eux, par exemple, des pays comme le Canada, l’Australie, la Suède, le Danemark ou la Finlande, en vue de retrouver la note d’excellence réclamée par le marché financier. A l’inverse, il ne faut pas oublier non plus certains revers de l’histoire économique et financière récente, comme l’exemple de l’Espagne, de l’Irlande ou de l’Islande, qui avaient pu brièvement bénéficier ces dernières années du fameux triple A, avant que des soubresauts engendrés par des bulles spéculatives financière ou immobilière, ou les deux, n’y mettent soudainement fin.

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