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    Politique Internationale

    Printemps arabe
    «Les rapports avec l’Occident pas forcément plus faciles»
    Entretien avec Zaki Laïdi, politologue

    Par L'Economiste | Edition N°:3676 Le 13/12/2011 | Partager
    Le socle du «pacte du silence» a été ébranlé par le printemps arabe
    Les Etats occidentaux se sont situés «du bon côté de l’histoire»

    «Le simple fait que les pays arabes deviennent démocratiques ne garantit pas que les relations avec l’Occident vont devenir assez faciles. Ceci est illusoire», estime Laïdi qui souligne que «personne ne peut prédire les résultats des évolutions dans le monde arabe».

    Le printemps arabe a permis de redéfinir les relations des Etats arabes avec l’Occident. Il a rompu le «pacte du silence» entre les régimes déchus et les capitales occidentales et a initié une nouvelle dynamique des rapports qui devraient être plus sains et plus équilibrés. Mais cela ne signifie pas qu’ils devraient forcément être plus faciles. Zaki Laïdi, politologue, professeur à l’Institut des études politiques à Paris, explique l’évolution de la situation internationale depuis la chute des régimes autoritaires et son impact sur l’avenir de la région.


    - L’Economiste: Le printemps arabe a rompu le pacte du silence. Pourquoi aujourd’hui et pas avant?
    -Zaki Laïdi: Il est rompu parce que les principes sur lesquels il a été fondé sont précisément remis en cause par le printemps arabe.
    Ce que le printemps arabe change, c’est l’entrée des opinions publiques dans le jeu politique. Aussi, les nouveaux gouvernements, plus légitimes et plus représentatifs, arrivent face au reste du monde dans de nouvelles conditions. Ils sont plus sûrs d’eux, et donc ils n’ont plus besoin de cette forme de contrepartie du silence sur la nature de leur régime politique. Cela ne veut pas dire que cette relation sera forcément plus facile.

    - Les révolutionnaires libyens ont eu droit à un soutien des pays occidentaux pour faire tomber le régime de Kadhafi. Pourquoi les Syriens n’ont pas eu droit au même soutien?
    - D’abord parce que l’opposition syrienne n’a pas formulé de demande ferme et précise en vue d’une intervention étrangère. Ce qui est une différence fondamentale avec le CNT qui dès le début a souhaité une couverture aérienne, parce que le rapport de force était tel que sans cette intervention, le régime aurait pu se maintenir en place. Ce qui conduit d’ailleurs à relativiser la force des masses, surtout face à des régimes très riches disposant d’appareils répressifs puissants. Il y a une autre différence liée à la nature du terrain. En Libye, la bataille se déroulait dans le désert, alors qu’en Syrie tout se passe à l’intérieur des villes. Je ne vois pas ce qu’une intervention militaire pourrait changer, car il n’y a pas de ligne de front. Je pense qu’on peut reprocher beaucoup de choses aux Occidentaux, sauf le fait que globalement, face au printemps arabe, ils se sont situés du bon côté de l’histoire. Ce qui n’est pas le cas des Chinois ou des Russes.

    - Est-ce que les Etats occidentaux ne redoutent pas un repli identitaire des gouvernements islamistes?
    - Les nouveaux gouvernements n’ont pas intérêt à se retourner contre l’Occident. D’abord parce qu’ils se rendent compte que l’Occident n’est pas leur adversaire et que ce sera un signe de maturité de ne pas continuer à rendre les autres responsables de ses problèmes. Après, tout dépendra du niveau de responsabilité de ces dirigeants. Ils ont tout à gagner d’une relation avec les pays occidentaux.
    A partir du moment où ces gouvernements respectent les choix du peuple, il n’y a pas d’inquiétude à avoir.

    - Quel est l’impact de tous ces bouleversements dans le monde arabe sur le dossier palestinien?

    - Ce qui est sûr, c’est qu’avant le printemps arabe, il y avait dans le pacte du silence cette idée selon laquelle on se tait sur la question du conflit israélo-palestinien. En Egypte, juste après la chute de l’ancien régime, les frontières avec Gaza ont été rouvertes. Il y a moins de complexe vis-à-vis des Etats-Unis pour prendre des initiatives, et apprécier par soi-même la situation internationale. Maintenant, le véritable pays qui peut agir sur Israël ce sont les Etats-Unis. Barack Obama avait de bonnes intentions, mais il est revenu sur ses promesses. Donc, je crois qu’on ne peut pas se montrer optimiste.

    - Face à l’implication des pays occidentaux dans le printemps arabe, nous constatons des réactions timides concernant les accusations d’irrégularités des dernières élections en Russie…
    - Il s’agit d’un autre pacte du silence, même s’il n’est pas de même nature. Parce qu’il y a des intérêts en jeu. Il faut aussi bien reconnaître que les forces démocratiques en Russie sont très faibles.

    - Quelle est votre lecture des résultats des élections au Maroc?
    - Ce qui se passe au Maroc est un cas intéressant car il s’agit d’une transition dans la transition. Avec un changement qualitatif plus significatif depuis l’adoption de la nouvelle Constitution. Ce qui fait l’originalité de la transition marocaine, c’est qu’elle est faite avec des forces politiques qui étaient déjà en place. L’avantage c’est qu’il n’y a pas de rupture et le changement peut se faire de manière moins heurtée, pacifique et négociée. L’inconvénient, c’est que la nouvelle transition soit, d’une manière ou d’une autre, asphyxiée plus ou moins subtilement. Il y a une incertitude, mais la démocratie reste le régime de l’incertitude et personne ne peut prédire les résultats de cette transition sur le court et le moyen termes.

    - Est-ce que cela va influencer les relations du Maroc avec l’UE?
    - Sur le court terme, certainement pas. Sur le moyen terme, ça aura forcément un impact. Nous allons voir émerger de nouvelles élites politiques, qui auront un rapport plus distancié avec l’Occident. Mais ceci devra se faire de manière très graduelle. Et de toutes façons, le Maroc comme d’autres pays arabes, diversifie de plus en plus ses relations. Mais l’Europe restera un partenaire central. D’autant plus que l’UE attache un grand intérêt à la réussite de la transition marocaine.

    Propos recueillis par Mohamed Ali MRABI

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