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    Politique Internationale

    Le printemps arabe a rompu «le pacte du silence»

    Par L'Economiste | Edition N°:3675 Le 12/12/2011 | Partager
    Vers des relations plus équilibrées avec les puissances occidentales
    La Russie, la Chine et l’Inde bloquent l’adoption d’une résolution contre le régime syrien

    Au-delà de l’émancipation des populations arabes, avides de liberté et de démocratie, le printemps arabe a conduit à une redéfinition des relations des Etats de la région avec les puissances occidentales. Les rapports des Etats-Unis ou de l’Europe avec les régimes déchus étaient basés sur «un pacte du silence», comme l’a souligné Zaki Laïdi, politologue français, lors d’une conférence organisée jeudi dernier à l’Ecole de gouvernance et d’économie à Rabat. Cette alliance avait pour socle une omerta sur la nature non démocratique de ces régimes et sur leur violation manifeste des droits de l’Homme, en échange de la préservation des intérêts occidentaux dans la région. Ces intérêts stratégiques se résumaient à la protection de l’accès aux ressources pétrolières, la lutte anti-terroriste et le contrôle des flux migratoires. A cela s’ajoute l’adoption d’une politique modérée à l’égard d’Israël, comme cela a été le cas pour l’Egypte sous Moubarak. En contrepartie, ces régimes bénéficiaient de subventions économiques et financières, à l’image des importantes sommes accordées à l’Egypte par les Etats-Unis. S’y ajoute une gratification politique aux régimes ayant fait preuve d’efficacité dans la lutte contre le terrorisme. «Ce pacte a bien fonctionné sur le court terme», avance Laïdi. Mais «il a été rompu après la chute de ces régimes», ajoute-t-il. Cette rupture n’est cependant «pas brutale ni totale», précise le politologue. La nouvelle tendance vise plutôt une renégociation d’un «pacte qui traduisait une position de faiblesse».
    Les nouveaux régimes, issus de la volonté populaire, se montrent plus sûrs d’eux-mêmes. Ce qui devra conduire à des «rapports plus équilibrés à l’image de relations entreprises par la Turquie avec les puissances mondiales», explique Laïdi. Abdelilah Benkirane, le nouveau chef du gouvernement au Maroc, a déclaré juste après sa nomination que «si les Etats-Unis et l’Europe n’ont rien à craindre du PJD, les relations devraient néanmoins être plus équilibrées». Cette nouvelle tendance est présente dans d’autres pays comme l’Egypte qui «a pris certaines positions diplomatiques qu’elle ne pouvait pas prendre auparavant», fait savoir le politologue.
    Face à cette vague de démocratisation, les puissances occidentales ont fait preuve de pragmatisme. Après «le raté français lors de l’éclatement de la révolution du jasmin, la France s’est impliquée davantage dans le soutien des événements du printemps arabe», affirme Laïdi. L’intervention militaire en Libye, via une alliance franco-britannique, a clôturé l’épisode de Suez qui a poussé la Grande-Bretagne à s’aligner sur les positions des Etats-Unis et la France à s’autonomiser de ce suivisme. Et pour la première fois, les Etats-Unis n’ont pas joué un rôle de premier plan dans une intervention militaire de l’OTAN.
    Ce sont «la France et la Grande-Bretagne qui ont forcé le vote d’une résolution au Conseil de sécurité face à un scepticisme américain», explique Laïdi. Barack Obama s’est montré réticent à une implication américaine dans un nouveau «bourbier arabe». Cette prudence a été amplifiée par le fait que les révolutions arabes ont mis les Etats-Unis en porte-à-faux avec leurs alliés dans la région, notamment l’Egypte et le Bahreïn.
    La mobilisation franco-britannique en faveur des événements du printemps arabe s’est poursuivie avec l’épisode syrien. Les Etats-Unis «ont également apporté un soutien important», souligne Laïdi, qui précise toutefois que «ce dossier semble plus compliqué que l’intervention en Libye qui relevait du miracle». Sur l’affaire syrienne, ce sont d’autres Etats qui s’opposent à l’adoption d’une résolution au Conseil de sécurité. Il s’agit principalement de la Russie, mais également de la Chine, l’Inde ou encore du Brésil, à la recherche d’un nouveau rôle sur l’échiquier international.

    La Chine avant la Palestine

    La gestion de Barack Obama des événements du printemps arabe «était clairvoyante», estime Laïdi. Mais sur la question palestinienne, les Etats-Unis ont baissé les bras. «Non seulement ils n’agissent plus, mais ils empêchent d’autres Etats d’agir», déplore le politologue. Pour les Américains, l’engagement dans le Grand Moyen-Orient doit être mis de côté pour se focaliser sur d’autres priorités, notamment faire face à la Chine, principal challenger de leur puissance.

     

    M. A. M.

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