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Chronique Militaire

Le Moyen-Orient au bord de la déstabilisation
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3667 Le 30/11/2011 | Partager

Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009)

Le monde vit des jours extraordinaires. Partout surgissent tensions et crises. Les riverains du Pacifique redoutent une Chine dont les Etats-Unis se préoccupent. Par une bizarre aberration, les militaires américains ont assailli deux postes pakistanais, suscitant la colère d’Islamabad. Pour redevenir un «supergrand», Moscou veut installer des missiles aux marches de l’Europe pour la punir de tolérer chez elle la mise en place d’un système antimissile sans objet. Le Vieux continent, de surcroît, a mal à sa monnaie. Les négociations en cours, à force d’échouer, pavent la voie à de vieux et fâcheux relents nationalistes. L’Afrique bouge. En Egypte, des anarchistes sont apparus; en Libye, le gouvernement provisoire a laissé trop d’ambitions frustrées sur le bord du chemin pour ne pas susciter de dangereuses rancœurs. Sans compter l’opération kenyane en Somalie, la nébuleuse terroriste qui se répand jusqu’au Nigeria avec le groupe Boko Haram, des élections sanglantes dans l’ex-Zaïre, ce non-Etat, grand comme l’Europe occidentale…
Dans ce tableau troublé, le Moyen- Orient trouve toute sa place. Il est loin d’en avoir fini avec la guerre cinq fois millénaire entre Perses et Arabes, la sempiternelle opposition sunnites-chiites, les rivalités israélo-arabes, la question palestinienne… Les révolutions arabes perdurent; la syrienne, si elle aboutit, compliquera les ambitions de l’Iran. Si elle échoue, l’Iran, devenu une puissance régionale d’importance, sera en mesure de déstabiliser la région.

Une inversion possible des rapports de force

 

L’évacuation de l’Irak par les Américains fournit à l’Iran une occasion d’y affirmer son influence! Toute décision de Bagdad jugée inappropriée à Téhéran se sera aussitôt bloquée. Washington n’y pourra pas grand-chose. Seuls les Kurdes, forts de la présence chez eux de plusieurs compagnies pétrolières US, témoignent encore, sans doute à tort, de leur confiance en l’Oncle Sam pour garantir leur autonomie.
Les troubles de Syrie compliquent tout. Depuis 1971, les alaouites y règnent en maître. Une fois l’islam devenu une force politique, le régime syrien, séculier, socialiste, militarisé, s’est brouillé avec l’Egypte, l’Irak, la Jordanie,… Un seul rempart, l’Iran islamiste! Une alliance contre nature pour Téhéran mais qui avait intérêt à s’allier avec un ennemi de l’Irak, la Syrie, gouvernée par les tenants d’une secte dissidente de l’islam. En cadeau de bienvenue, les ayatollahs ont laissé les Syriens, qui se croient chez eux au Liban, assujettir ce pays qu’ils occupaient depuis 1976. En même temps, l’Iran ordonnait au Hezbollah, son bras armé et politique au Pays du cèdre, d’obéir à Damas.
Cette alliance perdure. Aujourd’hui, les sympathies de l’Irak vont à la Syrie. L’isolement du régime d’Assad n’est pas total. Tant mieux pour lui! Car l’insurrection en cours l’a placé sur la défensive. Ankara, hier proche de Damas, a rompu les amarres. La Ligue arabe a décidé l’exclusion et décrété, dimanche, des sanctions économiques sévères. La victoire des rebelles en Libye a donné des idées à leurs homologues syriens. Au sein de l’armée, les désertions iraient croissant. Une des clés pour abattre le régime serait d’instiller le ferment de la division au sein de ses services. Avec pour résultat probable, au moins dans l’immédiat, une guerre civile, sans doute impitoyable.

Une incertitude totale!

Si Assad survit, l’Iran est vainqueur. Son influence s’étendra de l’Afghanistan à la Méditerranée, sans déployer la moindre troupe. Toutefois, une Syrie qui lui serait redevable permettrait à l’Iran de disposer ses forces très à l’ouest de ses frontières. Cette éventualité serait à elle seule lourde de répercussions, comme la création d’un bloc iranien qui menacerait les Etats arabes. Ceux-ci, confrontés au danger, sont incités à agir. Leur objectif? obtenir la chute du régime syrien. L’insurrection, d’ailleurs, change de dimension. Hier, l’opposition se manifestait surtout hors du territoire. On mesurait mal la nature, les formes, l’ampleur de la révolte, tant le fossé semblait profond entre l’activité réelle des insurgés et l’écho qu’en donnaient leurs partisans à l’étranger. Or, la semaine dernière, «l’Armée syrienne libre» s’est livrée à deux attaques spectaculaires. Les services syriens ont organisé des visites de journalistes étrangers, dont la presse belge a rendu compte, pour les convaincre de l’insécurité causée par des éléments armés. Le régime alaouite cherche à persuader l’opinion mondiale qu’il est victime d’un complot initié à l’étranger. Mais cela démontre peut-être aussi que les harcèlements dont le système est l’objet gagnent en consistance et que leurs auteurs, déserteurs ou non, restent désormais en Syrie pour y combattre l’adversaire.
Cette montée en puissance de la rébellion syrienne intervient au moment où la situation se détériore entre l’Iran d’un côté, les Etats-Unis et Israël de l’autre. Il y a eu les accusations contre l’Iran soupçonné de vouloir faire assassiner l’ambassadeur saoudien à Washington, puis d’avoir dépêché des agents à Bahreïn pour y mener des attaques. La publication du rapport de l’AIEA sur les progrès iraniens en matière nucléaire a été suivie le 19 novembre d’une explosion dans un dépôt de missiles, dont les Israéliens ont vite donné à croire qu’ils pouvaient l’avoir provoquée. Fondées ou non, ces informations indiquent une pression orchestrée en direction de l’Iran.
Reste la partie jouée par Israël, peut-être la plus subtile. Contrairement à l’Arabie et aux autres Etats arabes, l’Etat hébreu ne souhaite pas la chute des alaouites. La Syrie est certes un ennemi, peut-être le principal, mais c’est un ennemi connu, cohérent, qui ne laisse personne se livrer à n’importe quelle provocation. Sur la frontière du Golan, depuis qu’Israël occupe une partie du plateau, les seules explosions entendues sont les mines que font sauter les moutons errant dans les barbelés. Un gouvernement contrôlé par les Frères musulmans, succédant au pouvoir actuel, pourrait se révéler plus imprévisible.
A moins qu’Israël, tout bien pesé, finisse par préférer que règne à Damas un régime sunnite définitivement hostile à ce que l’armée de Téhéran s’installe à la frontière syro-israélienne. Pour n’être pas (encore ?) nucléaire, la menace iranienne n’en est pas moins réelle. L’escalade de la tension a trouvé son origine dans la décision des Etats-Unis d’évacuer l’Irak ; la situation s’est ensuite aggravée en raison des évènements de Syrie. Arme nucléaire ou pas, l’Iran est maître du calendrier. Aux puissances intéressées de deviner où les ayatollahs porteront leurs prochains coups.
Aussi bien, ces pays, Etats-Unis, Arabie saoudite, Israël, Turquie, quelques Européens aussi, n’ont guère d’autre solution que d’aider les insurgés syriens à se débarrasser d’un pouvoir honni. Alors, le nouvel empire perse, en voie de reconstitution, se verrait coupé en deux, ce que toute personne raisonnable ne peut que souhaiter.

«La Syrie, théâtre des rivalités arabo-musulmanes»

«La Ligue arabe va-t-elle réussir à faire plier le régime syrien? Rien n’est moins sûr, lorsqu’on sait que le dernier ultimatum lancé par l’organisation régionale a été ignoré par Bachar El-Assad et que la répression continue. Le président syrien a été surpris par l’offensive des pays arabes à son encontre, estimant que sa légitimité panarabe ne pouvait être remise en question par ses pairs. La Turquie, qui s’est positionnée depuis quelques années comme un acteur majeur dans la région, ne peut que se féliciter de l’attitude de la Ligue: elle lui donne la couverture arabe dont elle a besoin pour étrangler le régime d’Assad et procurer de l’espoir aux manifestants sur place tout en aidant l’opposition à atteindre ses objectifs, à savoir la chute du régime…»
«…Au-delà la question posée est celle des équilibres géopolitiques dans la région, avec une confrontation qui apparaît de plus en plus clairement entre deux axes, l’un sunnite (Riyad, Le Caire, Ankara), l’autre chiite (Téhéran, Damas, Hezbollah). Avec en toile de fond de vives tensions entre Riyad et Téhéran…»
Agnès Levallois, consultante spécialiste du Proche-Orient,
Le Journal du Dimanche,
27 novembre 2011

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