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Chronique

Tunisie: Test grandeur nature pour Ennahda
Par Zakya Daoud

Par L'Economiste | Edition N°:3667 Le 30/11/2011 | Partager

Zakya Daoud est une grande figure du journalisme et plus encore du militantisme au Maroc. Elle a été pendant 22 ans, de 1966 à 1988, la patronne de la revue Lamalif qu’elle avait fondée avec son époux.
Elle a d’ailleurs écrit un livre sur cette époque «Les années Lamalif». Le ton particulier de Zakya Daoud est d’être toujours critique jamais négatif.
Avec d’autres observateurs de la vie politique et sociale, ou seule, elle a écrit de nombreux ouvrages, dont un, très remarqué, sur Abdelkrim et la république du Rif. Un nouveau livre sur les Marocains de l’émigration devrait sortir incessamment
 

Alors que sur la place Attahrir au Caire, les manifestants égyptiens recommencent leur mouvement de protestation contre la mainmise de l’armée, qu’en Libye, après huit mois de guerre civile, le CNT constitue son premier gouvernement de l’ère post-Kadhafi, et que le président du Yémen négocie enfin son départ, ce 22 novembre a été à Tunis «un jour historique»: les 217 députés de la nouvelle Assemblée constituante se sont réunis pour la première fois, récitant une sourate du Coran et chantant l’hymne national, en l’honneur de leurs trois cents martyrs.
Les trois nouveaux dirigeants, Moncef Marzouki, nouveau président de la République, Hamadi Djebali, nouveau chef du gouvernement, et Mustapha Ben Jaffar, nouveau président de l’Assemblée, sont aux commandes, élus sans surprise, en vertu d’un accord conclu entre eux la veille.
Aux portes du parlement, trois cents manifestants expriment leurs craintes et leur volonté de s’affirmer en tant que société civile et de défendre leurs acquis sociaux et juridiques.
On a là un raccourci saisissant de la situation de la Tunisie, après le scrutin du 23 octobre, dont les résultats ont mis du temps à être vraiment connus dans toute leur complexité. Ils ont indéniablement vu l’avènement du parti islamiste Ennahda, arrivé en première position et disposant de la quasi-majorité à la chambre, d’autant que le second en nombre, le CPR de Moncef Marzouki, n’a jamais fait mystère de son rapprochement, depuis fort longtemps, avec Ennhada.
Depuis que ces résultats sont connus, tous les commentaires, surtout en Europe, se focalisent sur la primauté d’Ennahda et sur ses suites possibles. Mais, ce n’est pas, loin de là, le seul enseignement de ce scrutin, dans lequel, il faut le reconnaître, la Tunisie fait l’apprentissage, douloureux, de la démocratie. D’ailleurs, il faut relativiser l’importance numérique de ce vote pro-Ennahda, au vu des chiffres, importants, des abstentions ou non participations, qui, prises en compte, ne leur donnent que le cinquième de l’électorat tunisien. Ce qui n’enlève rien au fait que c’est le seul parti politique qui se soit avéré cohérent, efficace, avec un discours net de rupture, une approche victimaire du passé, présent dans toutes les couches sociales et dans toutes les régions du pays, s’affirmant comme une alternative naturelle, disposant de réseaux solides, d’un véritable ancrage et d’une représentation unitaire, et présentant une critique sous- jacente mais puissante de la laïcité comme étant d’origine étrangère, voire coloniale.
Ce qui est aussi, sinon plus, important, c’est l’éparpillement des voix des démocrates, progressistes et autres modernistes, qui ont cru bon de multiplier les formations politiques (105), et, comme si ce n’était pas suffisant, d’y ajouter un nombre important de listes indépendantes ce qui est un usage incohérent de la démocratie, une méconnaissance, ou une inexpérience, ou une erreur stratégique, au choix. Résultat, au moins un million de voix exprimées se sont perdues puisque se portant sur des listes qui n’ont pas obtenu de députés. Par endroits, cela atteint entre 24 et 49% des voix, ainsi jetées.
Pis encore, les grandes perdantes du scrutin s’avèrent être les femmes tunisiennes, pourtant d’habitude si efficaces, qui se sont majoritairement égarées dans des listes indépendantes. Une exigence de parité avait bien été exprimée, qui garantissait leur présence sur les listes, mais à 93 % les têtes de liste étaient des hommes. Là encore Ennahda a mieux joué que les autres puisque sur les 49 élues de la Constituante, 42 sont de ce parti, dont une des égéries, non voilée, Souad Abderrahim, pharmacienne, qui s’est déjà distinguée par des propos incendiaires contre les mères célibataires et s’érige, sans complexe, en gardienne des bonnes mœurs.
Un rapport signalait déjà en juin dernier, bien avant le scrutin, que l’oppression du précédent régime avait laissé de lourdes traces dans les médias: les femmes n’y sont créditées que de 0,51 % de l’espace. Ce rapport laissait en parallèle déjà prévoir l’échec du pôle moderniste et démocratique.
Une organisation aussi efficiente que l’ATFD (Association tunisienne des femmes démocrates) fait ainsi l’objet d’un véritable black-out dans les médias tunisiens, black-out qui ne peut permettre cependant de faire l’impasse sur une accumulation incroyable de maladresses de la part des féministes et des modernistes. D’autant plus que le discours d’Ennahda au plan de ses visées futures sur le sort des femmes et de la famille a toujours été modéré, ce qui n’exclut pas des visées réelles différentes comme le montre actuellement le déplacement qualifié de «sémantique» entre l’adoption (inscrite dans le code de la famille et la kafala coranique) ni des actions parallèles violentes dont on ne peut encore savoir si elles sont délibérées et concertées, mais qui, depuis plusieurs mois justifient quantités de manifestations et de craintes.
Des cafés ont été attaqués, des incidents ont eu lieu sur des plages, des troubles ont éclaté pour des questions vestimentaires dans des facultés et écoles, des avocats ont été battus dans un tribunal, un commissariat attaqué, un cinéma également, en juin, pour un film documentaire. Et, une semaine avant le scrutin, de violents incidents ont eu lieu autour d’une chaîne de télévision, à propos de la projection du film iranien Persépolis et les polémiques n’ont pas manqué.
D’une manière générale, le printemps arabe s’est déplacé du terrain purement politique sur le terrain politico-culturel. Le désir de changement se mue en une profonde revendication identitaire, une volonté de retour aux sources. Un lent processus de maturation s’amorce dans un certains chaos avant les possibles et espérées constructions et reconstructions institutionnelles.

Une prime à la radicalité et à l’ancienneté

La revendication de changement de la jeunesse tunisienne a abouti à donner le pouvoir à trois sexagénaires, voire septuagénaires: Moncef Marzouki, nouveau chef de l’Etat (66 ans), Mustapha Ben Jaâfar, leader de Attakatol, nouveau président de l’Assemblée constituante, 71 ans, Hamadi Djebali, numéro deux d’Ennahda, nouveau chef du gouvernement, 62 ans. Ce sont désormais les trois dirigeants majeurs de la transition tunisienne d’un an, période fixée pour rédiger la nouvelle Constitution. Ces trois personnages sont aussi et surtout des opposants majeurs durant les 25 années de la présidence Ben Ali. Psychiatre, Moncef Marzouki a été sévèrement réprimé et a dû, en désespoir de cause, se résoudre à l’exil. Mustapha Ben Jaffar qui a pu rester dans son pays a été constamment inquiété et maltraité. Quant à Hamadi Djebali il a fait quinze années de prison dans les geôles de Ben Ali avec 30.000 autres prisonniers d’Ennahda. Les Tunisiens ont donc élu des martyrs et des résistants, comme pour mieux tourner la page de la période Ben Ali.

 

Les leçons d’un scrutin
L’élection des 217 membres de la constituante s’est déroulée à la proportionnelle au plus fort reste, sur la base d’un député pour 60.000 personnes et de députés supplémentaires pour chaque tranche de 30.000 personnes, avec un maximum de 10 sièges par circonscription. 105 partis étaient en liste, sans compter les nombreuses listes indépendantes. On a assisté à un éparpillement incroyable des listes et donc des votes: 95 listes pour 8 sièges à Ariana, près de Tunis, 26 listes pour 5 sièges à Kébili, etc. Au total, on a pu dénombrer 830 listes de partis, 655 listes indépendantes, 34 listes de coalition et plus de 10.000 candidats. A l’issue d’une campagne relativement confuse, les résultats officiels sont les suivants: 3.702.627 votants pour un corps électoral estimé à 7.570.000 personnes, avec donc un taux de participation entre 56 et 60%, loin des 90% imprudemment annoncés. Sur ce total, Ennahda a récolté 1.501.418 voix, 41,47%, et 90 sièges. Les autres partis en lice se partagent 834.114 voix. Un million de voix ont été perdues, se portant sur des listes partisanes ou indépendantes qui n’ont pas pu avoir de députés.
Le Congrès pour la République, CPR, de Moncef Marzouki, en deuxième position, a recueilli 13,82 % des voix et 30 sièges. Un parti surgi du néant, la Pétition populaire, dirigé par Hechmi Hamdi, propriétaire d’une télévision siégeant à Londres, présenté tantôt comme proche de l’ancien régime de Ben Ali ou d’Ennahda, vient en troisième position avec 26 sièges, certains de ceux-ci ayant été invalidés, il lui en reste 19, ce qui a provoqué des émeutes à Sidi Bouzid. Le parti de centre gauche Attakatol, dirigé par Ben Jaâfar, a obtenu 21 sièges et 9,68% des voix.

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