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Chronique d’Hier et d’Aujourd’hui

L’Année de Kerroum El-Hajj, roi de Marrakech
Par Mouna Hachim

Par L'Economiste | Edition N°:3619 Le 20/09/2011 | Partager

Mouna Hachim est titulaire d’un DEA en littérature comparée. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication et de la presse écrite. Passionnée d’histoire, elle a publié en 2004 «Les Enfants de la Chaouia», un roman historique et social, suivi en 2007 d’un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc»

Il est jugé plus conventionnel de ne mettre le zoom que sur les événements glorieux et figures historiques «politiquement correctes». Pourtant, que d’éclairages avec d’autres pages, d’autres protagonistes et d’autres regards!
Au fil des lectures, mon chemin rencontre souvent des situations et des personnages singuliers passés à la trappe dans les manuels scolaires et qu’il me plaît de découvrir d’autant qu’ils sont exposés librement dans les livres d’histoire. Parmi tant d’épisodes: le règne de Kerroum El-Hajj durant dix années à Marrakech, et bien au-delà de cet événement précaire; tout le contexte social et politique marqué depuis quelques décennies par les luttes intestines entre les derniers princes saâdiens, la dislocation de l’empire, le poids des confréries dont certaines érigées en chefferies provinciales, le jeu des alliances tribales…
Nous sommes donc à la fin du règne des Saâdiens. Il est loin le temps de leur proclamation dans le Drâa comme chefs de guerre avec la bénédiction des mystiques et le soutien du mouvement Jazoulite, chantres de la guerre sainte contre l’occupation chrétienne.
Elle est loin la splendeur d’un Ahmed, dit El-Mansour (Le Victorieux) depuis la Bataille des Trois Rois, surnommé également Dahbi (l’Aurique) depuis son expédition contre l'empire du Songhaï qui lui permit d'enrichir sa capitale avec l'or de Blad Soudane.
Lorsqu’il trouve la mort en 1603, terrassé par une épidémie de peste, il laisse trois fils en conflit pour le pouvoir: l’aîné, Mohamed Cheikh El-Mamoun, lieutenant de son père à Fès et dans le Gharb; Abou Faris Abd-Allah, Khalifat de Marrakech et de ses provinces et Moulay Zidane, désigné par son père à Tadla.
Ce dernier, plus populaire est proclamé à Fès devant l’ire de Cheikh El-Mamoun dont les troupes sont vaincues près du Bouregreg. Prenant la fuite vers Larache, il embarque de là vers l’Espagne où il fut invité par Philippe III à établir sa résidence à Carmona. Une hospitalité intéressée évidemment puisqu’elle est accompagnée d’intenses négociations au terme desquelles El-Mamoun concéda à offrir Larache aux Espagnols en contrepartie de leur aide contre son frère.
Face à ce scandale, l’impopularité d’El-Mamoun ayant atteint son paroxysme, il est assassiné des mains du rebelle Mohamed Bou-Lif en 1613, probablement à l’instigation d’Ibn Abi-Mahalli. Celui-ci était un théologien et mystique de renom, originaire de Sijilmassa où sa famille est fondatrice d’une zaouïa. Il s’imposa d’abord comme prédicateur puritain, dénonçant les corruptions de son temps, avant de se déclarer Mehdi, haranguant les foules en vue de la guerre sainte à la suite de la cession de Larache, ainsi que l’occupation chrétienne des villes de Tanger, Sebta et Oran. Drainant un grand nombre de disciples, il se fit maître de Sijilmassa puis du Drâa en 1610, avant d’assiéger et de conquérir Marrakech.
Abandonnant la capitale, Moulay Zidane fit alors appel à une autre autorité religieuse. Il s’agit du théologien Yahya ben Abd-Allah El-Hahî Daoudi Naïmi dont la zaouïa familiale rayonne depuis son berceau à Ida Ou-Zdagh dans le Souss.
Ancien condisciple d’Ibn Abî Mahalli à Fès qu’il désavoua plus tard, il apporta son soutien au sultan saâdien dont l’historiographe El-Ifrani rapporte la missive, révélant l’étendue de son prestige.
Une autre correspondance (délicieuse sur le plan stylistique) s’était tenue avant la bataille entre les deux chefs de zaouïas où Yahya El-Hahi évoquait ses troupes Chbanate et leurs apparentés Oulad Jerrar; ainsi que ses troupes des Hachtouka jusqu’à Akensous. Rendez-vous est donné à Gueliz où Ibn Abi-Mahalli périt malchanceusement dès le début de la bataille le 30 novembre 1613. Malgré sa décapitation et l’exposition de sa tête sur les remparts de Marrakech, il reste longtemps assimilé par les milieux populaires au Mehdi Caché.
Dans ce contexte, on comprend que le pays entier est en proie aux dissensions, divisé peu à peu en plusieurs mouvances et principautés: Bouhassoun Semlali au Tazeroulat, la zaouïa de Dila au Moyen-Atlas, le mouvement d’El-Ayyachi depuis Salé, Lakhdar Ghaylan dans le Gharb, la république indépendante du Bouregreg, Aboubakr Chbani El-Hrizi à Marrakech…
Mais revenons d’abord à Moulay Zidane dont la mort le 17 septembre 1627 amène sur le trône son fils Abd-el-Malik que les annales historiques décrivent clairement comme baignant dans la débauche.
Quatre ans plus tard, il est assassiné par deux renégats de son armée et laisse le pouvoir à son frère El-Walid, réputé pour sa cruauté envers ses proches, assassiné à son tour en 1636. Son frère Mohammad Cheikh alors emprisonné, se retrouve à régner sans gloire jusqu’en 1655. Quand arrive au pouvoir son propre fils Ahmed El-Abbas, il est totalement sous tutelle de ses oncles maternels de la tribu des Chbanate.
Cette tribu d’origine saharienne montée dans le Souss au milieu du XIIIe siècle avait compté parmi les premiers adeptes des Mérinides, puis des Saâdiens dont elle constitua une partie de l’armée victorieuse des Portugais sur les côtes du Souss, avant de s’établir dans le Haouz de Marrakech en tant que Guich Ahl Sous qui fournissait des contingents militaires en contrepartie d’avantages fonciers et fiscaux.
Certains sultans saâdiens ayant contracté des unions matrimoniales avec des filles Chbanate, les oncles maternels du dernier sultan saâdien n’hésitèrent pas à l’assassiner, mettant fin à la dynastie saâdiennne de la branche de Al Zidane. Les Chbanate prennent alors le pouvoir à Marrakech en la personne de leur chef, Abd-el-Krim ben Abi Bakr Chbani El-Hrizi, plus connu sous le nom de Kerroum El-Hajj.
Dans son «Kitab al-Istiqça», l’historien Ahmed ben Khalid Naciri rapporte son intronisation à Marrakech en 1069 (1658) et sa bonne réputation. Une année qui coïncida avec une grande famine et qui marqua la mémoire populaire sous le nom de l’année de Kerroum El-Hajj.
De ses dix ans de règne sur Marrakech et le Haouz, les témoignages sont avares mais penchent vers un gouvernement sage. A sa mort dix ans plus tard, lui succédera son fils Aboubakr Chbani, proclamé roi de Marrakech où il régna exactement quarante jours, jusqu’à son éviction par Moulay Rachid, sultan de la nouvelle dynastie naissante.
On peut suivre les pérégrinations et expéditions de celui-ci, dans le Gharb pour en chasser Lakhdar Ghaylane, Fès où il reçoit la Bei’a, Béni Zeroual où il nomme ses cousins Mhamdiyin, Tétouan alors sous le règne des princes Naqsis, la zaouïa de Dila au Moyen-Atlas puis Marrakech en 1669 où les Chbanate sont vaincus et leur chef exécuté…
Ainsi en est-il de la fin du règne éphémère des Chbanate dont conclurait ainsi le récit, le pieux érudit: Gloire à Dieu Seul qui a l’éternité.

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