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ALE: Pourquoi ils ne profitent pas tous au Maroc

Par L'Economiste | Edition N°:3608 Le 05/09/2011 | Partager
Un gros malade, la balance commerciale
Textile, agroalimentaire, automobile… les secteurs-clés

La France et l’Espagne constituent les principaux partenaires commerciaux du Maroc. La France se place au premier rang avec 43 milliards de DH de transactions commerciales du Maroc avec l’étranger

LE Maroc est en libre-échange avec 55 pays (dont les 27 nations de l’Union européenne). Bien que cela ne soit pas un critère, le Royaume fait mieux que la Chine, la Turquie ou le Mexique qui commercent avec respectivement 20, 42 et 44 pays. Le Maroc est actuellement lié par quatre accords de libre-échange: l’accord avec l’Union européenne, celui avec les Etats-Unis, un autre avec la Turquie et un dernier avec les pays arabes (Accord d’Agadir). A ces accords de libre-échange (ALE) doivent s’ajouter deux accords préférentiels concernant l’association européenne de libre-échange et la grande zone de libre-échange de la Ligue arabe. Qui dit ALE, dit accords purement économiques. C’est le cas de tous ceux signés par le Maroc, à l’exception de l’accord Maroc-Union Européenne qui prévoit un volet politique. Ce sont aussi des accords asymétriques qui lient le Maroc à des économies plus développées (Union européenne, Etats-Unis, Turquie). Potentiellement, les avantages concédés par le Maroc sont en deçà de ceux qu’il reçoit de ces pays, vu la différence des niveaux de développement. Ce sont enfin des accords graduels et progressifs, dans la mesure où ils statuent sur chaque catégorie de biens ou de services, et qu’ils prévoient des périodes de transition à partir de leur date de mise en vigueur (exception faite de l’accord d’Agadir).
C’est indéniable, ces Accords ont participé, dans des proportions variables, à renforcer le tissu économique du pays et à améliorer la compétitivité de certains secteurs. En outre, les craintes liées à l’érosion des recettes fiscales à la frontière, du fait de la baisse drastique des droits de douane à l’importation, se sont rapidement dissipées: les recettes perçues par l’administration des douanes ont enregistré un record en 2010 (73 milliards de DH, soit un différentiel de près de 7,6 milliards de dirhams par rapport à 2009). Pourtant, tout n’est pas reluisant en ce qui concerne ces accords, et de nombreuses problématiques entachent toujours leur mise en application. Retour sur les caractéristiques et les enjeux des principaux accords.

Maroc-Union européenne: L’heure de vérité en mars 2012
L’accord d’association avec l’Europe est le plus important de par l’importance des échanges et la multiplication des partenaires. En 2010, 65% des exportations marocaines étaient orientées vers l’Europe et 60% des importations provenaient du Vieux continent. L’Union européenne est également le premier investisseur au Maroc et le premier pourvoyeur de touristes.
A travers cet accord, le Maroc dispose d’une entrée sur les marchés de 27 Etats européens, correspondant à un marché de 500 millions de consommateurs. Entré en vigueur en mars 2000, l’accord Maroc-UE prévoit l’instauration d’une zone de libre-échange (ZLE) pour les produits industriels européens et une suppression totale des droits d’importation à partir de mars 2012, soit dans moins de 6 mois. Les produits agricoles, plus sensibles pour les deux parties, ont fait l’objet d’accords particuliers prévoyant une libéralisation graduelle des échanges. Ainsi, l’exportation des fruits et légumes marocains sur le marché européen est soumise à des restrictions strictes via «des contingents tarifaires, le respect d’un prix minimum d’entrée, l’imposition d’un calendrier des exportations et des quotas, qui continuent à limiter nos exportations vers l’Europe», affirme Ahmed Mouhmouh, vice-président de l’Association des exportateurs des fruits et légumes. Dans l’autre sens, le Maroc a également consenti des contingents tarifaires, notamment pour les céréales.
L’accord avec l’UE met en place un accès préférentiel basé sur des règles d’origine prévoyant la possibilité du cumul de l’origine. Autrement dit, le Maroc peut importer de la matière première de chez certains pays partenaires et exporter vers l’Europe après transformation sur le territoire national. Un avantage compétitif censé profiter en premier lieu à l’industrie textile. Pourtant, celle-ci doit faire face à une concurrence très rude sur le marché européen. «En effet, l’Union européenne a concédé des avantages plus importants que ceux qu’elle a accordés au Maroc à de grands compétiteurs étrangers malgré un statut moins important que le nôtre», explique Mohammed Tazi, directeur général de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith). Résultats: le secteur se trouve en face de géants du textile comme le Bangladesh et l’Inde qui bénéficient de concessions plus importantes en matière de règles d’origine.
Dans nos échanges avec l’Union européenne, les importations sont constituées principalement de produits finis d’équipement industriel (notamment machines industrielles et voitures de tourisme: 40 milliards de DH en 2010), d’énergie et lubrifiants (gas-oil et fuel, gaz de pétrole et autres hydrocarbures pour une valeur de 17 milliards de DH). Quant aux exportations, elles sont principalement composées de produits finis d’équipement industriel de consommation et de demi-produits (environ 64 milliards de DH en 2010), c’est-à-dire de vêtements, d’articles de bonneterie, de fils et de câbles pour l’électricité. Selon les derniers chiffres des échanges extérieurs, le total des échanges réalisés avec l’Europe sur la période janvier-juin 2011 se chiffre à 156 milliards de DH. Le Maroc a importé l’équivalent de 101 milliards de DH et exporté environ 55 milliards.

Maroc-USA: Accord à sens unique
L’ALE Maroc Etats-Unis constitue l’exemple de l’accord asymétrique par excellence. Dès sa négociation, cet accord a suscité de nombreuses polémiques. Entre autres, sur les règles de propriété intellectuelle sur les médicaments. Entré en vigueur en janvier 2006, l’ALE Maroc Etats-Unis accorde aux Américains la possibilité d’exporter vers le Maroc, et ce, dès la première année de mise en vigueur de l’accord, du blé tendre dans le cadre d’un contingent préférentiel qui atteindra 1 million de tonnes indexées sur le niveau de la production marocaine après une période de 10 ans. Des avantages ont été également accordés par le Maroc à certains produits agricoles (légumineuse, viande rouge, poulet, fruits), mais dans le cadre de contingents et avec un démantèlement douanier étalé sur 10 ans selon la nature du produit.
Pour le Maroc, l’accord prévoyait dès sa mise en vigueur une exonération quasi totale (99%) sur les produits nationaux, ouvrant ainsi de réelles opportunités pour le textile, l’agro-industrie et les produits de pêche. C’est ainsi que pour les textiles 100% marocains ou utilisant une matière première en provenance des Etats-Unis, le taux des droits de douane est nul. En outre, pour les textiles marocains utilisant des intrants étrangers autres que les Etats-Unis, il est prévu un quota de 30 millions de m2 par an et pour une durée de 10 ans. «Malheureusement, cet avantage demeure sous-exploité et nous ne profitons aujourd’hui que de 15% du total de cette dérogation», déplore le directeur général de l’Amith. Au-delà du developpement de ses exportations, ce qu’attend le plus le Maroc de cet accord, c’est la promotion des investissements américains. Du fait de la signature par le Maroc de plusieurs ALE, les investisseurs américains installés au pays pourront exporter en franchise de droits de douane leurs produits sur les pays arabes, la Turquie et l’Union européenne.
Bien évidemment, le texte est une chose, la pratique en est une autre. En matière d’exportations agricoles, le Maroc se trouve en face de grands concurrents, surtout en Amérique latine. Et pour cause, le pays ne dispose ni de la proximité géographique du Mexique ni de la contre-saisonnalité du Chili pour ce qui est des matières premières. Sur ce plan, la tomate ou la fraise marocaine ne peuvent concurrencer les produits mexicains, chiliens ou argentins. «Nous sommes loin de pouvoir nous imposer aux Etats-Unis face à une concurrence mexicaine bénéficiant d’un coût de revient, d’une distance d’expédition des plus favorables et profitant des techniques les plus avancées», explique Mouhmouh.
Même constat du côté des exportations industrielles: le Maroc ne dispose pas d’avantages comparatifs suffisants pour pouvoir prétendre à concurrencer les zones de proximité des Etats-Unis (notamment l’Alena). De surcroît, les restrictions sécuritaires si chères aux Américains (notamment la réglementation US sur la sécurité sanitaire des aliments) et la longueur de la distance d’expédition (parfois 18 jours) limitent très considérablement les exportations marocaines. Traduction en chiffres: à fin juin 2010, les importations provenant des Etats-Unis atteignaient un pic de 15 milliards de DH, tandis que les exportations peinaient à effleurer les 4 milliards. Les principales importations sont le gas-oil, les huiles végétales et le blé. Quant aux exportations, elles concernent en premier lieu les phosphates, les engrais naturels et chimiques et les composantes électroniques.

Maroc-Turquie: Prudence malgré les concessions
Troisième accord par ordre d’importance des échanges. L’accord Maroc-Turquie est aussi l’un des accords les plus controversés. Longtemps mis au tiroir en raison des craintes suscitées par l’industrie turque en pleine expansion, l’accord a fini par être adopté en janvier 2006. Il prévoit la mise en place d’une ZLE industrielle en 2017.
L’accord fait une distinction nette entre les produits industriels et les produits agricoles. Pour les produits industriels, de réels avantages ont été accordés aux Marocains. Ceux-ci auront accès au marché turc en exonération totale des droits de douane, et ce, dès la mise en vigueur de l’accord. Par contre, certains produits industriels turcs, et compte tenu du developpement supérieur de l’industrie dans ce pays, devront attendre quelques années. C’est ainsi qu’il a été établi 3 listes pour les produits turcs dans les clauses de l’accord. Une première liste avec démantèlement sur 10 ans à raison de 10% par an pour les produits textiles, les machines et appareils divers, les bois et ouvrages en bois. Une seconde liste avec démantèlement également sur 10 ans, mais selon le barème suivant: 3% pour les 3 premières années et 15% pour les années suivantes. En somme, l’accord avec la Turquie vise la promotion des investissements turcs au Maroc. En effet, l’avantage ici est que les unités de production turques installées au Maroc pourront exporter sur les pays arabes et les Etats-Unis, également liés avec le Maroc par les accords de libre-échange. Sur le terrain, nous avons pu constater la présence de plus en plus marquée des entreprises turques, notamment au niveau des chantiers d’infrastructures (tramway, autoroutes…) et des chaînes de distribution (BIM). L’autre avantage concerne les textiles marocains qui vont bénéficier du commerce diagonal: «L’accord permet de profiter d’un cumul d’origine très avantageux qui permet d’exporter en franchise des droits de douane sur l’Union européenne en utilisant de la matière première d’origine turque», explique Tazi.
En attendant, les exportations marocaines vers la Turquie demeurent encore très insuffisantes. Si la somme des transactions avec les Turcs atteint les 6 milliards de DH, il faut savoir que le Maroc n’exporte en moyenne que 2 milliards de DH par an et qu’il importe l’équivalent de 4 milliards. Selon toute vraisemblance, la situation ne devrait pas s’améliorer de sitôt. Avec le démantèlement douanier qui arrivera à échéance en 2017, les produits turcs, notamment le textile et l’alimentaire, commencent déjà à concurrencer sérieusement la production locale.

Ayoub NAÏM

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