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Tribune

Les Etats-Unis sont nés de dettes impayées!
Par le Pr. Mark ROE

Par L'Economiste | Edition N°:3605 Le 29/08/2011 | Partager

Le Pr. Mark Roe (qu’il ne faut pas confondre avec le golfeur Mark Adrian Roe) enseigne le droit économique à Harvard, où il est titulaire de la chaire David Berg. Il travaille spécialement sur les liens entre le monde politique et ses connexions dans les affaires. Son dernier livre, non traduit, porte sur les recompositions des entreprises et de leur secteur, après les faillites. Il est membre de l’Académie américaine des arts et des sciences (Ph. Les Echos)

L’Occident n’arrive pas à se dépêtrer de la crise de la dette. L’Europe et l’Amérique pourraient tirer profit d’un épisode oublié de l’Histoire américaine. Dans le brouillard de vénération patriotique des pères fondateurs de l’Amérique, on oublie qu’ils ont créé un pays neuf pendant une épouvantable crise de la dette, et en grande partie à cause d’elle. Espérons que nous réussirons nous aussi à transformer les crises d’aujourd’hui en un moment de créativité politique.
Après avoir arraché leur indépendance à la Grande-Bretagne en 1783, les Etats américains ont refusé de rembourser leurs dettes de la guerre d’indépendance. Certains ne le pouvaient pas, d’autres refusaient tout bonnement. Le pays fonctionnait alors comme une vague confédération qui, à l’image de l’Union européenne aujourd’hui, manquait d’une autorité fiscale ainsi que d’une autorité suffisamment centralisée. Il ne pouvait résoudre ses problèmes financiers, essentiellement des défauts récurrents, ce qui a finalement catalysé la Convention de Philadelphie, un événement fondateur des USA.
Ce fut alors, en 1790-1791, qu’Alexander Hamilton, le premier secrétaire au Trésor américain, a résolu la crise dans ce qui est l’un des succès historiques de la construction d’une nation. Il a réussi à utiliser le naufrage financier des années 1780 pour lancer le pays sur la voie de la prospérité et de la cohérence politique dans les années 1790.
Une fois la Constitution ratifiée en 1789, Washington est devenu président et a nommé Hamilton, ancien soldat et alors âgé d’une trentaine d’années, à la tête du Trésor. Ce dernier n’était guère versé en matière de finance. Il avait été chef d’état-major de Washington durant la guerre d’indépendance et il apprenait rapidement: quand il lui a fallu connaître les tactiques du champ de bataille, il s’est plongé dans des manuels militaires; quand l’heure est venue pour lui de devenir un responsable politique apte à traiter des questions financières, il s’est plongé dans des manuels de finance.
Il lui fallait l’approbation du Congrès pour que le gouvernement fédéral prenne en charge la dette des différents Etats. Or son feu vert semblait initialement difficile à obtenir. Certains Etats comme la Virginie avaient déjà remboursé une grande partie de leur dette et d’autres constataient que leur dette était devenue l’objet d’un jeu financier pour les spéculateurs de New York. Aussi, beaucoup d’Etats craignaient que si l’Etat fédéral prenait en charge leur dette, leurs impôts ne tombent dans les poches des spéculateurs nordistes ou ne servent à alléger la dette de gros emprunteurs comme le Massachusetts.
La Virginie et quelques autres Etats sudistes, dont la dette était faible ou qui l’avaient déjà remboursée, ont voté contre le premier projet de loi d’Hamilton destiné à faire prendre en charge la dette des Etats par le gouvernement fédéral et ils l’ont bloqué. On s’attendait à ce qu’ils se montrent intransigeants – ce qui aurait pu signifier la mort de la jeune nation.
Jefferson et Madison, les dirigeants sudistes, s’opposaient au plan d’Hamilton. Madison devait jouer un rôle clé pour le bloquer au Congrès. Mais les trois hommes se sont alors réunis au cours d’un repas et ont trouvé un accord. Jefferson et Madison ne voulaient pas que la capitale fédérale soit dans le nord et Hamilton a accepté à contrecœur de l’installer sur un terrain qui serait cédé par la Virginie ou le Maryland. Jefferson et Madison se sont engagés de leur côté à réunir les votes nécessaires pour approuver la prise en charge des dettes des différents Etats par le gouvernement fédéral.
Ce grand compromis a permis l’émergence d’un Etat responsable sur le plan budgétaire. Malgré son énorme coût (plus de la moitié des dépenses du nouveau gouvernement dans les premières années a été consacrée au service de la dette), l’économie a réussi à s’extraire de la dépression des années 1780 et à entamer une période de croissance faste. La tâche d’Hamilton a été à la fois plus facile et plus difficile que celle des financiers d’aujourd’hui. Elle était plus facile parce qu’il n’avait pas véritablement de choix: pas de taux d’imposition à ajuster ou de restructuration envisageable. Mais elle était plus difficile parce qu’il n’y avait guère de raison de faire confiance aux USA qui étaient alors une entité inconnue qui n’apparaissait pas encore comme une nation.
Maintenant, la situation est à l’inverse de celle des années 1780 et 1790. Il est difficile aujourd’hui pour l’Amérique de s’imaginer en faillite (et jusqu’à il y a peu il en était de même pour le reste du monde) parce que depuis les années 1790 il n’y avait plus de motif sérieux de l’envisager.
Les Américains savent aujourd’hui ce qu’il faut faire: restructurer la dette et augmenter les impôts. Les Européens eux aussi savent qu’il leur faut rechercher un nouvel équilibre. Mais, en attendant que l’Europe et les USA trouvent les dirigeants qui aient l’autorité et la volonté nécessaires pour parvenir à une version moderne de l’accord auquel sont parvenus Hamilton, Jefferson et Madison il y a 200 ans, la crise de la dette continuera à affaiblir leurs fondations.

Le terrible désordre des dettes

POUR comprendre le succès d’Hamilton – et pour en tirer la leçon, il faut avoir une idée de l’étendue de la crise de la dette issue de la guerre d’indépendance. Certains Etats n’avaient pas les moyens de rembourser, tandis que d’autres le voulaient bien, mais se refusaient à lever des impôts pour cela. Certains Etats comme le Massachusetts ont bien tenté de créer une taxe, mais les citoyens refusèrent de la payer. Les percepteurs ont été attaqués. Des paysans endettés ont bloqué physiquement l’organisation du prélèvement fiscal, ce fut notamment le cas avec la révolte de Shay dans le Massachusetts. Même le remboursement de dettes sur injonction des tribunaux ne fonctionnait pas. James Madison, l’un des principaux artisans de la Constitution des USA, ne pouvait emprunter pour acheter des terres en Virginie parce que les prêteurs craignaient que les tribunaux de cet Etat soient incapables d’imposer le remboursement. George Washington se plaignait de ce que l’Amérique n’était pas un «pays respectable». Il trouvait la révolte de Shay si préoccupante que bien que s’étant éloigné une première fois de la vie politique, il est revenu présider la Convention de 1787. Aujourd’hui, la Constitution des USA est surtout connue pour la répartition des pouvoirs entre le président et le Congrès et la garantie des libertés individuelles prévues par ses dix premiers amendements. Mais à cette époque, sa fonction principale était de garantir un mécanisme de remboursement des dettes par le gouvernement. Elle allait instituer un nouveau gouvernement national qui pourrait frapper une monnaie stable, emprunter et rembourser les dettes, dont celles datant de la guerre d’indépendance de certains Etats.

L’argent et l’indépendance

CE n’est pas un hasard si ce sont deux militaires, Washington et Hamilton, qui ont joué un rôle clé pour faire des USA une «nation respectable», financièrement parlant. Ils pensaient que seule une politique budgétaire saine permettrait aux USA d’acquérir la capacité militaire voulue pour se défendre contre les puissances européennes qui risquaient selon eux de revenir sur le sol américain. Mais il ne leur a pas été facile d’obtenir les dollars nécessaires au remboursement de la dette. Il n’était pas question d’une restructuration ou de fonds gouvernementaux dans lesquels puiser. Hamilton savait qu’un impôt mal conçu affaiblirait une économie fragilisée. Aussi il a voulu taxer les importations et les biens non essentiels comme le whisky.

 

Copyright: Project Syndicate, 2011.
Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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