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    Société

    Soirées ramadanesques: Batailles enragées autour du «touti»

    Par L'Economiste | Edition N°:3600 Le 22/08/2011 | Partager
    Un des jeux de cartes les plus prisés
    Une tradition fassie atavique
    La triche, une pratique courante

    «J’achète pour 80 d’or», «et moi pour 120»! Une vente à la criée? Non, ce sont des enchères orales qui annoncent le début du touti ou tijjari - noms communément donné à la belote fassie-, en référence au principe d’achat et de vente qui caractérise ce jeu de cartes.
    Le touti (à l’origine tute) aurait vraisemblablement été introduit au Maroc par les Maures fuyant la Reconquista en Espagne. Généralement transmis de génération en génération, ce jeu passionne un public de tout âge, hommes et femmes. C’est même devenu une tradition chez les familles fassies le vendredi après-midi, jour de repos des artisans de l’ancienne médina, durant les « nezaha» (pique-niques) et surtout les veillées de ramadan. Ainsi, une fois le ftour achevé, convives et maitres de maisons se pressent autour d’une table aménagée spécialement pour les parties de touti. Des cartes, un carnet et un stylo… et un plateau avec théière et du café et le jeu peut commencer. A peine installés, des éclats de voix se font entendre, la problématique de composition des équipes déclenche un débat des plus animés. Une fois cette question réglée, le joueur assis à la droite du distributeur de cartes démarre le jeu. A deux, à trois ou à quatre, le touti se joue des différentes manières. Jouer à quatre implique l’union de deux joueurs «amis» qui reçoivent dix cartes chacun et jouent tous les deux pour le même compte contre l’équipe adverse. «Dans ce cas, le jeu est soumis au « Tanbar», qui implique que chaque joueur fait des remarques sur la partie», nous explique Abderahim Idrissi, enseignant. Par ailleurs, quand la compétition rassemble trois joueurs participant chacun pour son propre compte, elle est appelé «Solo». Une pratique courante dans les cafés où les paris sont faits autour d’une consommation à la fin de la partie. Dans ce genre de jeu, la pratique est que deux joueurs défient le troisième qui a gagné les enchères. De façon générale, les paris se font sur la base d’un jeu à 600 ou 1.000 points.
    Le jeu est composé de 40 cartes, énumérés de 1 à 12 (pas de numéro 9 et 8) et formé de quatre séries de dix cartes chacune appelées communément «Dheb», coupes «Gabass», épées «Sbada» et bâtons «Khal». «Au touti, chaque carte a une valeur, exception faite des numéros 2, 4, 5,6 et 7. Pourtant, chacune d’entre elles compte différemment», précise Khadija Berrada, cadre à Casablanca et férue de touti. Deux points pour le valet (sota), trois pour le cavalier (caballo), le roi (rey) a 4 points, le trois (trees) a 10 points et l’as a 11 points. D’ailleurs, dans la plupart des cas, tout semblant d’intégrité s’évapore, seul le gain de la manche compte. Interprétations et surenchères, codes, triche …tout est bon pour y arriver. Tout d’abord, il y a la mise et le choix d’une couleur comme atout appelé aussi «Tronfo», ce dernier est à récupérer en fin de partie. Le but final est que -la paire qui a gagné les enchères- obtient le nombre de points qu’elle a enchéri au début de la partie.
    Regards en coins, évaluation de l’adversaire et chuchotements, les joueurs étudient leurs « mains ». Le plus dur est de rester stoïque face à une mauvaise combinaison. Chaque joueur, à tour de rôle, lance une carte et la plus importante de la couleur demandée remporte le tour.
    Bientôt, la table de jeu devient un champ de bataille, seul des «ghenni» ou «fayyer» se font entendre. «Lghna» (chant en français), est un principe selon lequel si un joueur possède un cavalier et un roi d’une même couleur, il remporte un bonus de 20 points. Si ces cartes sont de la couleur atout, l’équipe double ces 20 points. Lorsque le joueur ne compte pas miser, il peut dire «bass» (je passe). La condition est toutefois de miser plus que 70 points et de remporter la manche. Le jeu se fait par «Laala» qui veut dire que chaque carte lancée doit être supérieure à la précédente. Toutefois, quand un joueur manque de carte à jouer, il peut «fayyer» et utiliser une carte de la couleur de l’atout, choisie en début de partie à la place d’une autre carte et bénéficier de ce fait d’un avantage comme celui du joker. Sinon, dans le cas où il ne détient pas la carte gagnante, il peut lancer n’importe quelle carte. La pratique est dite «mitèr».
    Au touti, tous les coups sont permis. La triche aussi. Ainsi, dans le but d’influencer son partenaire pour le pousser à jouer telle ou telle carte, en cas de jeu d’ «amis», les joueurs recourent à instaurer des signes entre eux pour se faire comprendre sans pour autant attirer l’attention de l’adversaire.
    Quand un équipier veut que son partenaire lance une carte de couleur «or», il montre ses dents. Quand c’est le cas des «coupes», il gonfle sa joue. Les « épées » se montrent en tirant la langue, quant aux « bâtons», il faudra souciller.
    Pour montrer que l’on a la carte gagnante «As», il suffit de poser la carte en position verticale. Contrairement à la position diagonale qui signifie le contraire. «Aussi, pour dire indiscrètement que l’on a un compte, le compétiteur tient en face de son visage ses cartes…», souligne Mehdi Iraki, auditeur senior à Casablanca.
    «Quand une paire de joueurs perd son tour, après une série de gain, l’équipe adverse jubile en prononçant la phrase: «wach aandi laares», qui sous entend, «C’est fini la fête!», explique Mehdi Iraki.
    Les parties se succèdent, les unes après les autres et les veillées peuvent durer jusqu’à 4 heure du matin, surtout lorsqu’on joue pour 1000 points. La journée sera dure mais la perspective d’une prochaine partie touti pour prendre sa revanche aide à tenir ces maîtres du jeu.

    Habitudes

    AU Maroc, le mois de Ramadan est l’occasion de longues veillées familiales ou les jeux de diverses natures deviennent la tradition. En plus des incontournables jeux de cartes, les jeux de société sont devenus de véritables passe-temps. Ainsi, Scrabble et Monopoly reviennent en force. Les nouvelles technologies ont également servi ces loisirs. A cet effet, plusieurs plateformes internet de jeux ont été créées. Que ce soit à la maison, dans les cafés ou en pleine rue, tous les endroits sont exploités pour passer du bon temps en famille ou entre amis.

    Origines

    Fabriquées et peintes à la main par des artistes reconnus, rehaussées d’or fin au début du 18e siècle, les premières cartes à jouer étaient réservées à une catégorie sociale supérieure. Toutefois, une démocratisation rapide s’est opérée, au niveau de la qualité des cartes. Si au début elles étaient coloriées au pochoir, rapidement leur mode de fabrication s’est industrialisé. En 1420, les Allemands et les Suisses les produisent via leur imprimerie par milliers. Pourtant, le papier est une denrée rare et à toute fin utile, le dos des cartes (vierge à l’époque) était utilisé pour divers usages : carte de visite, certificats de mariage, reconnaissances de dettes, voire mots doux ! En outre, lors de la révolution française, elles étaient utilisées comme monnaies d’échanges.

    Communication commerciale

    A l’approche des fêtes, de nombreuses entreprises s’attèlent à offrir des cadeaux à leur relations professionnelles. Les jeux de cartes en font partie et ce sont les établissements bancaires qui en offrent le plus, estampillés de leur logos. Le package comprend des cartes, un stylo, un carnet et un porte-clés. Ainsi, il n’est pas rare que durant ramadan, ces cadeaux refassent surface pour de longues veillées de divertissements.

     

    Intissar BENCHEKROUN & Zineb SATORI

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