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Gardiens de voitures: La grande pagaille du social bouche-trou

Par L'Economiste | Edition N°:3592 Le 10/08/2011 | Partager
De l’informel qui ne profite pas qu’aux petits
Les tarifs varient d’un quartier à l’autre
Sur la seule commune du Mâarif, l’activité rapporte 2,5 millions de DH/an

Utiles mais aussi exaspérants, les gardiens de voitures (et parfois gardiennes) gagnent leur vie en assurant la gestion du stationnement. De petits micro-entrepreneurs, en sorte

ILS font partie de notre quotidien. Jours et nuits, ils sont là dans les ruelles, les boulevards, les places… Ce sont les gardiens de voiture avec lesquels on entretient des relations «je t’aime, moi non plus». Utiles mais aussi exaspérants, ces hommes de tout âge (et parfois des femmes) gagnent leur vie en assurant la gestion du stationnement. De petits micro-entrepreneurs, en sorte. Malheureusement, dans le secteur, il règne une telle anarchie que les rapports avec les automobilistes ne sont pas toujours clairs et faciles. Vêtus de blouses bleues ou de gilets fluorescents, ils apparaissent -comme par magie- dès qu’on veut quitter le stationnement. Les désaccords autour des tarifs sont fréquents. 2, 5 ou 10 DH … on ne sait jamais ce qu’il faut donner, et pour combien de temps. Aussi une structuration du secteur est nécessaire.
Si le gardiennage au Maroc est une pratique réglementée, l’informel fait loi. Pour disposer d’un espace de gardiennage et l’exploiter, la procédure exige le dépôt d’une demande auprès de l’arrondissement. Après enquête, «les arrondissements délivrent les autorisations renouvelables annuellement aux gardiens. Ils se chargent également de la gestion des gardiennages », explique Mohammed El Kadiri, président de la commune du Maarif à Casablanca. Ainsi, moyennant une rémunération, qui varie en fonction de l’emplacement et du nombre de places accordées à chaque gardiens exploitant, les communes et arrondissements « louent » les espaces publics. Les loueurs se doivent de payer annuellement cette redevance à l’arrondissement. Bouchaib, gardien depuis 52 ans à la corniche de Casablanca dispose d’une autorisation en règle. Il souligne qu’il paye «plus de 8.000 DH par an à la commune» pour 7 places, au lieu de 38 avant le réaménagement de la corniche. C’est une « taxe professionnelle pour parc de gardiennage », calculée sur la base de la valeur locative majorée en cas de retard ou de quelconques pénalités. «Ces recettes de location vont directement à la caisse de la commune », affirme El Kadiri. La commune du Maarif compte à elle seule plus de 300 gardiens autorisés, ce qui représente une recette de 2,5 millions de DH/an.
«Je loue à 600 DH le mois», affirme Hamid, un gardien de jour d’une ruelle du Mâarif. Hassan, un autre gardien du boulevard Al Massira, affirme payer «50 DH par jour, à reverser à la commune avant 19 h 30». C’est donc 2,5 fois plus cher. «L’espace sur le boulevard est plus cher car supposé plus lucratif», explique Hassan. Oui, mais ces deux locations ne se font en aucun cas auprès des communes. Ce sont des particuliers qui, propriétaires des espaces, les sous louent en appliquant des tarifs selon leur bon vouloir.
En effet, louer l’espace public ne signifie pas automatiquement l’exploiter. La coutume en vigueur est de sous-louer cet espace à des gardiens, en contrepartie d’une redevance quotidienne ou mensuelle.
Un commerce juteux qui profite à des loueurs qui imposent leurs conditions aux gardiens, qui dictent à leur tour leurs propres lois et tarifs. Sur le plan législatif, un arrêté du ministère des Finances, datant de 2004, établit la prestation des gardiens à 1 DH pour les vélos, 2 DH pour les voitures et les vélomoteurs et 4 DH pour les camions en journée. Un tarif qui double la nuit. Mais sur le terrain, rien n’est respecté.
2, 5, 10 ou 20 dhs payés à l’avance, c’est la tarification appliquée, particulièrement dans les quartiers «huppés». Ces cas sont assez fréquents dans les lieux animés qui accueillent plusieurs clients, et se caractérisant par la saisonnalité. Aussi, dans certains emplacements, les prix sont exagérés. Ils sont fixés en fonction du temps de stationnement qui doit, de préférence, être court: histoire de profiter des rentes de plusieurs prestations dans un temps record. Pour être crédible, certains gardiens se présentent avec de petits tickets (de 3, 5 ou 10 DH) que l’on peut acheter par carnet chez le bureau de tabac le plus proche.C’est également le cas des parkings hors normes, plus précisément dans les ruelles de la corniche de Casablanca. Sur des terrains vagues ou encore non construits, les tarifs affichés ne sont pas négociables. 10 ou 20 DH le stationnement, ce sont les tarifs en vigueur. Certains affichent même des prix allant jusqu’à 30 DH, la nuit. Si des automobilistes protestent, les gardiens peuvent être agressifs, insultants surtout envers les femmes. C’est la raison pour laquelle, ils exigent le paiement à l’avance. «C’est à prendre ou à laisser»! «Les gardiens sont arrogants et malpolis, dés que l’on proteste, ils se mettent à nous insulter et à nous barrer la route», raconte Laila, une automobiliste.
Par ailleurs, si certains dépassements sont tolérés, c’est parce que l’on prend en considération la dimension sociale dans ce métier. Les gardiens étant des chefs de familles, sont plus ou moins exonérés des exigences. Surtout quand il s’agit de «cas sociaux» comme les femmes âgées ou les handicapés. Il faut dire que c’est leur gagne pain quotidien.
En cas d’abus, le client peut poursuivre le gardien, ou le loueur du parking. «Il peut déposer plainte auprès de la municipalité qui, s’engage à vérifier la véracité de la situation et de supprimer l’autorisation délivrée à ce gardien, surtout quand il s’agit d’une plainte issue de plusieurs partis», explique le président de la commune du Mâarif. Mais, il faut plusieurs plaintes pour que la procédure soit déclenchée.
Et finalement, si les automobilistes acceptent ces conditions, c’est bien pour que leurs véhicules soient protégés. Mais que se passe-t-il en cas de dégradation du véhicule? Qu’en est-il de la responsabilité des gardiens? «Les gardiens ne sont là que pour éviter les cas de vol, de bris de glace ou d’autres anomalies qui peuvent toucher le véhicule pendant qu’il est garé», souligne Mohammed Kadiri. D’ailleurs, aucune assurance n’est garantie. Le propriétaire de la voiture ne peut en aucun cas poursuivre le gardien. Autant dire que c’est une affaire entre les deux parties qu’ils devront régler à l’amiable.

Carte de fidélité

SI les gardiens vendent les prestations de gardiennage des voitures, ils recourent néanmoins à des techniques marketing pour optimiser leur profit. Ils tentent de fidéliser les clients en proposant des services accessoires, tel que le nettoyage des véhicules. Cette pratique dont le coût est estimé à 20 DH, voire plus, est de plus en plus fréquente. Par ailleurs, il y a ceux qui proposent des forfaits d’un mois (à partir de 100 Dhs) pour les automobilistes habitués, une carte de fidélité (avec nom et numéro d’immatriculation de la voiture) leur est même parfois attribuée.

 

Intissar BENCHEKROUN & Zineb SATORI

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