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    Chronique d’Hier et d’Aujourd’hui

    Expansion musulmane: les voies du cœur et les flux marchands
    par Mouna HACHIM

    Par L'Economiste | Edition N°:3586 Le 02/08/2011 | Partager

    Mouna Hachim est titulaire d’un DEA en littérature comparée. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication et de la presse écrite.  Passionnée d’histoire, elle a publié en 2004 «Les Enfants de la Chaouia», un roman historique et social, suivi en 2007 d’un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc»
    (Ph. MH)

    Dans la continuation de notre triptyque dédié aux voyages en cette période estivale et en harmonie avec l’esprit du Ramadan naissant, il serait intéressant de survoler en quelques traits l’histoire de l’expansion de l’islam. La progression de son message, de ses valeurs et de ses idées portés par des hommes de tous bords, savants, mystiques ou commerçants, loin du mythe faussement entretenu d’un islam propagé à la pointe de l’épée.
    Comment ignorer pour commencer le contexte de l’apparition de l’islam et la personnalité des premiers convertis: l’épouse du Prophète Khadija, son cousin Ali, son fils adoptif et affranchi Zayd, et en dehors de la maisonnée, le marchand aisé, Abou Bakr, surnommé Siddiq (Le Véridique)…
    Formant un noyau de fidèles appartenant à différentes catégories sociales depuis l’esclave abyssin affranchi Bilal jusqu’au riche notable Othman Ibn Affan, ils sont persécutés par les puissants commerçants Qoraychites de La Mecque qui voyaient en cette religion égalitaire, vénérant un Dieu unique, une menace pour leurs avantages sociaux et pour leurs revenus liés aux pèlerinages qui orientent les Arabes polythéistes de toute la péninsule vers la Kaaba où les attendaient plus de trois cents idoles.
    Après s’être montrés intrigués et moqueurs devant cet homme qu’ils affublent sarcastiquement des titres de poète, de devin ou de fou, les Qoraychites ne tardent pas à défendre violement leurs privilèges avec l’augmentation du nombre des disciples.
    Le 16 juillet 622 de l’ère grégorienne, devenue la première année du calendrier musulman, les musulmans avaient quitté La Mecque pour s’exiler à Yathrib, rebaptisée Al-Madina. Livrée jadis aux divisions claniques et au jeu des alliances tribales avec leurs interminables guerres fratricides, c’est dans ce cadre que le Prophète avait joué le rôle de médiateur lors du pacte d’Aqaba, ratifié en 622 entre les représentants des parties en conflit.
    Médine qui forma le noyau de la première communauté musulmane constituée initialement par les Mouhâjirîne (Immigrants) mecquois et par les Ansârs (Auxiliaires) médinois vit aussi instaurer une charte proclamant l’égalité entre les croyants quelles que soient leur condition et leur origine, régissant la vie entre les différentes communautés et assurant la sécurité, la justice et la liberté de culte à tous les citoyens.
    Car les Arabes comprenaient également des tribus juives et chrétiennes et des Hanif, fidèles à la foi abrahamique. L’islam, à vocation universelle, tout en instaurant une nouvelle religion, reste inscrit dans la continuité de la révélation monothéiste, le Coran affirme l'origine divine des livres sacrés du judaïsme et du christianisme, tous les Messagers sont reconnus, alors que Mohammad est considéré comme le sceau des prophètes, scellant le cycle de la révélation.
    Nous pouvons lire à la Sourate «La Famille d'Imran»: «Dis: «Nous croyons en Dieu, à ce qu'on a fait descendre sur nous, à ce qu'on a fait descendre sur Abraham, et à ce qui a été apporté à Moïse, à Jésus et aux prophètes, de la part de leur Seigneur: nous ne faisons aucune différence entre eux; et c'est à Lui que nous sommes soumis».
    Cette évocation se rapportant aux valeurs de l’islam dans l’absolu, permet de comprendre pourquoi il ne paraissait pas étranger dans son message et pourquoi il a été si rapidement assimilé par des populations depuis longtemps soumises, à Byzance à l'ouest ou à l'Empire sassanide perse à l'est, affaiblis tous par les incessants combats. La force des armes fut évidemment nécessaire aux musulmans pour résister et asseoir l’autorité, elle ne justifie pas à elle seule cette avancée fulgurante de l’expansion, considérée par l’historien britannique Edward Gibbon comme «l’une des plus grandes révolutions de l’histoire», expliquée dans son ouvrage «L’Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain», par le caractère exceptionnel de la spiritualité de l’islam et de son programme social et politique.
    Au moment de la mort du Prophète en 632, la plus grande partie de la péninsule Arabique est ainsi unifiée sous la bannière de l’islam. Les tribus arabes ne tardent pas à embrasser l’Islam pour un grand nombre d’entre elles tandis que certaines branches gardent leur foi première comme les nestoriens qui gravitent ensuite autour du pouvoir califal dans les domaines de l’administration territoriale et de la culture. Parmi ces grandes tribus arabes figurent les Ghassanides (en Jordanie, Syrie…), vassaux des Byzantins, adeptes du christianisme (dans sa variante nestorienne, jugée hérétique) puis alliés aux musulmans avant de se convertir en grand nombre. On en trouvera les descendants en Occident musulman avec des personnages illustres de la stature du conquérant et gouverneur de la Syrie, Hassan Ibn Naâman.
    Les frères ennemis des Ghassan sont les Lakhmides (au sud de l’Irak), d’obédience chrétienne dans sa forme monophysite (également considérée hérétique par Byzance) qui jouèrent ensuite un rôle significatif dans la Conquête.
    Ainsi, les armées de l'islam étaient formées essentiellement par les populations converties comme les Iraniens qui pousseront vers l'Asie centrale, les Syro-Égyptiens vers l'Afrique du Nord, les Berbères vers la Sicile et l'Espagne comme l’explique l’historien français Maurice Lombard.
    En Andalousie et au Maghreb justement, les Arabes, peu nombreux, furent appuyés par les Amazighes convertis, depuis les premiers rencontrés en Cyrénaïque et en Tripolitaine. Dans son ouvrage, «Les Arabes n’ont jamais envahi l’Espagne» l’érudit espagnol Ignacio Olagüe s’interroge «Comment une poignée de nomades, venus du fond de l’Arabie, auraient-ils pu imposer leur langue et la loi de l’Islam aux quinze millions d’habitants vivant sur les 600.000 kilomètres carrés de la péninsule Ibérique?».
    Que dire de ces régions et pays où ne s’enregistre pas de conquête militaire comme c’est le cas pour l'archipel indonésien et plus grand pays musulman au monde où la conversion à l’islam fut l’œuvre des marchands liés parfois à des confréries soufies. A ce titre, l’île de Java aurait eu des liens avec la famille marocaine des Kettani qui aurait contribué à l’islamisation depuis le règne mérinide, y laissant quelques sanctuaires dans la région de Surabaya.
    La ville chinoise de Xi'an possède une communauté musulmane dont la présence remonterait aux commerçants arabes ou persans venus par la Route de la Soie au Moyen Âge et possède une étonnante mosquée de style chinois, tandis que la mosquée de Huaisheng est considérée comme une des plus anciennes du monde, bâtie selon la tradition après la mission de Waqqas
    durant le règne du Calife Othman vers l’an 650.
    Par ailleurs, le commerce pacifique et les confréries furent aussi à l’œuvre en Afrique où le rang de la Qadiriya est incontesté dans l’islamisation par le biais notamment de la famille de marabouts lettrés Kounta. Une de leurs personnalités de renom est Sidi Ahmed Bekkay chef de tribu et prédicateur religieux, mort en 1515, considéré comme l’islamisateur des tribus noires sahariennes et introducteur de la voie Qadiriya avec entre autres ramifications, la Bekkaya, Mokhtariya, Fadiliya... Il en est de même pour d’autres grandes Voies comme la Tijaniya dont le rôle est attesté dans la propagation des préceptes de l'islam en Afrique… Des ouvrages entiers sont consacrés au rôle des confréries et des flux commerciaux dans la diffusion du message de l’islam, d’autres à ses attraits spirituels ou éthiques, nous faisant conclure notre raisonnement avec l’historien britannique Lacy O’Leary dans son livre “Aux carrefours de l’Islam”: «L’Histoire est claire sur ce point: la légende des musulmans fanatiques s’abattant sur le monde imposant l’Islam, à la pointe de l’épée, aux peuple vaincus est un des plus fantastiques et absurdes mythes que les historiens ont pu répéter.».

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