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    Economie Internationale

    Tunisie : le premier Ramadan post-révolutionnaire
    Par Mohamed Laroussi Ben Salah, correspondant permanent en Tunisie

    Par L'Economiste | Edition N°:3586 Le 02/08/2011 | Partager
    Les prix montent, beaucoup de produits risquent de manquer à cause… de la Libye
    Les exportations «presques» normales grace aux «imprévus» libyens
    Le gouvernement ne veut surtout pas ralentir le mouvement, en dépit de la hausse des prix locaux

    La hausse des prix a aussi touché des matières de première nécessité et qui plus est, sont couvertes par la fameuse caisse de compensation afin de maintenir leurs prix à la portée des couches sociales défavorisées (Ph. AFP)

    ASSIS seul à une table sur la spacieuse esplanade Am Hassen il sirotait son grand café filtre, dans la pure tradition de la Goulette, cette station balnéaire au nord de Tunis qui a su garder son caractère populaire. Comme je lui demandais la permission de m’attabler à coté de lui (parce qu’il n’y a pas de place libre), il me répondit par un large sourire mais aussi en levant ses bras grands ouverts et en me proposant même un verre d’eau. «C’est la tradition», dit-il, les Goulettois commencent par offrir l’eau, avant d’ajouter, amer, que celle-ci se fait de plus en plus rare, ces jours-ci.
    «Est-ce qu’elle est rationnée», demandai-je pour tonifier la discussion. «Non», répond-il, catégorique, avant d’ajouter «on n’en est pas là quand même, je parle de notre eau minérale qui vient d’être exportée vers la Libye».
    En effet, depuis quelques semaines, une pénurie chasse une autre, la dernière en date est celle de l’eau minérale. La demande s’est accrue ces dernières années, malgré une production atteignant près de 400 millions de litres, elle enregistre des pointes chaque année pendant la saison estivale coïncidant depuis trois ou quatre ans avec le mois saint du Ramadan.
    Les producteurs avaient pris l’habitude de constituer des stocks en hiver lorsque la consommation baissait pour faire face à la demande de l’été. Il est clair que la situation en Libye voisine n’a pas été prise en considération bien qu’elle se fut dégradée depuis le 17 février dernier. Recroquevillés au départ sur eux-mêmes au vu de la férocité des combats, les Libyens affluèrent en Tunisie, les femmes et les enfants s’installèrent mais les hommes s’adonnèrent à des activités commerciales diverses. C’est alors que commerçants libyens et tunisiens saisirent l’aubaine et raflèrent toutes les quantités d’eau minérale tunisienne et les expédièrent au prix fort en Libye assoiffée. Faisant leurs emplettes pour le mois saint du Ramadhan, les tunisiens se trouvèrent devant des rayons et des étagères vides.
    Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les exportations mensuelles ont réalisé de meilleures performances que toute l’année précédente. Pour preuve, celles de février 2011 sont passées à 1968 M de TND contre 1633 en 2010, celles d’avril 2011 à 2221 M de TND et celles de mai 2011 à 2490 M de TND contre 2007 M de TND en 2010. Même constatation au niveau des types où l’on remarque pour les produits agricoles et alimentaires de base une nette amélioration sur l’ensemble des quatre premiers mois de l’année en cours par rapport à 2010. Profils bas, les fabricants, les commerçants tout comme les officiels répondent que c’est une «demande imprévue de la part des marchés libyens», qu’elle remplace un peu le manque à gagner enregistré depuis la révolution, suivi par la défection des touristes et des émigrés, qui boudent la Tunisie.
    Mais coté consommateur, on ne sait plus où donner de la tête, les prix n’arrêtent pas de monter, les dépenses de se diversifier, et en face, le pouvoir d’achat baisser. La place d’Am Hassen à La Goulette rappelle que la révolution est certes passée par là, elle a certainement ébranlé plusieurs secteurs, mais n’a rien pu faire en matière économique, notamment dans le quotidien des citoyens.

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