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    Economie

    Médicament/Concurrence
    Salve de critiques sur l’étude sectorielle

    Par L'Economiste | Edition N°:3574 Le 15/07/2011 | Partager
    Les opérateurs plaident la présomption d’innocence
    Une étude critique des pratiques peu orthodoxes
    Droits des patients, les accusations méritent une enquête


    Presque la totalité des industriels du secteur pharmaceutique était là. Il le fallait bien puisque le Conseil de la concurrence a présenté, le jeudi 14 juillet à Rabat, les résultats d’une étude sur les médicaments. Et que nous avons publiée en exclusivité (L’Economiste du 23 et 27 juin 2011). L’étude sur le niveau et la nature de la concurrence de l’industrie pharmaceutique a été réalisée par le cabinet SIS-Consultants. Elle aura nécessité un an.
    Le consultant Abdelmajid Belaiche, 29 ans de métier dans ce secteur, n’y va pas par quatre chemins. Il évoque des «dénigrements via les médias» -spécialisés surtout- des médicaments génériques. Les «dérives dangereuses» qui portent sur la violation du secret médical, les droits des patients… Des pratiques qui se traduisent par une communication illégale de données personnelles (âge, sexe, nom, adresse, pathologie…) faite par des établissements médicaux aux laboratoires pharmaceutiques. Une accusation grave où les pratiques les plus douteuses sont relevées dans les services de cancérologie. Là aussi, la «complicité» du corps médical rejaillit (voir encadré).
    Ces déclarations ont fait bondir Souhail Tebib, directeur général de Mylan Pharmaceutique. «Quelles sont vos sources? S’agit-il de conclusions personnelles, d’interviews…?» interroge-t-il avant que le président du Conseil de la concurrence ne calme le jeu. Benamour insiste sur cette volonté de transparence au lieu de distiller à l’opinion publique des données non vérifiées. Le Conseil prendra en compte les observations écrites des opérateurs et des institutions publiques (ministères, Cnops…). Manière aussi de garantir le débat contradictoire.
    Et de rappeler -c’est désormais la tradition- que cette étude «reflète le point de vue du cabinet. Il ne s’agit pas d’une auto-saisine». Ce détail tombe à point nommé. L’instance a été en effet saisie pour avis, le 3 décembre 2010, par Sothema sur des pratiques de dumping dans le marché de l’insuline. Or, lors du workshop du 14 juillet, le principal protagoniste était présent. Laprophan en l’occurrence.
    L’étude elle-même a volontairement omis de s’attarder sur d’éventuelles pratiques de dumping qui plomberaient le marché. Elle n’hésite pas en revanche à livrer un diagnostic concurrentiel basé sur la nature des médicaments: il y a concurrence dans les produits à usage courant; une nette amélioration en ce qui concerne le «marché» des pathologies chroniques telles que le diabète de type 2 puis les pathologies lourdes, dont le cancer, où la concurrence est «quasi inexistante».
    SIS-Consultants cite également l’accablant rapport parlementaire sur les prix des médicaments. Et que le président d’honneur de l’Association marocaine d’industrie pharmaceutique (AMIP), Ali Sedrati, qualifie de politiquement tendancieux: les parlementaires auraient refusé de discuter avec les industriels. Sedrati remercie au passage le Conseil d’avoir ouvert la porte aux professionnels.
    Prix contestés, secteur à oligopole ouvert, forte concentration… Ce sont là quelques conclusions de cabinet qui ne manqueront pas d’être en partie battues en brèche. La 1re salve sera diplomatiquement envoyée par Omar Bouzza, directeur médicaments et pharmacologie au ministère de la Santé: «Nous vous aurions accueilli avec plaisir mais actualisez vos chiffres». Ils datent majoritairement de 2009.
    Sur la défensive, le cabinet note la difficulté d’accès à certaines informations au même titre qu’à certaines institutions. Quant à l’atteinte aux droits des patients en matière d’essais cliniques, «ceux-ci sont suspendus depuis un an et demi à cause d’un vide juridique», précise Bouzza. Le projet de loi est actuellement au Secrétariat général du gouvernement. Il a même été approuvé par le Conseil des oulémas. Il vise notamment à protéger les données personnelles, l’intégrité physique des cobayes… Le texte (arrêt ou décret) sur la fixation des prix des médicaments «est en cours de finalisation», selon le ministère de la Santé.

    «Presque une revue de la presse»

    Mylan, présente au Maroc depuis 2003 et filiale de la 2e multinationale de générique au monde, souligne «qu’aucune étude clinique n’est faite sans le consentement des patients». Reste à savoir si c’est un consentement éclairé comme l’exige le juge civil. Le directeur de Mylan ne manquera pas d’ailleurs de confier en aparté à Fadéla Benjelloun, représentante de Maroc Innovation & Santé que c’est «plus une revue de presse qu’une étude»! Cette association présidée par Sanofi Aventis regroupe les filiales de multinationales.
    Ce groupe ayant une 2e filiale (Maphar) se dit «confus» vis-à-vis de l’étude! Celle-ci ne relève que la faiblesse, l’étroitesse et la dispersion du marché des médicaments. «Déduirez-vous qu’il faut une concentration?» interroge malicieusement son directeur financier. Epaulé par le directeur de Communication, Aziz Youssfi Malki, il revient sur la concurrence dans les médicaments de pathologies lourdes. Il y a des «barrières à l’entrée»: investissements colossaux et savoir-faire technologique. Sanofi Aventis avance avoir misé au Maroc 200 millions de DH en 2010.  L’aberration est ailleurs. L’étude de Boston Consulting Group est dans les tiroirs! Deux ans de travaux financés par le ministère du Commerce et de l’Industrie. «Elle n’a pas servi à la stratégie à la base du contrat cadre que devait signer le gouvernement et l’Amip», soutient Sedrati. Les opérateurs présents critiquent unanimement les règles juridiques «rigides» d’un secteur pourtant libéral. Mais ils ne répondent pas à notre question: une éventuelle réforme va-t-elle pousser vers une baisse des prix?

     

    Faiçal FAQUIHI

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